Fermée six mois pour avoir relayé la vidéo du parent d'élève qui appelait à s'en prendre à Samuel Paty, avant l'attentat, la mosquée de Pantin, en Seine-Saint-Denis, rouvre avec quelques semaines d'avance. Comme l'exigeait l'État, l'équipe dirigeante a été renouvelée.

La mosquée de Pantin, en Seine-Saint-Denis
La mosquée de Pantin, en Seine-Saint-Denis © Radio France / Rémi Brancato

C'est une "grande joie". Dans le gymnase qui accueille la mosquée, Abdourahmane Dramé, le nouveau président de la Fédération des musulmans de Pantin (FMP), qui gère le lieu de culte, se réjouit, à la veille de la réouverture pour la prière de ce vendredi, qui regroupe en général jusqu'à 2 000 fidèles. Quelques ouvriers, chargés des dernières réparations, s'activent encore après cinq mois de fermeture administrative. "On est un peu fatigués, mais très contents", confie-t-il.

"On l'a condamné, cet attentat" rappelle celui qui vient de prendre la tête de l'association, évoquant malgré tout "la vidéo". Quelques jours avant l'assassinat de Samuel Paty, la page Facebook de la mosquée de Pantin a en effet relayé la vidéo d'un parent d'élève du collège de Conflans-Sainte-Honorine, appelant à s'en prendre au professeur d'histoire-géographie. "On sait très bien que la Grande mosquée de Pantin a été montrée du doigt" regrette-t-il aujourd'hui.

Un changement d'équipe dirigeante

Après cette "faute impardonnable" comme l'a qualifiée le maire de Pantin, Bertrand Kern, de longues tractations se sont poursuivies après la fermeture prononcée par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. L'État exigeait en effet la démission de M'Hammed Henniche, recteur et président de la FMP. Après plusieurs semaines de discussions, ce dernier a finalement accepté de quitter ses fonctions le 13 mars dernier.

Une nouvelle équipe dirigeante s'est donc constituée autour d'Abdourahmane Dramé, cadre historique de la FMP, un "homme plutôt sage et discret" selon les mots de Bertrand Kern (PS), vivant à Pantin "depuis 43 ans". Son objectif ? "Changer cette image, projetée sur la mosquée, en rapport avec cette attaque horrible et ignoble, commise en octobre" répond Dama Traoré, secrétaire général de la FMP. "Le bureau souhaite travailler avec la préfecture, le maire et la communauté pour qu'on ne soit pas montré du doigt parce qu'on est musulman et qu'on puisse pratiquer notre religion dans la République et en respectant les valeurs de la République" ajoute-t-il. 

Cinq mois de fermeture "difficiles"

Pour les fidèles pantinois, la fermeture a été "difficile à vivre" reconnaît Bertrand Kern, pour qui "la sanction était justifiée, à l'époque". "Ils ont changé l'équipe dirigeante, adopté un préambule aux statuts de leur association dans lequel ils disent clairement leur attachement aux valeurs de la République française : la liberté, l'égalité, la fraternité et la laïcité, donc aujourd'hui, il n'y avait plus rien qui s'opposait à la réouverture" estime le maire. 

Selon lui, il n'y a aucune preuve de dérive radicale dans cette mosquée, issue de l'union, en 2013, avec son soutien, de six associations musulmanes de la ville, représentant différentes communautés. "Il y a des Bangladais, des Turcs, des Comoriens, des Africains, des Maghrébins : on est mélangé, avec six associations dans la gouvernance de l'association" rappelle Abdourahmane Dramé.

Le maire maintient le bail pour la construction de la future mosquée

"Il peut y avoir un certain nombre de fidèles qui ont tendance à aller vers la radicalité, vers un islam très rigoureux mais la plupart des fidèles de la mosquée de Pantin sont des gens qui sont très simples, qui ne veulent faire qu'une seule chose : pratiquer leur religion en toute sécurité, en toute sérénité et s'inscrire dans les valeurs de la République" estime pour sa part Bertrand Kern.

Avec ce changement d'équipe, la construction de la future mosquée de Pantin, débutée au printemps dernier, va pouvoir se poursuivre. Fin décembre, le préfet de Seine-Saint-Denis avait en effet retiré le statut cultuel de la FMP et demandé au maire d'annuler le bail emphytéotique, qui met à disposition un terrain pour la construction du lieu de culte. Après la démission de M'Hammed Henniche, le maire de Pantin a retiré la délibération qui devait suspendre ce bail de l'ordre du jour du conseil municipal. Selon le maire, rien ne s'oppose plus à la restitution du statut d'association cultuelle à la FMP.