Les enquêteurs de la police aux frontières ont démantelé un réseau d'escrocs présumés, soupçonnés, notamment, d'avoir fait plus de 200 victimes en leur faisant miroiter un travail qui ne s'est jamais présenté. 18 personnes ont été mises en examen.

L'enquête a été confiée aux policiers de la police de l'air et des frontières
L'enquête a été confiée aux policiers de la police de l'air et des frontières © Radio France / Cécile Bidault

Même les escrocs ont des préoccupations banales. À commencer par le souci de voir leurs colis arriver à bon port. En inscrivant le numéro de téléphone du destinataire sur l'un de ses paquets, le réseau dont le démantèlement s'est achevé lundi 8 février ne se doutait pas qu'il allait renseigner bien plus que le simple service de livraison. Expédié en septembre 2019, le colis intrigue les douaniers de Roissy. Leur instinct s'avère payant : le paquet, à destination de Troyes, contient quelques faux passeports et fausses cartes d'identité sénégalaises. 

Le début d'une enquête dont les policiers de la Brigade de recherche mobile zonale de Metz, entité d'investigation de la police aux frontières, compétents pour la zone de défense Est, mettront un an et demi à dévider le fil, notamment grâce à l'exploitation des écoutes téléphoniques. 18 personnes ont été mises en examen, entre autres pour "aide au séjour irrégulier" et "escroquerie en bande organisée", dans le cadre de cette enquête, ouverte à Troyes. Le réseau a fait "sans doute des centaines de victimes", estime une source proche du dossier. A ce stade,  200 ont été recensées, mais les appels à se manifester se poursuivent. 

Fausses annonces de recrutement

La première vague d'interpellations, survenue en octobre 2020, concerne une escroquerie aux fausses annonces d'emploi. Les mis en examen sont soupçonnés d'avoir publié des appels à recrutement sur Facebook, dans lesquels ils expliquent chercher des salariés pour faire de la mise sous pli à domicile (notamment de prospectus). Les recrues reçoivent alors, sous forme de chèque, une avance sur salaire de 1.500 euros. Et sont priées de faire, le plus rapidement possible, un virement de plus d'un millier d'euros afin de financer, soi-disant, la machine de mise sous pli. 

Si le virement est bien débité du compte des victimes, le chèque qui leur a été envoyé, lui, n'est jamais encaissé, et pour cause : signalé comme volé, il est refusé par les banques. "Les victimes sont souvent déjà en situation de précarité, plusieurs se retrouvent donc aujourd'hui interdites bancaires", souligne cette même source. Sept personnes ont alors interpellées, de nationalités béninoise et sénégalaise, dans la région de Troyes, de Reims, et en Région parisienne. 

Sous-locations et faux documents

Le deuxième volet de l'affaire conduit les enquêteurs de la PAF à se pencher sur un système de sous-location de logements. Les personnes interpellées pour ces faits, qui étaient en lien avec les précédentes, sont soupçonnées d'avoir fourni des logements "dans des salons, chambres ou des appartements entiers" à des Béninois, Sénégalais et Ivoiriens en situation irrégulière, et en fournissant aux candidats à la location sans les revenus nécessaires de fausses fiches de paie et faux contrats de travail. Montant de la commission exigé : un mois de loyer. Une centaine de "clients" serait passée par ce système, qui a conduit à l'interpellation, en novembre, de sept autres suspects.

Enfin, lundi 8 février, l'interpellation de quatre autres suspects, également soupçonnés d'avoir fourni des sous-locations, ainsi que des faux documents permettant de constituer des demandes de crédit, a conduit à la chute du réseau. Quatorze des dix-huit mis en examen ont été placés en détention provisoire. Ce qui risque de compliquer encore un peu plus la remise du colis à son destinataire.