Ce vendredi, c'est la Fête de la musique. Dans les rues de vos villes, les artistes et groupes vont chanter leurs titres ou ceux des autres, pour le plaisir de vos oreilles... ou pas. Pourtant, vous devriez vous réjouir : Internet prouve que des reprises radicales, surprenantes ou simplement mauvaises ne manquent pas.

La Fête de la musique, le 21 juin, a été instaurée en 1982.
La Fête de la musique, le 21 juin, a été instaurée en 1982. © Getty / Kristy Sparow

"La Fête de la musique, ce sont des jeunes qui chantent mal qui viennent gueuler sous nos fenêtres jusqu'à pas d'heure des chansons qu'on adore et qu'ils massacrent" : on vous entend d'ici, bande de rabats-joie. Certes, la fête de la musique, instaurée en 1982 (mais imaginée dès 1976 par le musicien Joel Cohen, alors producteur à France Musique), présente le risque, de par son ouverture aux amateurs, de vous faire subir une version un peu trop hasardeuse de votre tube préféré. Et en même temps... c'est un peu ce qui fait son charme, à cette fête qui marque le début de l'été. 

Et puis, cet article va vous rassurer. Vous pensez que la reprise de "Highway to hell" par le groupe du fils de votre voisin, au bas de votre rue, est la pire chose qui pouvait arriver au rock ? Que l'histoire de la chanson se serait bien passée de la version saxophone de "La maladie d'amour" par le type qui joue devant le café du coin ? Sachez qu'il existe bien plus étrange, bien plus surprenant. 

Les drôles de changements de style

"Smells Like Teen Spirit" par le Ukulele Orchestra : Nirvana, c'est la puissance des guitares électriques, la voix écorchée de Kurt Cobain, et la force d'un refrain devenu un hymne pour toute une génération. Maintenant, imaginez : vous enlevez Kurt, et vous remplacez les guitares électriques par... des ukulélés. Acoustiques. C'est tout le concept du Ukulélé Orchestra, exclusivement composé de ces petits instruments au son tout mignon. 

"La mauvaise réputation" par Les Tueurs de la Lune de Miel : Avant toute autre chose, notez que ce titre est paru sur une compilation d'hommage à Georges Brassens. Oui, d'hommage. Et il ne s'agit pas d'une parodie, mais d'un titre du groupe punk expérimental belge The Honeymoon Killers ou Les Tueurs de la Lune de Miel, qui se sont fait une spécialité de massacrer des titres. Le titre date de 1977 : Georges Brassens n'aurait même pas pu se retourner dans sa tombe. 

"Dur dur d'être un bébé" par Beau Catcheur et Rodolphe Burger : Beau Catcheur, c'est une contrebasse et une voix. Pas nécessairement la meilleure formation pour reprendre un tube d'eurodance dont l'interprète principale s'appelle Jordy, a quatre ans et est petit. Dur dur, d'être repris. 

"Hot and Cold" par Los Colorados : Autre formation acoustique, autre genre : comme leur nom ne l'indique pas, Los Colorados ne viennent ni du Colorado, ni d'un pays hispanophone, mais ukrainien. Cette reprise, surprenante mais loin d'être désagréable, a beaucoup tourné sur Internet, et a surtout permis à ce groupe constitué de quatre collègues de boulot de sortir son propre album. On aime. 

L'oeuvre intégrale de Kenzo Saeki : En France, il se fait lui-même surnommer "L'homme à la tête de sushi", en référence à la tête de chou de Gainsbourg. Il a déjà sorti deux albums de reprises en japonais de chansons françaises. Mais ce qui fait l'originalité de ces reprises, ce ne sont pas leur paroles en japonais... mais leur arrangement électro-pop, pas forcément raccord avec l’ambiance des chansons d'origine. 

Les traductions foireuses

"Mon nez, mon nez, mon nez" par Plastic Bertrand : Peut-on concrètement dire autre chose que "QUOI ?" quand on découvre que ce titre au nom inspirant est en fait une reprise de "Money Money Money", de Abba ? 

"La guerre des étoiles" par René Joly : Là, c'est le concept qui cloche. Prendre une musique de film grandiloquente, celle de la Guerre des Etoiles par John Williams, pour en faire une balade pop en pleine explosion de la "space music", en 1977. Cette chanson a valu à René Joly, son interprète, de rester dans les annales du web, ce clip étant devenu viral des années après sa sortie. Quant à René Joly, il a également fait partie de la toute première distribution de l'opéra rock Starmania, en 1979.

"Nuit de Folie" par Jo Hye Ryun : Un autre classique, cette version du tube de Début de Soirée interprétée dans un français plus qu'approximatif par trois chanteuses qui ont l'air de prendre très à cœur leur prestation, chorégraphie et effets spéciaux à l'appui. Après coup, on a découvert que les trois interprètes étaient avant tout comédiennes, et que cette version était à prendre au second degré. 

"Un coup de main des copains" par Sacha Distel & Véronique Sanson : Non, non et non. Faire ça aux Beatles, c'est interdit. Ou comment "With a Little help from my friends" devient "Avec un petit coup d'main des copains". Heureusement, il reste la sympathie pour les deux auteurs de la chanson. 

Les modernisations qui ne marchent pas

"Femme femme femme" par Serge Lama et les L5 : En 2003, Serge Lama sort un album de duo avec des chanteuses, en profitant pour modifier les arrangements des chansons. Le "duo" avec le groupe L5 est quant à lui plus surprenant : à chaque fois que les gagnantes de Popstars prennent le micro, la chanson se transforme en un "machin" RnB beaucoup trop dans l'air du temps du début des années 2000. Mention spéciale pour le couplet susurré du début à la fin. 

"Never gonna give you up" par Ashley Tisdale : En 2002, Britney Spears avait repris "I Love Rock N'Roll" de Joan Jett dans une version globalement saluée par la critique et le public. Par la suite, de nombreuses chanteuses pour ados se sont essayées à ce style : Hillary Duff avec "My Generation" des Who... et surtout la comédienne de séries Disney Ashley Tisdale, qui s'essaie à "Never Gonna Give You Up" de Rick Astley, pour un résultat plus que passable. 

Les versions beaucoup trop arty

"It's a man's world" par The Residents : Nous voilà dans le domaine de l'expérimentation pure. Ici, si les Residents, groupe masqué et prolifique, massacre "It's a man's world" de James Brown, c'est pour en faire une sorte de mantra répétitif, hypnotisant mais inaudible. 

"Wicked Game" par Pipilotti Rist : Là encore, on est dans le domaine de l'expérimentation, et même de l'art contemporain. L'artiste Pipilotti Rist, qui explore les liens entre la pop et l'art, reprend de nombreuses chansons dans ses vidéos. Mais elle les reprend à sa sauce. Comme dans cette version de "Wicked game" de Chris Isaak, qui commence en douce ballade et se termine façon cris de terreur. 

"Autobahn" par le Balanescu Quartet : On est sur le même schéma qu'avec Nirvana plus haut. Prenez Kraftwerk, groupe connu pour la richesse de ses sons électroniques, et remplacez-le par... un quatuor de cordes. Le résultat n'est pas désagréable, à nouveau, mais encore déstabilisant. 

Les pépites de YouTube

"Jaune" par Alain34 : Voici "Rouge" de Michel Sardou, transformé en hymne au pastis (à consommer avec modération) par un chanteur amateur de l'Hérault, "Alain34". Et croyez-le ou non, la chanson a été vue près de 500 000 fois sur Internet... et s'est retrouvée entonnée dans quelques fêtes du sud de la France ! 

"Shape of you" par Amixem : C'est peut-être ce qui traduit le mieux l'esprit de la fête de la musique : s'amuser. Dans cette vidéo, le youtubeur Amixem s'amuse avec le motif musical du méga-tube "Shape of you" de Ed Sheeran pour y caler de nombreuses paroles de chansons différentes. Ça marche parfaitement avec "On s'attache" de Christophe Maé. Beaucoup moins avec "Les Champs-Elysées". 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.