Alors que s'ouvre la Foire internationale d'art contemporain à Paris (Fiac), les artistes semblent s'intéresser à l'urgence climatique. Plusieurs des œuvres exposées à l'occasion d'une programmation "hors les murs" font référence aux conséquences désastreuses sur l'environnement.

Cette oeuvre du plasticien béninois Romuald Hazoumé montre une vieille voiture Peugeot rouillée et cabossée qui s'encastre dans un mur du jardin des Tuileries.
Cette oeuvre du plasticien béninois Romuald Hazoumé montre une vieille voiture Peugeot rouillée et cabossée qui s'encastre dans un mur du jardin des Tuileries. © Marc Domage

Sous la verrière du Grand Palais, l'euphorie des collectionneurs venus du monde entier est telle que l'on se croirait un jour de soldes. À un détail près, ici, on s'arrache des œuvres avec cinq ou six zéros sur les chèques... Léger vertige. Tout ce très beau monde de l'art contemporain, l'hyper luxe, donne l'impression de vivre hors-sol, pas de "gilets jaunes" à l'horizon, loin de là, et le réchauffement climatique semble être une fiction d'écolo-dépressifs. Mais, du côté des artistes, l'urgence climatique est bien présente.  

Sous la grande verrière plusieurs installations impressionnantes de l'artiste japonais Tadashi Kawamata représentent un chaos urbain avec des cagettes, une vision apocalyptique. Plus loin, le plasticien américain Mark Dion signe une installation très "trash" : la reconstitution d'une scène de jungle urbaine quand nos poubelles auront envahi nos villes avec des rats, des chats qui ont remplacé toute humanité.

Trois œuvres "choc"

Au jardin des Tuileries, où la Fiac présente une programmation "hors les murs" gratuite, c'est un grand artiste africain, le plasticien béninois Romuald Hazoumé, qui provoque le plus grand choc (notre photo principale). 

Dans un mur du jardin, il a installé une vieille voiture Peugeot bien rouillée et cabossée, qui s'encastre dans la pierre, avec tous ses bidons de pétrole trafiqué. Romuald Hazoumé dénonce depuis longtemps ce trafic entre le Bénin et le Nigéria, avec une double catastrophe, écologique et humaine. Car les trafiquants roulent sur des bombes ambulantes qui parfois explosent.

Autre image choc dans le jardin des Tuileries : des centaines de parapluies de couleur ont coulé sous l'eau du grand bassin. C'est l'artiste Noel Dolla, grande figure du mouvement "supports-surfaces", qui signe cette installation poétique et politique.

Nymphéas Post Déluge II, une installation poétique et politique de Noel Dolla, présente des centaines de parapluies de couleur ont coulé sous l'eau du grand bassin.
Nymphéas Post Déluge II, une installation poétique et politique de Noel Dolla, présente des centaines de parapluies de couleur ont coulé sous l'eau du grand bassin. / Marc Domage

"Ces parapluies disparaissent sous l'eau, comme si le niveau était monté après un déluge, un cyclone, une tornade et que toute une partie du peuple avait disparu sous son parapluie", explique l'artiste. "Moi ce qui m'intéresse, c'est de faire de l'art aujourd'hui, qui soit le plus poétique possible et je pense que la poésie peut permettre de penser le monde" poursuit-il.

Les artistes, heureusement, sont aussi des porte-voix de ce qui est en train d'arriver et contre lequel il faut se battre.

Un peu plus loin dans les allées, des grottes avec des mains qui semblent s'enfoncer dans leur néant et appeler au secours. Des sculptures de Jean-Marie Appriou, artiste qui a grandi au bord de l'océan, dans le Finistère et qui a toujours été mobilisé par la question de notre futur. "Les artistes, heureusement, sont aussi des porte-voix de ce qui est en train d'arriver et contre lequel il faut se battre", estime-t-il.

L'artiste Jean-Marie Appriou représente des grottes avec des mains qui semblent s'enfoncer dans leur néant et appeler au secours.
L'artiste Jean-Marie Appriou représente des grottes avec des mains qui semblent s'enfoncer dans leur néant et appeler au secours. / Marc Domage

Au Petit Palais, dont l'accès est gratuit, une vingtaine d'installations sont présentes. Il faut s'arrêter devant les formes mutantes, mi-végétales-animales et humaines en verre de Murano de l'artiste Michele Ciocioferra, très mobilisé par la cause écologiste : "Pour moi aujourd'hui, le rôle des artistes, c'est l'engagement. Ils ne peuvent pas rester dans l'indifférence, face à des questions si urgentes, comme le problème écologique."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.