Alors que PSA en est encore à se féliciter de sa fusion avec Fiat, chez Renault, l'heure est un peu plus à la grimace. D'autant que PSA vient se servir chez son rival de toujours, depuis le début de l'affaire Ghosn il y a un an, et encore plus ces derniers mois...

PSA vient-il "se servir" chez les cadres de Renault ?
PSA vient-il "se servir" chez les cadres de Renault ?

"De toute façon, l'entreprise est une passoire depuis des années", se désole un employé de Renault. "Il n'y a qu'à voir le nombre d'intérimaires employés à la pelle dans nos usines et la propension aux prestataires qui défilent à tous les étages, jusqu'aux postes les plus élevés. Finies leurs missions, ils repartent et vont finalement où se trouve l'emploi. Quand ce n'est pas chez PSA, c'est chez Toyota. Après ça, comment voulez-vous encore parler de secret industriel ?

Sur ce sujet, les syndicats comme la CGT alertent depuis des années. Mais ces dernières semaines, le phénomène a pris une autre dimension. Coup sur coup en deux mois, deux cadres importants ont quitté les bureaux de Boulogne-Billancourt. D'abord Arnaud Deboeuf, le directeur de l'Alliance Renault-Nissan. Ensuite, Béatrice Foucher, la spécialiste voiture électrique chez Renault. Tous deux sont partis renforcer l'éternel rival, PSA. 

Et certains, en interne, s'interrogent : aucune clause de non-concurrence n'avait été incluse dans leurs contrats, malgré leurs statuts. Une situation qui n'est pas sans rappeler celle de Carlos Tavarès, patron de PSA, parti de chez Renault en 2013, comme si de rien n'était, pour occuper la place qui est la sienne aujourd'hui.

"Il doit bien rigoler aujourd'hui" lâche un élu syndical, pour qui dépouiller son ancien employeur de ses forces vives doit sonner pour l'ancien numéro 2 de Renault comme une manière de prendre quelque part sa revanche, lui qui avait été poussé vers la sortie par Carlos Ghosn à l'époque. 

Bruno Azières de la CFE-CGC, lui, ne voit pas forcément de malice dans ce débauchage groupé, "Simplement une opportunité saisie par Carlos Tavarès, alors qu'au gré des nombreux changements de gouvernance chez Renault, certains sont tentés d'aller voir ailleurs parfois par incompatibilité d'humeurs"

Reste que le sujet de ces départs vers PSA fait réagir dans les couloirs de la marque au losange. Le tout dans un contexte compliqué. Le chiffre d'affaires pour l'année 2019 a été revu récemment à la baisse chez Renault (3 à 4 % de moins attendus). "Du coup, le groupe est forcé de faire des arbitrages et d'abandonner des projets en route" s'inquiètent les syndicats citant pêle-mêle, le non-renouvellement de la gamme Espace ou du Talisman, l'arrêt de la fabrication de la Scenic. 

"Les ingénieurs en France n'ont par ailleurs plus les moyens ou le temps nécessaire pour travailler sur un modèle de bout en bout" déplore un représentant syndical. "On n'est clairement pas dans une bonne passe" embraye un autre pour qui l'urgence est de reparler stratégie au plus vite pour stopper l'hémorragie. 

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