Le chanteur du groupe Fontaines DC, Grian Chatten, raconte la conception du dernier album "Hero's Death", paru en juillet.

Le groupe Fontaines DC.
Le groupe Fontaines DC. © DR

Le groupe Fontaines DC, originaire de Dublin, en concert ce soir sur France Inter, a sorti cet été un deuxième album particulièrement remarqué. Hero's Death est album de post punk plus apaisé, mais aussi plus direct et éclectique que le précédent. Nous avons rencontré le chanteur Grian Chatten à Paris. 

FRANCE INTER : Combien avez-vous fait de concerts depuis la fin du confinement ?

GRIAN CHATTEN : "Aucun. Ce sera notre premier concert à France Inter. Maintenant, on a toujours la sensation qu’il peut se passer quelque chose et que ça ne va pas se passer... Mais normalement on joue !"

Comment avez-vous réagi à l’incroyable succès de ce nouveau disque ?

"C’est très facile de l’occulter car on est peu confrontés à la réalité. C’est encore peu tangible pour nous. Nous n’avons encore vu personne chanter ces nouvelles chansons. Mais je crois que c’est sain car ça nous éloigne des compliments et de l’adulation, qui sont des réactions nocives pour les musiciens."

Comment l'écriture s'est-elle passée ? 

"J’écris la plupart des chansons loin des instruments. L’écriture se fait avant tout dans ma tête et ensuite j’essaie de ne pas trop la trahir en la sortant dans le monde physique. Et, comme nous étions loin des instruments, l’écriture cette fois fût rapide. On chantait déjà les titres dans le fond du camion alors que rien n’était enregistré. L’enregistrement a été une explosion de deux semaines. 

J’ai écrit les textes des chansons de ce nouvel album en écoutant l’album précédent. Je voulais vraiment clore ce qu’on venait de faire et se remettre en question pour le futur. C’est comme ça qu’est venu le titre qui donne son nom au disque. L’idée était très clairement de ne pas nous laisser étiqueter, classifier. Le titre est inspiré par la pièce de théâtre The Hostage, de l’écrivain et membre de l’IRA Brendan Behan. Il l’a écrite en prison – il y a une scène dans la pièce ou une personne dit aux rebelles pendant la guerre entre britanniques et Irlandais 'Vous cherchez la mort d’un héros !' et c’est comique car ils voient ce combat comme un jeu idiot. Ils ne se posent pas la question de l’identité ou des valeurs nationales. Je trouve ça drôle de réduire ce combat à cette phrase. Et c’est la raison pour laquelle j’ai pris ce titre."

L’un des singles "Televised Mind" est très direct, très simple et terriblement efficace…

"La chanson Televised Mind est venue comme un flash. Cette chanson a été créée totalement en dehors du studio. Quand on faisait des réglages de son pendant les concerts ou en partie dans le camion. Dès que le rythme et le feeling ont été trouvés, la chanson était là. Le reste du travail a été de ne pas étouffer cette énergie."

Est-il vrai que vous avez beaucoup écouté les Beach Boys en faisant le disque ?

"Oui, nous avons écouté beaucoup les Beach Boys pendant la tournée. J'ai été hanté par les ballades de l’album 'Surfer Girl'. Ce disque est arrivé comme un apaisement pour moi. Nous avons recherché à créer ce sentiment dans ce dernier album. Une sensation de calme."

Dans quel état étiez-vous à la fin de la tournée précédente ?

"À ce moment là je crois que nous pensions que ça allait. Au bout de deux ou trois mois sans tourner, c’est là que je me suis rendu compte que ça n’allait pas, qu’il me faudrait du temps pour récupérer. En tout cas plus que deux semaines, pour me reposer et moins boire, je veux dire. J’ai fait des insomnies terrifiantes. Je ne supportais plus l’idée d’aller me coucher. Je dormais sur les canapés ou par terre parce que je ressentais moins la pression de devoir dormir. J’étais aussi très, très anxieux d’être devenu connu ou reconnu. Ce fût très inconfortable pour moi. 

Quelques mois après la sortie de 'Dogrel', tout d’un coup, des milliers de gens avaient une opinion sur nous, positive ou négative et c’est ça qui m’a le plus angoissé. Ma vie n’était plus privée. Je ne crois pas que ma vie soit l’affaire des autres mais, d’une certaine façon, aujourd’hui, c’est pourtant bien le cas. Mais je me trouve trop jeune pour ça et je ne crois pas avoir la bonne armure."

Pensez-vous que cet album est une réponse à ces angoisses ?

"Oui totalement. Cet album est une réponse à tous ces sentiments que nous avons laissés derrière nous. C'est une façon d’explorer notre côté introverti, car on nous a trop payé pour qu’on expose notre côté extraverti."

Comment envisagez-vous la vie de musicien pour les mois qui viennent ?

"Je crois que c’est important pour tout le monde de croire au destin. Mais je ne sais pas ce qui va se passer. Le truc, c’est que si les choses redeviennent normales dans trois ans, les groupes n’auront pas les moyens de payer quoique ce soit sans concert. Cette crise peut vraiment éradiquer une génération de musiciens. Nous, nous sommes extrêmement chanceux. Mais si ça dure cinq ans, nous aussi nous serons touchés. Mais je veux utiliser ce temps pour écrire de la poésie ou des romans. Je ne voudrais pas que les gens pensent que je me sers de ma notoriété pour publier ma poésie simplement parce que j’ai le privilège de pouvoir le faire."

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