Alors que cinq rassemblements sont prévus ce samedi à Paris, Fatima Benomar, militante du collectif "Nous Toutes" dénonce l'accélération des féminicides en 2019, avec 121 femmes tuées depuis janvier. Selon elle, la communication politique sur le sujet ne s'est pas accompagnée de mesures efficaces.

Fatima Benomar, à Paris, en juillet 2019
Fatima Benomar, à Paris, en juillet 2019 © Radio France / Rémi Brancato

Le collectif "Nous Toutes" organise ce samedi cinq "die-in", à Paris, place de la République, place de la Bastille, place du Châtelet, place Saint-Michel et place de la Nation, pour dénoncer les féminicides. Pour 2019, le collectif "féminicides par compagnon ou ex" en dénombre déjà 121, soit autant que pour toute l'année 2018. Pour Fatima Benomar, fondatrice de l'association féministe "Les effrontées" et membre du collectif "Nous Toutes", la communication sur le sujet a encouragé des femmes à quitter leur conjoint, sans les protéger suffisamment.

FRANCE INTER : Pourquoi se mobiliser ce samedi 20 octobre ?

FATIMA BENOMAR : "On est à peine mi-octobre 2019 et nous sommes confrontés au 121e féminicide commis par un compagnon ou par un ex (selon le décompte du collectif, "Féminicides par compagnon ou ex"). C'est un chiffre d'autant plus glaçant, que sur toute l'année dernière, on avait eu 121 féminicides. Il y a eu une forte accélération, et c'était très important pour nous de tirer la sonnette d'alarme, de dire qu'il ne suffit pas de communiquer sur la question des féminicides. 

Si on ne dégage pas les moyens pour assurer la protection et la sécurité des femmes qui sont battues, qui font des démarches pour se protéger, on aboutit à cette accélération des féminicides.

Selon vous, la mobilisation du gouvernement et la médiatisation permettent d'expliquer en partie cette explosion ?

"La réponse est tellement incomplète que cela peut exposer des femmes. Les femmes qui subissent des violences conjugales voient des sujets à la radio, à la télévision, qui leur disent : 'il faut que vous portiez plainte'. 

Or, statistiquement, c'est au moment où les femmes décident de quitter un conjoint violent, que ce conjoint peut passer à l'acte fatal du féminicide. 

"Donc si, à côté du fait de les encourager à porter plainte, on ne mobilise pas des moyens concrets, tout de suite, pour que ces femmes-là soient sécurisées, c'est à dire un hébergement anonyme, une ordonnance de protection, un téléphone grand danger, si on ne prend pas toutes ces mesures, on les a juste encouragées à porter plainte et on les a laissées se débrouiller dans cette situation extrêmement dangereuse. 

Axer toute la stratégie sur le fait de leur faire connaître le 39.19, alors que quand elles vont dans les commissariats, elles sont mal accueillies, il y a des policiers qui ne les croient pas, qui minimisent ce qu'elles ont vécu, qui remettent en cause leur crédibilité, parce qu'elles n'ont pas trois dents en moins ou un œil au beurre noir à l'instant T où elles se sont déplacées, si elles n'ont pas de place d'hébergement, elles vont se réfugier dans l'entourage proche et le conjoint violent est au courant. Et finalement, il peut y avoir un féminicide qui sera commis." 

Quelle action avez-vous prévu ce samedi après-midi, à Paris ?

"On va organiser un 'die-in' avec la diffusion d'une bande sonore, qui fait entendre des appels téléphonique de femmes qui font appel à des policiers et les réponses types des policiers. On ne les a pas inventées, ce sont des témoignages qui remontent la manière dont beaucoup de policiers vont plutôt encourager à des mains courantes, par exemple. Certains hommes vont répondre : 'n'avez-vous pas peur des représailles ?' ou encore 'voulez-vous détruire sa vie et qu'il finisse en prison'. Ces réponses types sont encore dites dans les commissariats."

Ce sont des policiers qui ne croient pas les femmes ou qui pensent que ce qu'elles vivent n'est pas si grave ou qui, vue la masse de dossiers sur leurs bureaux, n'ont pas envie de rajouter une plainte.

Il n'y a pas eu d'amélioration, depuis le début du grenelle contre les violences conjugales ?

"Je fais régulièrement de l'accompagnement de victimes dans les commissariats et les gendarmeries et c'est encore une catastrophe. Une femme qui est allée porter plainte pour viol s'est vue demander pourquoi elle avait attendu une semaine. Des policiers découragent encore en assurant que l'auteur des faits ne sera jamais condamné. Malheureusement le manque de formation de la police est encore très lourd. Cela avance, malgré tout, parce qu'on a obtenu que dans certains commissariats, il y ait des formations et ça marche. C'est pour cela qu'on est optimiste. 

Tout cela doit être généralisé ! N'attendons pas de faire un audit dans 400 commissariats (le ministère de l'Intérieur a promis un audit sur les "dysfonctionnements" dans la police et la gendarmerie, lors de l'ouverture du grenelle contre les violences conjugales, début septembre, ndlr), sur ce qui marche, ce qui ne marche pas. On sait déjà ce qui ne marche pas. Envoyons tout de suite les policiers deux jours en formation avec des spécialistes des symptômes des femmes battues, de ce stress post traumatique, pour qu'ils soient sensibilisés."

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