Le procès de deux hommes soupçonnés d'avoir volé du matériel de police dans un fourgon, le 1er décembre 2018, jour de l'"Acte 3 des gilets jaunes" doit se tenir ce lundi. L'un des prévenus étant décédé, un seul homme comparaît. L'arme volée, un fusil d'assaut HK G36, n'a jamais été retrouvée.

Acte III des manifestations des gilets jaunes, ici à Paris. Sur l'Arc de Triomphe, tag : "Macron démission", 1er décembre 2018.
Acte III des manifestations des gilets jaunes, ici à Paris. Sur l'Arc de Triomphe, tag : "Macron démission", 1er décembre 2018. © Radio France / Tommy Cattaneo

1er décembre 2018, jour de l'"Acte 3 du mouvement des gilets jaunes" : à Paris, l'Arc de Triomphe est pris pour cible, de nombreux heurts opposent manifestants et forces de l'ordre. Les images des affrontements tourneront en boucle pendant des jours sur les chaînes de télévision. Le lendemain, le procureur de la République confirme publiquement une information qui, jusque-là, tenait plus de la rumeur : un fusil d'assaut HK G36 a disparu, volé, dans la cohue, à une équipe de policiers qui intervenait près des Champs-Élysées.

Début d'incendie dans le fourgon des policiers

"Nous avons cru mourir", diront, plus tard, certains des fonctionnaires de la compagnie d'intervention à qui l'arme a été dérobée. Il est environ 17h quand l'équipe, prise pour cible par des manifestants que les policiers décriront comme "enragés", se réfugie dans son fourgon, sous les jets de projectiles. Un fumigène, lancé dans le véhicule, provoque un début d'incendie dans l'habitacle, rendant l'air irrespirable, et obligeant les occupants à quitter le fourgon. 

C'est à ce moment-là, selon le témoignage du fonctionnaire qui tenait l'arme, que le HKG36 (le seul dont l'équipe était dotée) lui a été arraché. Les images de vidéosurveillance montrent des personnes en train de se saisir d'autres objets abandonnés dans le véhicule de police : gilets pare-balles, un casier contenant quatre chargeurs garnis de munition pour le HK G36, boucliers de maintien de l'ordre, ou la radio du fourgon. La compagnie d'intervention, parvenue à reprendre possession de son fourgon, quitte rapidement les lieux. L'un des chargeurs sera retrouvé peu de temps après dans le quartier, dans un sac.

Des cartouches "en souvenir"

C'est le hasard qui mettra les enquêteurs de la police judiciaire sur une première piste : le 5 décembre, un homme est contrôlé Gare de Lyon, pour usage de stupéfiant. Dans son sac, les policiers découvrent une casquette estampillée "police" et une munition que le jeune homme de 18 ans explique avoir trouvée lors de la manifestation du 1er décembre, et gardée "en souvenir"

En garde à vue, Vincent G. raconte avoir participé à la manifestation, au cours de laquelle il dit avoir été abordé par un homme porteur d'une arme d'épaule, qui lui aurait demandé un sac pour la transporter. Le jeune homme dit avoir deviné que l'arme venait d'être volée dans le fourgon de police. Tous les deux quittent les lieux, dans l'idée de revendre leur butin. L'inconnu ira mettre l'arme "à l'abri", avant de disparaître sans laisser de trace. Le HK G36 ne sera jamais retrouvé.

Vincent G., qui était l'un des deux prévenus convoqués ce lundi, ne pourra en dire plus devant la justice : il est décédé brutalement en 2020. L'action publique à son encontre est donc éteinte.

Vol d'un gilet pare-balles 

C'est donc seul que comparaîtra Mohamed D., dont l'ADN a été retrouvé sur un pavé jeté dans le fourgon. Il a reconnu avoir pris part au caillassage, et comparaît pour "vol avec violences". Mais son affaire n'a aucun lien direct avec le HK G36 : le prévenu nie avoir vu l'arme, mais reconnaît avoir dérobé un sac contenant un gilet pare-balle dans le fourgon de police. Le gilet en question lui a été arraché des mains dans la foulée par un assaillant. L'homme, âgé aujourd'hui de 26 ans, explique s'être laissé "engrener", et affirme regretter sa participation aux faits. 

Les huit policiers partie civile ont écopé d'ITT allant de 10 à 45 jours. Tous disent avoir vécu, ce 1er décembre, "un événement très marquant",  décrivent un "lynchage". Un enregistrement audio réalisé par un témoin laisse clairement entendre des individus prononcer les mots suivants : "Piquez-leur leurs armures" et "ils sont morts, ils sont morts, enculez le camion."

Ni la vidéo surveillance, ni l'exploitation de la téléphonie, ni les expertises génétiques n'ont permis d'identifier l'homme qui a arraché le fusil d'assaut des mains de l'un d'entre eux.