Après San Gimignano en Toscane, Pékin, La Havane, Sao Paulo, ou les Moulins (Seine-et-Marne) à une heure de la capitale, la Galleria Continua installée à Paris propose un concept étonnant : une galerie d'art qui fait en même temps épicerie, avec des produits qui viennent des pays où la galerie est déjà implantée.

La Galleria continua est ouverte même en temps de Covid et le public semble apprécier si l'on en crois la file d'attente à l'entrée
La Galleria continua est ouverte même en temps de Covid et le public semble apprécier si l'on en crois la file d'attente à l'entrée © Radio France / Stéphane Jourdain

À l'heure où les musées sont fermés, la Galleria Continua rencontre déjà un énorme succès. Galerie d'art ou épicerie ? Les deux ! À l'entrée on vous propose des paniers de supérette et tout de suite vous apparaissez dans un grand miroir à côté de l'image de trois femmes nues,  les "Trois grâces" réinterprétées par Michelangelo Pistoletto, grand nom de l'Arte Povera : une femme noire, une métisse, une blanche et vous, qui faites partie de l'œuvre... On se décomplexe, mais on se calme aussi, car l'œuvre dépasse les 500.000 euros.

Acheter du fromage à défaut d'une œuvre qu'on aura dévoré avec les yeux

On déambule jusqu'au sous-sol, dans la galerie qui a conservé les casiers de cet ancien magasin de grossiste en maroquinerie, pour y exposer les œuvres d'art. Des œuvres qui se retrouvent au milieu du pecorino de Toscane, du thé chinois et du jus de guarana brésilien, des spécialités des pays où est déjà implantée la galerie.

Pour ce tout premier accrochage, c'est JR, le street-artiste français qui a joué le commissaire d'expo. Avec ce concept et "mise en scène" d'une épicerie, la Galleria Continua poursuit un objectif : décomplexer le public avec l'art contemporain.

Giusy Ragosa dirige la galerie avec passion :"On souhaitait créer un espace de partage où l'on peut avoir accès à la culture et où les gens peuvent se rencontrer dans ce contexte de la pandémie", explique la galeriste. "C'est un lieu où la rencontre avec les œuvres se fait de façon plutôt facile car on découvre une œuvre dans une épicerie. Et une épicerie aujourd'hui, c'est un lieu qui est classé comme essentiel et dans cette essentialité, il faut rencontrer la culture". 

Un lieu pour déconfiner notre imaginaire 

Depuis son ouverture, la galerie est déjà victime de son succès, avec des files d'attente sur le trottoir le samedi. Entre huile d'olive et œuvres d'Anish Kapoor, de JR qui a installé un immense trompe l'œil, ou de Gupta avec ses des toilettes dorées, les visiteurs se déconfinent.

"Je trouve ça très amusant, ça met un peu de soleil dans cette morosité" confie Anne Charlotte ravie de voir en vrai des œuvres, et pas à travers un écran... "Je trouve ça rigolo enchaîne Marie, ça change des galeries aseptisées et design. Je trouve qu'il faut faire vivre les lieux d'art contemporain, que ce soit plus accessible pour les gens et que chacun puisse s'y retrouver". Parmi les œuvres exposées, coup de cœur pour les statuettes africaines de Pascale Martine Tayou, et le nuage magique de Leandro Erhrlich..Étonnant ! 

Leandro Erlich "Champignon Collection de Nuages" 2018
Leandro Erlich "Champignon Collection de Nuages" 2018 / Galleria Continua / Sara de Santis

Pendant qu'à Charleville-Mézières, le musée Rimbaud, fermé, a choisi d'exposer des œuvres dans un supermarché, à la Galleria Continua on transforme une galerie en épicerie. Reste cette question : faut-il que l'art se consomme comme du vin ou fromage pour qu'il soit "Covid-compatible", puisque les musées restent confinés ?

>> La Galleria Continua de Paris est ouverte du mardi au samedi de 10h à 17h au 87 Rue du Temple, 75003 Paris. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.