Portrait. La Grèce s'apprête à tenir des législatives ce dimanche qui pourraient bien voir la page Syriza se tourner quatre ans après l'arrivée d'Alexis Tsipras à la tête du gouvernement. C'est l'héritier d'une dynastie politique en Grèce qui, à la tête du parti conservateur Nouvelle Démocratie, est donné favori.

Kyriakos Mitsotakis, à la tête du parti conservateur  grec Nouvelle démocratie
Kyriakos Mitsotakis, à la tête du parti conservateur grec Nouvelle démocratie © AFP / PANAYOTIS TZAMAROS / NURPHOTO

Est-ce le retour des dynasties en Grèce ? Longtemps, le pays fut gouverné par trois familles : les Karamanlis, les Papandréou et les Mitsotakis. Le dirigeant de Syriza, Alexis Tsipras, avait rompu le cycle en devenant Premier ministre en 2015 à la tête de son parti de gauche radicale. Mais voilà que dans la famille Mitsotakis, le fils Kyriakos est bien parti pour emporter le poste de Premier ministre.

Le conservateur grec Mistotakis en meeting à quelques jours de législatives décisives
Le conservateur grec Mistotakis en meeting à quelques jours de législatives décisives © Radio France / Marie-Pierre Vérot

On peut dire que Kyriakos Mitsotakis a la politique dans le sang. Fils du Premier ministre Konstantin Mitsotakis, qui a dirigé la Grèce entre 1990 et 1993 et fut jusqu’à sa disparition il y a deux ans une figure tutélaire de la droite grecque, il a pour sœur la première femme élue maire d’Athènes en 2003, qui fut également ministre des Affaires étrangères et de la Culture. Son neveu vient de rafler la mairie d’Athènes à Syriza.

Le parti de Tsipras, donné perdant dans les sondages

La capitale n’est d’ailleurs que l’une des prises de Nouvelle démocratie (ND), le parti conservateur dont Kyriakos Mitsotakis a pris la tête. Lors des élections régionales et locales du mois dernier, ND a en effet remporté 12 des 13 régions et de nombreuses grandes villes, dont les deux plus grandes, la capitale et Thessalonique. Un succès qui suivait de peu l’humiliation infligée à Alexis Tsipras lors des européennes que ND a remportées avec près de 10 points d’avance.

C’est d’ailleurs cet échec qu’Alexis Tsipras n’avait pas vu venir, du moins dans ces proportions, qui a décidé l’actuel Premier ministre à avancer la date des législatives qui étaient prévues à l’automne. Mais, s’il espérait couper l’herbe sous le pied de ses détracteurs, Alexis Tsipras pourrait, cette fois, avoir joué le coup de poker de trop. Les sondages le donnent en effet entre 7 et 10 points derrière son rival de droite.

Le jeune Mitsotakis a su profiter de cette campagne pour peaufiner son image de réformateur et tenter de faire oublier un patronyme un peu encombrant. Il répète à qui veut l’entendre que son accession à la tête de Nouvelle démocratie était tout sauf écrite, n’étant pas le favori des caciques ; il fait valoir que ses candidats sont nouveaux à 80%, promet de ne pas recruter de membres de sa famille au gouvernement s’il devient Premier ministre. Et assure que le népotisme, ce mal qui a rongé si longtemps la vie politique grecque, est bel et bien révolu.

Ses partisans considèrent que "Mitsotakis est le Macron grec".
Ses partisans considèrent que "Mitsotakis est le Macron grec". © AFP / Panayotis Tzamaros / NurPhoto

Le Macron grec ?

Ses détracteurs ne se privent cependant pas de l’appeler "gonos" (fils de), mais Kyriakos Mitsotakis a mené sa barque à l’étranger avant de plonger dans la politique grecque. Diplômé de Harvard et Stanford, ce quinquagénaire polyglotte a fait ses armes dans la banque et le consulting notamment chez Mc Kinsey à Londres. 

Il se veut le visage de la modernité et de la réforme en Grèce. Ses partisans aiment le comparer à un certain Emmanuel Macron. Il a mené une campagne de terrain, à la rencontre de ces Grecs de la classe moyenne qu’il entend séduire. Lors de son meeting dans la capitale à trois jours du scrutin, sur une estrade au pied de l’Acropole, Kyriakos Mitsotakis a tenu à répéter qu’il s’adressait aux employés, aux agriculteurs, aux retraités, aux fonctionnaires, aux chômeurs, aux jeunes mères, aux étudiants. Un électorat qui ne lui est pas forcément acquis et auquel il promet une baisse d'impôts. La stratégie peut s’avérer payante alors que cette classe moyenne n’en peut plus de ces taxes relevées au fil des plans d’austérité qui l’ont atteinte de plein fouet. Sur son opdium, Mitsotakis lance : 

Les classes moyennes sont la colonne vertébrale du pays !

La classe moyenne grecque apparaît en effet comme la grande sacrifiée de ces dix années de crise et Mitsotakis entend bien tourner à son avantage la rancœur des employés, jeunes travailleurs, chômeurs, retraités. Une rancoeur accumulée à l’encontre de Syriza, accusée de les avoir trahis.

Mistotakis a aussi tombé la veste au fil des meetings. Il multiplie les selfies et a un mot pour chacun. Il sait que les classes supérieures et le monde des affaires lui sont acquis, alors il va chercher cette classe laborieuse, tente de mobiliser les abstentionnistes, désireux d’obtenir non seulement la victoire dimanche prochain mais la majorité absolue des 300 sièges de la Vouli, le Parlement grec. Mission possible en raison du système électoral qui accorde une prime de 50 sièges à la liste arrivée en tête.

Mitsotakis promet des investissements

Le challenger de Tsipras développe ce qu’il appelle un "libéralisme économique réaliste", assurant que le capitalisme doit savoir partager les richesses en ayant le souci de justice sociale. Il entend baisser les impôts des entreprises, mais aussi ceux sur le revenu et la taxe foncière. Il promet des investissements, grâce aux privatisations, des emplois stables et bien payés, dénonçant le chômage qui reste très haut (40%) chez les jeunes et la précarité des emplois nouveaux, rémunérés entre 300 et 400 euros.

Voilà pour séduire les déçus de Syriza, mais Kyriakos Mitsotakis a également entrepris de siphonner l’électorat de centre doit – avec un discours pro business et l’engagement de réformer l’administration - et de la droite nationaliste. C’est pourquoi il fustige l’accord sur le nom de la Macédoine conclu par Alexis Tsipras, dénonce la perméabilité des frontières, promet de s’attaquer à l’insécurité et de recruter davantage de policiers. 

La foule est toute acquise à Mitsotakis
La foule est toute acquise à Mitsotakis © AFP / Panayotis Tzamaros / NurPhoto

La foule lui est acquise

En grèce, Sotiris, est venu de l'étranger pour ces législatives
En grèce, Sotiris, est venu de l'étranger pour ces législatives © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Sotiris, venu spécialement pour voter depuis l’étranger où il termine sa thèse d’économie, acclame le "futur Premier ministre de la Grèce". Au pied de la tribune, il brandit un drapeau, parle d’un "espoir après 4 années difficiles" et se voit prêt à revenir au pays. Il balaie les critiques de Syriza sur le rôle de la droite longtemps au pouvoir dans la crise qui a mis le pays à genoux. 

Tous les partis ont une part de responsabilité. On a vu avec Tsipras que, même s’il était nouveau, rien n’a changé. Les choses ont même empiré.  

Lena, jeune architecte, assiste au meeting de Mistotakis
Lena, jeune architecte, assiste au meeting de Mistotakis © Radio France / Marie-Pierre Vérot

"Mitsotakis est pro européen", renchérit Lena, architecte. "Il est moderne, cultivé et mieux éduqué. Il représente le renouveau." 

Vingt-neuf ans après son père, il pourrait bien s’installer dans le fauteuil de Premier ministre.

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