Après les mises en accusations à la Chambre des représentants, le 19 décembre, place au procès d’impeachment du président Donald Trump devant le Sénat. Une procédure qui, si elle a peu de chances d’aboutir, pourrait lui donner une tribune rare et peser sur la primaire démocrate en vue de la présidentielle de novembre.

Donald Trump doit répondre d'accusations d'abus de pouvoir et d'entrave au travail du Congrès devant le Sénat.
Donald Trump doit répondre d'accusations d'abus de pouvoir et d'entrave au travail du Congrès devant le Sénat. © AFP / Mandel Ngan

Depuis le 19 décembre, les dés sont jetés. Ce mardi, Donald Trump doit comparaître devant la chambre d’accusation du Sénat américain pour abus de pouvoir et entrave au travail du Congrès après que le président américain a demandé à son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, d'enquêter sur Joe Biden, adversaire démocrate à la présidentielle, en échange d'une aide militaire et d'une invitation à la Maison-Blanche.

Les partisans de Trump veulent croire à un procès de deux semaines sans condamnation, permettant ainsi au Président américain de tenir son discours sur l'état de l'Union le 4 février. À l'inverse, les démocrates réclament sanction et révocation de l'hôte de la Maison-Blanche. 

Un vote à la majorité des deux tiers est requis au Sénat pour condamner et destituer un président de ses fonctions. Le Sénat étant aujourd’hui composé de 53 républicains, 45 démocrates et 2 indépendants (alignés avec les démocrates), il faudrait qu’au moins 20 républicains votent la destitution sans qu’aucun démocrates et indépendants ne s’y opposent pour voir la procédure aboutir.

Une destitution "peu probable"

"Des péripéties sont toujours possibles, si on pense par exemple au processus de destitution contre Richard Nixon. À un moment, on a découvert qu'il y avait le système d'enregistrement des conversations dans le Bureau ovale. La Cour suprême a décidé que la présidence devait rendre publics ces enregistrements. Plutôt que se soumettre à ce processus, Nixon a préféré démissionner. Mais c’est peu probable", explique le politologue américain Dick Howard.

La présidente de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, devant les articles d'impeachment du président Trump, le 15 janvier 2020.
La présidente de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, devant les articles d'impeachment du président Trump, le 15 janvier 2020. © AFP / Brendan Smialowski

Le principal risque pour Trump ne se situe pas non plus dans les tribunaux, puisque la Constitution américaine protège le président des accusations criminelles. À court terme, c’est à un risque politique auquel le président en exercice s’expose.

Pour lui, d’ailleurs, l’impeachment est une vaste opération politique, une _"chasse aux sorcières"_, orchestrée par l’opposition. Et les prises de position des uns et des autres ne lui donnent pas forcément tort. À l’instar de Nancy Pelosi, la présidente de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, autrefois opposée à la procédure, qui, ouvertement, abat ses cartes. 

Le 17 décembre 2019, à la veille du vote de la Chambre sur sa mise en accusation, il répondait dans une lettre à Nancy Pelosi

"Je n'ai pas doute que le peuple américain vous tiendra, vous et les démocrates, pleinement responsables des prochaines élections de 2020. Ils ne pardonneront pas de sitôt votre perversion de la justice et votre abus de pouvoir."

Les faibles statistiques sur la question de l’impeachment pourraient donner tort à Donald Trump.

Seuls trois présidents américains ont été formellement mis en accusation avec succès, et aucun, en attendant la décision concernant Donald Trump, n'a été démis de ses fonctions. Dans tous les cas, l’exécutif a changé de bord lors du scrutin suivant : 

  • au démocrate Andrew Johnson, mis en accusation en 1868 au lendemain de la guerre civile américaine, a succédé en 1869 le républicain Ulysses S. Grant ;
  • et au démocrate Bill Clinton, mis en accusation en 1998 pour avoir menti sous serment sur sa relation sexuelle avec une ex-stagiaire de la Maison-Blanche, Monica Lewinsky, a succédé en 2001 le républicain John W. Bush.

Une opportunité politique

Le cas Nixon est un peu différent, mais il se solde par le même résultat. Le comité judiciaire de la Chambre des représentants a recommandé sa destitution pour entrave à une enquête dans le scandale du Watergate. Mais avant que l'assemblée plénière n’aie pu voter, le républicain Nixon a démissionné en 1974. Son successeur élu (Nixon a été remplacé par son vice-président Gerald Ford jusqu’en 1977), Jimmy Carter, était démocrate.

Mais fort de son bilan à l’approche de la fin de son mandat – taux de chômage à nouveau au plus bas depuis 50 ans, à 3,5 %, sur fond, néanmoins, de doutes sur la croissance –, Trump persiste à penser, face à des démocrates qui "cherchent à rétablir la moralité républicaine", dixit Dick Howard, que la procédure pourrait être "positive pour [lui]".

Techniquement, notamment : "Le procès jouera certainement un rôle, surtout chez les partisans démocrates, dans la perspective des primaires, estime le politologue. La règle, pour ce procès devant le Sénat, c'est que tous les sénateurs doivent y assister, six jours sur sept. Ce qui veut dire que les sénateurs candidats à la présidence ne peuvent pas faire campagne, notamment Elizabeth Warren, Amy Klobuchar et Bernie Sanders."

"Si on était machiavélique, on pourrait voir [dans ce procès] l'intérêt de Trump, parce que les deux qui resteraient en campagne seraient Biden d'une part et Buttigieg de l'autre –, les meilleurs opposants pour Trump, d'après certains observateurs."

Reste que pour le principal intéressé, la tribune est ailleurs. Dès mercredi soir dans le Michigan, pour un meeting de campagne dans un État qu'il a repris aux démocrates en 2016. Sur Twitter, toujours, où les mentions du mot _"impeachment"_ sur son compte @realDonaldTrump se chiffrent par dizaines depuis le 31 octobre 2019, date à laquelle la Chambre des représentants décide de formaliser l'enquête.

Et, selon toutes probabilités, le 4 février prochain, lors du discours sur l’état de l’Union. "La question, poursuit Dick Howard, c'est de savoir s'il se contraindra à lire son discours sur son prompteur ou s'il se laissera déborder par ses émotions. Est-ce qu'il transformera un discours digne en discours politique, en discours de campagne. En fait, on ne sait jamais avec cet homme."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.