Depuis plusieurs mois, la réalisatrice Flore Vasseur suit de jeunes activistes qui se battent pour différentes causes à travers la planète, dont le climat. Elle est à New-York (États-Unis) pour suivre leur sommet et nous parle de cette jeunesse engagée. Interview.

La réalisatrice Flore Vasseur suit des jeunes activistes engagés à travers le monde, pour le climat... mais pas seulement.
La réalisatrice Flore Vasseur suit des jeunes activistes engagés à travers le monde, pour le climat... mais pas seulement. © AFP

FRANCE INTER : Depuis plusieurs mois, pour votre documentaire Bigger Than Us , vous suivez de jeunes activistes qui luttent contre l’urgence climatique, le sort réservé aux femmes, aux migrants ou bien aux enfants. Que vous inspire cette mobilisation de la jeunesse ? 

"Mon but est de montrer que, dans cette tempête médiatique, Greta Thunberg et les quelques autres qui émergent sont loin d’être les seuls et que ça sort de tous les côtés, sur tous les fronts, pas seulement sur le climat. À chaque fois, ces jeunes attaquent la même chose, ce qu’est devenu dans sa forme la plus intense le capitalisme. Tous nos personnages sont sur des terrains et des pays différents : au Brésil, aux États-Unis, en Ouganda, en Indonésie. Tous ces terrains de lutte sont différents mais leur point commun c’est ce système qui est en train de s’effondrer. Il a touché sa limite et ceux qui veulent vivre, ces jeunes, tentent de le défendre. La cause qui les réunit tous, c’est comme un élément rassembleur, c’est le climat, même si c’est loin d’être la seule." 

Vous êtes à New-York (États-Unis) pour accompagner certains de ces jeunes “personnages”, là où se tient à partir de ce vendredi le sommet des jeunes pour le climat. Qu’espèrent-ils de cette grande réunion internationale ? 

"Je viens à New-York parce que c'est une scène médiatique et politique. Mais ils sont sans grand espoir que le monde politique bouge parce qu’il n’y a aucun intérêt. C’est quand la population sera dans la rue que ça bougera. Les forces en puissance sont trop fortes en face. Ils viennent avec ce mélange d’espoir et de désillusion déjà encaissé. Mais auprès de cette jeunesse, j’ai en tout cas appris que le combat était éminemment dur, pavé de désillusion et l’un des éléments importants pour eux c’est que c’est aussi un moment de se retrouver, de vivre une certaine communauté d’action, se relier. C’est important de montrer que l’activisme peut-être éminemment joyeux. Ils ont de la joie au combat et c’est incroyable face au climat de sinistrose et d’impuissance qu’ils ont en face." 

En France, on a l'impression que les jeunes ont plus de mal à se mobiliser qu'ailleurs. Est-ce que vous le ressentez ? 

"Je ne sais pas si les Français sont moins mobilisés… je pense que ce sont les occidentaux versus le reste du monde. Aujourd’hui, 80 % des moins de 18 ans vivent en dehors de l’Occident, donc on ne représente rien du tout, d’autant plus qu’on ne vit pas de façon prégnante les effets du changement climatique qui se double d’une injustice énorme puisque ceux qui polluent sont ceux qui souffrent le moins. Nous ne sommes pas encore dans l’inconfort. C’est pour ça, sans doute, que l’engagement est moins automatique."  

Les détracteurs de Greta Thunberg et des ados qui manifestent pour le climat ont affirmé que tous ces jeunes gens étaient instrumentalisés et manipulés. Qu’en pensez-vous ?

"Ceux que je suis allée voir sont très loin de toute sphère médiatique, de tout relais, de toute corporation. Ce qui est intéressant c’est de voir en quoi Greta soulève des forces positives et négatives. J’ai l’impression que le vent qui vient contre elle est d’une force conservatrice très forte, qui l’attaque sur tous les fronts et avec des relents de misogynie assez terribles. Jamais la question du changement climatique n’a été aussi prégnante et elle a peut-être été l’élément déclencheur. Mais ce qu’elle suscite, c’est que le vieil homme blanc la déteste et je pense que c’est le système de ce vieil homme blanc qui est entrain de tomber là. Celui qui pense que le profit est plus important que la vie, le court plus important que le long terme, que l’intérêt privé est plus important que l’intérêt général. Elle n’invente rien mais elle met très mal à l’aise celles et ceux qui sont les gagnants de cette histoire. Je pense qu’on juge la force d’une idée à la puissance de la résistance qu’elle suscite." 

Vous nous disiez il y a sept mois que "l'enfance pourrait permettre de dépasser les clivages". Ces jeunes y sont-ils arrivés ?

"En flattant les détracteurs de Greta et en leur donnant de la voix, je pense que l’on fait de l’audience mais que c’est l’arbre qui cache la forêt. Parlons du fond et de pourquoi elle suscite autant de critiques. Mais il faut faire attention avec cette histoire de jeunesse et de jeunisme, j’essaie moi-même de m’en garder. Au fond, je me fiche un peu de leur âge : ce qui compte c’est ce qu’ils ont à dire. La question c’est le propos, la vitalité et l’envie d’en découdre. Je ne sais pas si c’est un effet médiatique ou un effet de loupe, mais ce qui m’intéresse c’est l’idée. Il serait triste que l'on réduise ces combats à la jeunesse de ceux qui les portent. J’ai cru à un moment que la jeunesse nous mettrait tous d’accord, que c’était un espace que l’on voulait préserver, mais je constate avec tristesse que ce n’est pas le cas pour tout le monde." 

N.B. : Le projet de Flora Vasseur, co-financé par une plateforme participative devrait sortir dans “une petite année” et propose des debriefs de l’avancée du film. Le prochain aura lieu le 16 octobre à Paris.   

Marche pour le Climat à Paris, 15 mars 2019
Marche pour le Climat à Paris, 15 mars 2019 © AFP / Denis Meyer / Hans Lucas
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