Les actions menées de façon coordonnée dans une cinquantaine de villes à travers le monde ont permis au jeune mouvement écologiste de gagner en visibilité. À Paris, l'absence de réaction des forces de l'ordre face à l'occupation de la place du Châtelet a néanmoins déstabilisé les militants.

À Paris, les militants de XR ont occupé la place du Châtelet, recouverte de tentes et de ballots de paille.
À Paris, les militants de XR ont occupé la place du Châtelet, recouverte de tentes et de ballots de paille. © AFP / Severine Carreau / Hans Lucas

Ils se sont décidés à plier bagage : après quatre jours d'occupation, les militants écologistes d’Extinction Rebellion ont annoncé vendredi 11 octobre lever progressivement le blocage, place du Châtelet, en plein centre de Paris. Tentes et banderoles ont été repliées, la paille qui avait été répandue par terre balayée. 

L’occupation de ce site névralgique, au cœur de la capitale, s’inscrivait dans une mobilisation globale, la "Rébellion internationale d’octobre", démarrée le samedi 5 octobre et faite d’actions coordonnées dans une cinquantaine de villes du monde, de New York à Sydney, en passant par Buenos Aires, Vienne, et Toronto. L’objectif : marquer les esprits à coup d’actions spectaculaires mais non-violentes, perturber le fonctionnement des capitales, afin de dénoncer l’inaction "criminelle" des États face à la crise écologique actuelle. Avec quels résultats ?

Visibilité médiatique

À n’en pas douter, cette mobilisation coordonnée a permis de braquer les projecteurs sur ce tout jeune mouvement, né au Royaume-Uni en mai 2018, prônant la désobéissance civile. Les images de ses militants grimés, exécutant des mises en scène soignées (marches funèbres, die-in, déguisements) ont fait le bonheur des photographes. Quant au logo d’Extinction Rebellion, un sablier à l’intérieur du cercle de la Terre, dessiné en noir, il est devenu viral sur les réseaux sociaux. 

Manifestation à Berlin devant la porte de Brandebourg, le 11 octobre.
Manifestation à Berlin devant la porte de Brandebourg, le 11 octobre. © AFP / Britta Pedersen / dpa

"On a parlé de nous dans tous les médias français", se félicitait vendredi un militant rencontré par France Inter place du Châtelet. "Maintenant on va rentrer chez nous, se ressourcer, recruter, et faire des actions encore plus fortes". Avant cette semaine de mobilisation, XR revendiquait en France 8 000 membres actifs. "Depuis le mois d’août, à Paris, chaque réunion d’accueil voit arriver 200 nouvelles personnes", souligne un porte-parole. La page Facebook Extinction Rebellion France comptait ce vendredi soir plus de 70 000 abonnés.

L'attitude contrastée des forces de l'ordre

D’une ville à l’autre, les actions de XR ont reçu des réponses contrastées de la part de la police. À Londres, où les activistes ont occupé jeudi l’aéroport London City, faisant annuler deux vols, la police a déclaré avoir procédé à plus d’un millier d’interpellations depuis lundi. Les membres de XR ont été accusés par un haut-responsable de la police britannique "de chercher délibérément à provoquer le chaos"

À Paris, l'occupation, samedi 5 octobre, du centre commercial Italie 2 a donné lieu à plusieurs confrontations tendues avec les forces de l'ordre. Mais c'est d'eux-mêmes que les militants ont fini par quitter les lieux, au bout de 18 heures, dans la nuit de samedi à dimanche. 

Quand ils ont commencé ce lundi à bloquer la place du Châtelet à l’aide de tentes, de palettes et de ballots de paille, ils pensaient être très vite délogés par la police. "Si on restait 48h, c’était déjà une victoire ! Rester la semaine, je n’étais pas optimiste", confie l’un d’entre eux au micro de France Inter. Mais les forces de l'ordre se sont abstenues. La maire de la capitale, Anne Hidalgo a par ailleurs déclaré soutenir les actions d'Extinction Rebellion tant qu'elles étaient non-violentes.

L’absence d’intervention de des forces de l’ordre, soulignée par des gilets jaunes dénonçant un "deux poids deux mesures", a désarçonné tout le monde. A-t-elle desservi la cause ? Certains le reconnaissent à demi-mot. "Aujourd'hui on se retrouve plus à faire vivre un festival qu'une opération de désobéissance civile", déplorait ainsi vendredi un membre de XR devant l’AFP. 

"Le pouvoir a peu répondu, c’est assez intelligent de sa part. Il nous faut chercher d’autres modes d’actions, mais ça ne veut pas dire que nous avons perdu, loin de là", veut croire un médiateur interrogé par France Inter. "Si on se fait attaquer et gazer par la police comme sur le pont de Sully avec énormément de violence, et si on se fait pas attaquer on est aussi gagnant", ajoute un autre activiste.

Dans un communiqué, le mouvement se félicite néanmoins d'avoir "réussi à démontrer l'efficacité de la désobéissance civile non-violente pour se réapproprier l'espace public, ouvrir des espaces autogérés, populaires et démocratiques".

XR promet en tout cas d’autres actions, ce samedi à Paris.

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