L'association accuse le réseau social de ne pas respecter ses engagements en matière de lutte contre les contenus haineux et la désinformation. RSF reproche notamment à Facebook sa passivité face aux thèses conspirationnistes.

Facebook compte en France 38 millions d'utilisateurs
Facebook compte en France 38 millions d'utilisateurs © AFP / Beata Zawrzel / NurPhoto

Secouer le mastodonte Facebook et le mettre face à ses responsabilités : c'est l'objectif de Reporters sans frontières qui porte plainte contre l'entreprise californienne pour "pratiques commerciales trompeuses". En clair, l'association accuse Facebook de ne pas respecter ses engagements en laissant proliférer sur le réseau social de fausses informations et des messages haineux. 

Un environnement "sûr et sans erreurs" ?

La plainte déposée lundi 22 mars auprès du parquet de Paris vise Facebook France et Facebook Irlande. RSF y rappelle les conditions générales d'utilisation du réseau social, dans lesquelles la plateforme assure l'utilisateur de sa "diligence professionnelle pour maintenir un environnement sûr et sans erreurs", en limitant "significativement la diffusion de fausses informations". Un message également martelé lors de campagnes publicitaires.

Pour autant, les fausses informations fleurissent allègrement sur le réseau social, devenu l'un des principaux foyers des théories complotistes. L'association de défense des libertés de la presse évoque notamment la diffusion du film "Hold up", sorti en novembre dernier et qui prétend dévoiler la face cachée de la pandémie. Au total, d'après les constats effectués sur seulement cinq vidéos parmi toutes celles disponibles sur Facebook, le film y a été visionné plus de 4,6 millions de fois en deux mois. Et, dans l'immense majorité des cas, sans message avertissant l'utilisateur que la vidéo comportait de fausses informations. 

Même chose pour un autre film sur le Covid, Manigances-19, visionné en moyenne plus de 4 000 fois par jour pendant deux mois. Des contenus qui alimentent la défiance vis à vis des autorités sanitaires et plus globalement, vis à vis des institutions démocratiques.

"Haine omniprésente"

Autre angle d'attaque pour RSF : la passivité coupable de Facebook face à la haine en ligne, alors que la firme promet à l'utilisateur un lieu "chaleureux et sécurisé","les formes d'expression qui menacent les autres ne sont pas autorisées". "La haine est omniprésente sur le réseau social, qu'il s'agisse de violences racistes, antisémites, d'insultes à l'encontre du politique ou de harcèlement conduisant au suicide", peut-on lire dans la plainte. L'association cite en particulier les commentaires postés sur la page de Charlie Hebdo. 

Qu'ils s'agisse de contenus haineux ou de fausses informations, Facebook ne peut avoir que parfaitement conscience de leur présence massive, souligne par ailleurs RSF, s'appuyant sur les témoignages de salariés de l'entreprises. Et de conclure que le réseau social, qui compte en France 38 millions d'utilisateur, "laisse volontairement perdurer cette situation".

"Cette plateforme a une responsabilité particulière. Une décision en France pourrait avoir une portée dans l'ensemble du monde", a fait valoir Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, invité ce mardi de France Inter.