Leurs chansons transpirent l'espoir et la joie. Les écouter pourrait aider certains enfants à rester positifs, malgré la crise sanitaire qui bouleverse leurs vies. Gérard Lenorman, Yves Duteil et Henri Dès ont accepté d'être réunis, dans cet article, pour encourager les plus petits à rêver. Entretiens.

Gérard Lenorman, Yves Duteil et Henri Dès, se sont réunis, ici, pour aider les enfants à rêver malgré la pandémie.
Gérard Lenorman, Yves Duteil et Henri Dès, se sont réunis, ici, pour aider les enfants à rêver malgré la pandémie. © AFP et Laura Gilli

La déprime n'épargne pas les plus petits en ces temps chamboulés par la crise sanitaire. Un rapport de l'Assemblée nationale a révélé, en décembre dernier, que 68% des parents observent chez leurs enfants des comportements qui témoignent de colère, d'agressivité ou d'anxiété. Des sentiments, qui pourraient être adoucis en musique. Gérard Lenorman, Yves Duteil et Henri Dès, dont les chansons sont plébiscitées par le jeune public, ont accepté d'être réunis, ici, pour encourager les plus petits à rêver.  

Henri Dès : "Si un enfant bloqué chez lui se sent mal, peut-être qu'écouter une chansonnette peut l'aider."

Henri Dès est auteur compositeur et chanteur depuis 1977. Il écrit son premier album pour son fils.
Henri Dès est auteur compositeur et chanteur depuis 1977. Il écrit son premier album pour son fils. / Laura Gilli

Auteur, compositeur et interprète depuis 1977, Henri Dès, 80 ans, a signé environ 250 chansons en près de 45 ans de carrière. En octobre dernier, il sort un album intitulé "12 chansons pour être heureux", qui s'adresse aux plus petits en ces temps de crise sanitaire. Il prépare, en ce moment, avec Zep, l'auteur des "Titeuf", une comédie musicale inspirée de ses plus beaux refrains. "La Charlotte de l'espace" devrait être jouée en France dès février 2022, si la situation sanitaire le permet. 

FRANCE INTER : "C'est à l'école qu'on apprend à faire des bêtises", mais les enfants vivent en ce moment une scolarité en dents de scie. Comment vos chansons peuvent-elles les aider à relativiser ? 

HENRI DÈS : "Je suis positif de nature. On le retrouve dans mes textes. Ils parlent du verre à moitié plein plutôt que du verre à moitié vide. Mon refrain 'C'est le printemps' par exemple est très joyeux. Il me donne envie d'inviter les plus petits à aller s'amuser à tailler des bouts de bois dans la forêt avec leurs copains. Si possible, bien sûr."

Vous avez sorti un album intitulé "12 chansons pour être heureux" en octobre dernier. Quel message vouliez-vous transmettre aux plus jeunes ? 

"Je voulais leur proposer une manière de prendre les choses du bon côté. Si un enfant, bloqué chez lui, se sent mal et que dans sa maison ça crie un peu... Peut-être qu'écouter une chansonnette dans sa chambre peut l'aider à s'amuser malgré tout."

Cet album contient un titre inédit "le virus". Il explique les mesures de distanciation sociale pour inclure les plus petits dans la lutte contre la Covid-19...

"Oui, ce titre m'a été commandé par une psychologue suisse pour que les enfants puissent apprendre en chantant les gestes barrières. On a pensé que ça pourrait leur être utile au quotidien. Dans ces paroles, l'enfant est acteur. Il porte le flambeau pour dire : 'Attention, on ne m'aura pas avec cette saloperie.' Il se défend."

Vous êtes souvent accompagnés de chœurs d'enfants dans vos disques. Faut-il plus particulièrement les encourager à 'faire de la musique' en ce moment ? 

"Bien sûr. La musique égaye le cœur et à l'âme. Je fais de la musique tous les jours. Un enfant qui peut jouer d'un instrument ou chanter trouve une forme de plaisir, qui peut même être partagé en famille." 

Si vous deviez tirer une leçon positive de cette période, quelle serait-elle ?

"J'ai décidé de prendre des cours de guitare pour m'améliorer et occuper mes journées en l'absence des spectacles. Sans cette crise-là, je ne l'aurais pas fait alors que ça m'a permis de progresser. Mais, il faut aussi dire que j'ai fait arrêt cardiaque en novembre 2019. Je suis mort une seconde, ma femme m'a sauvé. Depuis, je vis différemment. J'ai dû me réinventer parce que je n'avais rien d'autre à faire. C'est peut être ça la leçon. On a tous quelque chose à prendre en main dans nos vies et c'est sans doute le bon moment pour le faire."

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Yves Duteil : "Il y a toujours quelque chose de positif à déceler, même dans les pires moments."

Yves Duteil est chanteur, compositeur et écrivain. Son prochain livre sortira en mai.
Yves Duteil est chanteur, compositeur et écrivain. Son prochain livre sortira en mai. / Eric Vernazobres

Distingué du prix de la poésie par l'Académie française pour l'ensemble de son répertoire en 1986, désigné auteur de la plus belle chanson du XIXe siècle pour "Prendre un enfant par la main" par le mensuel Notre Temps, Yves Duteil, 71 ans, a multiplié les succès. En 2018, il publie un nouvel album, "Respect". Son prochain livre, intitulé "Chemins de liberté" paraîtra en mai 2021 aux éditions de l'Archipel.   

FRANCE INTER : Vous nous avez toujours parlé d'amour dans vos chansons. Une affection, dont ont besoin les enfants en ce moment.

YVES DUTEIL : "Oui, les jeunes ont besoin de s'appuyer sur des valeurs sûres et l'amour en est une en tout temps. Même si ça paraît un peu fleur bleue, un peu naïf... On retrouve l'amour au confluent de tous les désirs, de toutes les souffrances et de tous les espoirs."

Que cherchez-vous à offrir aux plus petits qui vous écoutent ? 

"Souvent, on ne transmet pas ce que l'on croit transmettre. À la base, j'écrivais mes albums pour les adultes. Mais curieusement, les enfants s'en sont emparés. Je suis toujours fasciné d'apprendre qu'ils se sont appropriés des titres comme 'Clémentine et Léon', qui parle quand même de la guerre ! C'est un miracle qui me dépasse. Peut-être que ce qui leur plaît, c'est que je parle de la douleur avec douceur et de la violence en essayant de consoler et de donner de l'espérance."

Que diriez-vous à un enfant qui souffre de la pandémie ? 

"J'éviterais les conseils, car on comprend rarement les blessures des enfants. J'étais moi-même très angoissé petit. J'essayerais plutôt de me mettre à sa hauteur pour l'écouter, échanger et répondre à ses questions. Puis, je lui chanterais des chansons. Je lui proposerais cette lumière, dont j'ai voulu imprégner mes textes. On perçoit mieux les petites lueurs d'espoir dans l'obscurité qu'au grand jour, où on n'entend pas non plus un murmure au milieu du tumulte du quotidien."

Il est donc possible de trouver "un coin de bonheur" même dans les plus dures épreuves ? 

"Oui, il y a toujours quelque chose de positif à déceler même dans les pires moments. On peut par exemple rencontrer quelqu'un et tomber amoureux pendant des périodes terrifiantes telles que la guerre. Je n'hésite jamais à parler du pire, parce que je ne veux rien occulter ; mais j'y inclus aussi le bonheur auquel on aspire quand on n’est pas bien. Quand j'écris sur des drames, comme le deuil, dans 'Ton absence', j'essaye de réconforter."

Quel premier bilan pourriez-vous faire sur la crise sanitaire ? 

"La pandémie nous vole du temps. Même si je le concède, elle permet aussi de faire le point. Dans notre vie intime, l'activité masque souvent l'essentiel du quotidien. On a aussi la chance d'être vivants. La tendresse, la douceur apparaissent, oh combien, nécessaires face à la cruauté du temps. En revanche, je ne peux pas occulter que ce virus m'empêche de faire mon métier. On a besoin de ce partage, de bisous, de se prendre dans les bras, de contacts humains... et on a besoin de la culture, qui est l'oxygène de notre esprit. Ce silence artistique nous dessèche."

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Gérard Lenorman : "Toutes les craintes qui pèsent sur nos espoirs et nos pensées, les enfants les ressentent."

Gérard Lenorman écrit sa première chanson à l'âge de dix ans. Auteur, compositeur et interprète, il a chanté plusieurs tubes, tels que 'La ballade des gens heureux'.
Gérard Lenorman écrit sa première chanson à l'âge de dix ans. Auteur, compositeur et interprète, il a chanté plusieurs tubes, tels que 'La ballade des gens heureux'. © AFP / COLLECTION CHRISTOPHEL

Auteur, compositeur et interprète, Gérard Lenorman, 76 ans, chante depuis qu'il est enfant. Son premier disque "Le Vagabond" sort en 1967. Depuis, l'artiste a enchaîné les tubes comme "La ballade des gens heureux", "Si j'étais président" ou "Les jours heureux" adoptés par les enfants. Son prochain album "Le goût du bonheur" devrait sortir prochainement.

FRANCE INTER : La crise sanitaire est difficile à vivre pour les plus petits aussi. Votre titre 'Si j'étais président' peut-il les aider à dédramatiser la période ? 

GÉRARD LENORMAN : "J'ai effectivement écrit cette chanson en raison de mon enfance difficile. En me disant quelle chance d'être enfant, mais tous les enfants ne sont pas chanceux. Je ne sais pas si cette mélodie changera grand chose [pour eux en ce moment, ndlr], mais son ton est vraiment joyeux. Ce texte veut aussi dire : 'On peut tous prendre des initiatives pour les autres et devenir, un peu, président.'"

Un autre de vos tubes, "La ballade des gens heureux" pourrait redonner le sourire... 

"Bien sûr. J'ai rêvé de cette chanson pendant des siècles. J'ai attendu vingt ans pour enfin l’écrire avec Pierre Delanoë. Je voulais des mots simples, qui aident et qui parlent à tout le monde. Aux enfants, aux intellectuels, au pape, aux présidents, comme aux crétins. 'Notre vieille terre est une étoile où toi aussi tu brilles un peu', c'est indiscutable et les mômes comprennent tout."

Les enfants ont peu emprunté le chemin de l'école l'an passé. Difficile, pour eux aussi, de savoir quand la vie redeviendra plus ordinaire. Que leur diriez-vous pour les rassurer ? 

"Sois sûr de ce que tu veux. C'est toi, qui déterminera ton succès. Même si tu ne sais pas encore exactement ce que tu désires, c'est là, au fond de toi. Un jour, tu trouveras les mots. Il faut commencer par poser une première pierre, mais de toute façon les enfants savent ça. Moi, je me suis libéré seulement à 18 ans, après un grave accident de voiture. J'aurais dû mourir, mais ça a été ma résurrection."

Depuis un an, les plus jeunes passent beaucoup plus de temps chez eux. Or, tout n'est pas toujours rose dans une famille. Quel est votre conseil pour jeune qui vit l'enfer chez lui ? 

"C'est délicat de trouver un bon conseil et pourtant je connais le sujet. Un seul être suffit à bousiller votre vie. Il n'empêche, j'ai finalement réussi à écrire une chanson qui s'intitule 'Maman amour'. Alors, je crois que je lui dirais : 'Rêve, rêve, rêve et deviens tes plus beaux rêves. Crois que tout va bien t'arriver, un jour. Il faudra qu'on t'aide un peu. Si une de mes chansons peut être un déclic... Tant mieux ! Mais, n'oublie jamais que tu as en toi cette capacité à te sortir de tout et du pire de ta vie'." 

Si vous deviez trouver un point positif, un coin de lumière pour la jeunesse, en ces temps troublés... Que diriez-vous ?

"Toutes les craintes qui pèsent sur nos espoirs et nos pensées, les enfants les ressentent. Ils sont malheureux. On tue nos enfants. On n'a pas choisi, eux encore moins. Qu'est-ce qu'on peut faire pour eux ? Je ne sais pas. Il faut trouver les mots justes pour en parler ou se taire. Souvent, les parents savent comment dire ces choses."

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