Jugés non rentables, boudés pendant longtemps, les trains de nuit n'ont peut-être pas dit leur dernier mot. En France, à l'aune de l'ouverture à la concurrence, on recommence à parler d'eux.Tandis qu'en Allemagne l'opération séduction a déjà commencé.

En France, iln'y a plus que deux lignes de train de nuit : : Paris-Briançon et Paris-Toulouse
En France, iln'y a plus que deux lignes de train de nuit : : Paris-Briançon et Paris-Toulouse © AFP / Joël Saget

"Voyager la nuit, c'est du temps de vacances en plus. Et c'est toujours ça de pris !". Il y a 25 ans, la SNCF mettait ses trains nocturnes en avant dans des pubs qui ont bien vieilli. Désormais, le pays ne compte plus sur son territoire que deux lignes internes : Paris-Briançon et Paris-Toulouse. L'entreprise publique entend, dit-elle, "soigner ces deux lignes pour y offrir le meilleur services à ses clients". Et c'est tout. 

Flixtrain pour ressusciter le Paris-Nice ?

En fait,  la SNCF se contente d'observer, désormais de loin, l'intérêt que portent les acteurs privés à ces lignes.  L'Italien Thello a été le premier à dégainer, dès 2011, en reprenant le Paris-Venise délaissé par la SNCF.  Et en juin dernier, l'Allemand Flixtrain s'est officiellement mis sur les rangs pour une éventuelle reprise de la ligne Paris-Nice abandonnée, là aussi, fin 2017, par la compagnie ferroviaire française.  

"La SNCF estime aujourd'hui que faire rouler ces trains est trop cher. Des wagons-couchettes, c'est moins de sièges donc une rentabilité moindre" explique un expert du ferroviaire pour qui le marché n'est pas adapté. "L'entreprise a déjà OuiGo qui propose des destinations pas chères en journée, avec des TGV qui permettent de relier un point A à un point B dans un temps de plus en plus réduit. Elle estime que c'est déjà suffisant"

En Allemagne, les trains de nuit étaient donnés pour morts en 2016 et ils renaissent

Reste que dans d'autres pays, les trains de nuits ont déjà retrouvé une seconde vie. "On le voit en Allemagne", commente l'eurodéputée Karima Delli, présidente de la commission transports au Parlement européen. "Ces trains étaient donnés pour morts en 2016, ils renaissent grâce à l'entreprise autrichienne ÖBB qui les a repris à la Deutsche Bahn et compte aujourd'hui 1,4 millions de passagers par an, uniquement sur ce créneau". 

Il faut dire que les prix sont attractifs. Pour un Berlin-Zurich de nuit, les tarifs sur le site d'ÖBB débutent à 29 euros. Et sur ce tracé notamment, privilégier un voyage nocturne peut se comprendre : en ICE, l'équivalent du TGV en Allemagne, comptez 8h32 de trajet, là où le train de nuit ne met "que" 12h10 pour un billet qui vous coûtera moins cher et l'espoir d'un somme qui fera - qu'au final, peut-être -  le voyage ne vous paraîtra pas plus long. 

L'idée de trains mixtes poussée par les usagers

En France, des collectifs se sont montés pour pousser à la réhabilitation de ces lignes qui semblaient appartenir au passé. L'association "Objectif train de nuit" propose par exemple l'idée de trains mixtes fret + voyageurs. Pour faire simple, le Perpignan Rungis servant à l'acheminement de primeurs dans la capitale pourrait très bien transporter par ailleurs des passagers lesquels seraient débarqués Gare d'Austerlitz. Objectif: réduire les coûts de traction. Un fin connaisseur du secteur n'exclut pas que ça puisse être une bonne idée, mais se pose la question de savoir si ce serait réglementaire : "la dernière fois qu'on a vu ça en France, c'était pour l'acheminement du courrier. Et ça fait des années". 

En novembre dernier, Elisabeth Borne, ministre de l'écologie et des transports avait déclaré : "Oui, les trains de nuit ont encore de l'avenir". L'eurodéputée Karima Delli la prend au mot. "Si la fréquentation de leurs wagons a baissé toutes ces années, c'est qu'on a diminué drastiquement le nombre de ces trains de nuit. C'est logique. Et plus on les réduira encore, plus l'offre ne sera pas à la hauteur de la demande. Il est temps de changer la donne" insiste l'élue écologiste qui voit dans ces convois de nuit une alternative propre à l'avion, pour "tout une nouvelle génération écolo qui a grandi avec le low-cost aérien et qui a envie d'un autre modèle"

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