Alors que la ville de Wuhan était mise en quarantaine, début 2020, la célèbre romancière a publié, au jour le jour, son journal de confinement, lu par des dizaines de millions de Chinois. Devenu un livre, il lui vaut d'être la cible de violentes attaques en ligne de la part de ceux qui l'accusent de trahir son pays.

Fang Fang a publié plus de 80 romans et essais
Fang Fang a publié plus de 80 romans et essais © AFP / STR

Pendant soixante jours, son journal du confinement à Wuhan a tenu en haleine des dizaines de millions de ses compatriotes. Aujourd'hui, elle est dénigrée, menacée, cible de propos haineux déversés par l'ultra-gauche nationaliste chinoise sur Internet. Un an après le début de l'épidémie de Covid-19 dans la province du Hubei, l'écrivaine Fang Fang s'est confiée à France Inter (dans un entretien à lire ici). Retour sur le parcours d'une romancière internationalement reconnue, aujourd'hui "mise au ban" par le régime de Pékin depuis la parution de son livre Wuhan, ville close (éd. Stock).

Une romancière reconnue et récompensée

Auréolée de plusieurs récompenses littéraires dont le prestigieux prix Lu Xun, Fang Fang, aujourd'hui âgée de 65 ans, a publié plus de 80 romans et essais (parmi lesquels Une Vue splendide, Soleil du crépuscule, ou encore Les Funérailles molles). 

Le 25 janvier 2020, deux jours après la mise en quarantaine de Wuhan, métropole de 14 millions d'habitants, elle publie sur le réseau social chinois Weibo un premier post. "Je ne sais pas si ce billet va paraître ou non. Il y a quelques temps, à cause d'un post où je critiquais des jeunes qui braillaient des injures dans la rue, mon compte a été bloqué (...). J'étais prête à ne plus utiliser (...) Weibo. C'était sans compter la terrible catastrophe qui vient de s'abattre sur Wuhan"

Elle accuse le régime de "négligence" et demande des comptes

Fang Fang ignore alors que ce premier billet sera suivi de 59 autres. Dans ce journal de bord, l'écrivaine raconte la vie quotidienne dans une métropole mise sous cloche, la mort de certains de ses proches, l'angoisse et les espoirs de chacun, les hôpitaux saturés qui refusent les malades, le manque de médicaments, de masques, mais aussi l'entraide mise en œuvre par les habitants. 

Elle n'y cache pas son amertume, quant à gestion de la pandémie par des autorités chinoises, qu'elle accuse de "négligence" : "Comment diable les choses ont-elles pu en arriver là ? Une fois cette catastrophe passée, nous ferons les comptes et nous saurons la vérité", écrit-elle le 26 janvier. Ou encore, le 30 janvier : 

L'explosion de cette épidémie a révélé les maux qui rongent notre société. Ces maux sont plus graves et plus tenaces que le coronavirus lui-même. Il n'y a aucun remède en vue.

Déferlement de haine

Chaque billet est lu par des millions de Chinois qui y trouvent un écho juste et sensible aux difficultés qu'ils traversent. Mais en parallèle, Fang Fang ne tarde pas à être la cible de rumeurs et d'une campagne de dénigrement en ligne, qui se poursuit toujours aujourd'hui. L'annonce de la publication de son journal de bord à l'étranger lui vaut d'être accusée de traîtrise. Ses détracteurs, ultra-nationalistes, lui reprochent de servir tous ceux qui critiquent le régime de Pékin. 

L'écrivaine estime auprès de France Inter avoir été "mise au ban" par les autorités. "Désormais je ne peux plus publier quoi que ce soit dans une revue ou un magazine, mes romans ne peuvent plus paraître ici en Chine, et il est hors de question que je sois invitée à participer au moindre événement littéraire"

Ce qui ne l'empêche pas de réclamer toute la transparence sur la crise traversée à Wuhan. "Il est essentiel que les responsabilités des personnes impliquées dans toute cette affaire finissent par être établies", peut-on lire dans la préface de son livre.