Malgré l'actualité de l'année écoulée (critique du maintien de l'ordre, accusations de racismes dans la police...) et des conditions de travail décrites comme difficiles, plusieurs milliers de candidats se sont présentés aux concours externes d'officier ou commissaire de police, pour quelques dizaines de places.

Cérémonie de sortie de la 70ème promotion des commissaires de police et de la 24e promotion des officiers de police cette année à Saint Cyr.
Cérémonie de sortie de la 70ème promotion des commissaires de police et de la 24e promotion des officiers de police cette année à Saint Cyr. © AFP / Nicolas Liponne

Charles, 25 ans, est travailleur social dans une association aidant les personnes qui se prostituent. À priori, pas grand-chose à voir avec son futur métier : dans quelques temps, le jeune homme va démissionner pour intégrer une formation de commissaire de police. Pourtant, Charles dit voir dans cette reconversion "un changement qui s'inscrit dans une forme de continuité" : "Je me suis engagé dans le secteur associatif et le social pour me mettre au service de mes concitoyens, en particulier des personnes les plus démunies qui connaissent une misère à la fois humaine et sociale, à savoir celle de la prostitution. Pour moi, cela va continuer, puisque devenir commissaire de police, c'est également servir plus largement tous mes concitoyens, leur permettre de vivre en sécurité, donc libres."

Alors que les manifestations contre les violences commises par certains policiers, les polémiques autour des méthodes de maintien de l'ordre et les accusations de racisme occupent une large place dans l'actualité, 1 016 candidats ont passé, en 2020, le concours pour intégrer la formation de commissaire de police. Un chiffre en légère augmentation, puisqu'ils étaient 871 l'an dernier. À l'arrivée, peu d'élus, puisque 32 futurs commissaire vont intégrer, fin août, l'école de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or. Dont Charles, pour qui cet engagement a été le fruit d'une mûre réflexion : "Je me suis renseigné. J'ai des camarades de mon école qui avaient déjà emprunté cette voie-là. J'avais eu l'occasion de rencontrer des commissaires, et avais fait un stage dans le cabinet d'un préfet où j'avais pu côtoyer à la fois des commissaires et des unités de terrain, des gardiens de la paix", explique le jeune homme. 

"Une forme de pédagogie"

S'il affirme ne pas avoir ressenti "de réaction particulière" à ce choix de carrière dans son entourage, "mis à part, en effet, de saluer [son] courage", Charles dit pouvoir comprendre que certains policiers évitent de dévoiler leur profession. "Je ne suis pas encore commissaire, ni en école, donc j'ai un regard très extérieur là-dessus. Moi, je n'ai pas d'appréhension particulière à dire que je veux devenir policier", argue le futur commissaire, qui ajoute vouloir croire en "une forme de pédagogie", en une possibilité d'"expliquer aux gens qui, parfois, sont un peu véhéments, et ont leur raison pour l'être, qu'être policier, c'est d'abord être au service de ses concitoyens et servir leur sécurité au quotidien, donc leur liberté". "Présenté comme ça, ajoute-t-il, je pense qu'il y a assez peu de raisons de rencontrer une certaine haine ou réprobation de la part de ses proches."

Animée par cette volonté de se "sentir utile", Shaan, 24 ans, a de son côté passé le concours d'officier de police, qui assure le lien entre les équipes opérationnelles et le commissaire. Étudiante à Sciences-Po, la jeune femme a fait partie des 2.724 candidats de cette année (2.961 en 2019), et obtenu l'une des 48 places en école. "Le contexte actuel est en effet difficile", reconnait Shaan. "Après moi, mon choix est personnel, il était déjà mûri avant. Ce choix d'engagement persistera", assure celle qui affirme que son orientation professionnelle a été "plutôt bien accueillie" par son entourage : "Ma famille m'a toujours dit qu'elle me soutiendrait, quel que soit mon choix. Eux ne sont pas du tout dans ce domaine-là et ils sont très fiers de mon engagement.

Réserve citoyenne

Actuellement dans la réserve citoyenne de la police nationale, composée de volontaires qui viennent appuyer les fonctionnaires en cas de besoin, Shaan dit également avoir pris le temps de se renseigner avant de passer le concours : "C'est un métier qui demande une très grande disponibilité, qui donne beaucoup de responsabilités, il faut avoir une grande capacité de discernement et être très adaptable. C'est un métier qui est très exigeant à ce niveau-là. Il faut en avoir conscience au début, pour ne pas forcément être dans la désillusion après."

Quant au fait de diriger, à 25 ans, une équipe de policiers en service depuis de nombreuses années, la jeune femme refuse de se laisser réduire à son âge, et dit penser avoir "la maturité suffisante" : "Le fait que les équipes aient beaucoup d'expérience, c'est un avantage, puisque je pourrai bénéficier de cette expérience. Je serai dans l'écoute et je pense en tirer énormément de choses." 

Des projets et principes qui s'appliqueront sur le terrain en 2022. La jeune femme entamera, à l'automne, une scolarité de 18 mois, avant de prendre ses fonctions. Charles, lui, suivra un cursus de 22 mois. 

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