Depuis quatre mois, la reproduction des peintures et gravures de la grotte Cosquer, seule grotte sous-marine ornée au monde, a commencé. Dans les ateliers d'Arc & os en Dordogne, douze panneaux sont en cours de fabrication dans le strict respect des originaux.

Alain Dalis devant un panneau achevé montre le bouquetin
Alain Dalis devant un panneau achevé montre le bouquetin © Radio France / Sophie Bécherel

Juchée sur un escabeau, burin et marteau en main, Caroline Pozzo Di Borgo peaufine le modelage d'un des panneaux qui composera la réplique de la grotte Cosquer. Le travail, ultra-minutieux se fait en quatre étapes. Il faut d'abord recréer le support, c'est-à-dire les parois de la grotte en calcaire. Dans son atelier Arc & os à Montignac en Dordogne, Alain Dalis s'est doté d'une fraiseuse spéciale. "Voilà la machine qui nous permet de refaire les reliefs très complexes d'une grotte" explique t-il. Elle occupe une pièce entière. "Les géomètres nous donnent les relevés numériques, le scan de la grotte et la machine usine des blocs de polystyrène. On obtient alors une forme à l'envers qui va conduire à un moule. Le moule servira à faire des coques en résine sur lequel, les images projetées, permettront d'obtenir les volumes avec encore plus de finesse". 

Caroline Pozzo di Borgo plasticienne en train de modeler un panneau
Caroline Pozzo di Borgo plasticienne en train de modeler un panneau © Radio France / SOphie Becherel

Travailler la paroi comme de la dentelle

Les images sont ensuite projetées sur ces coques et calées au millimètre près. L'étape suivante c'est le modelage. "Sur cette figure-là, notre travail va être de reproduire les calcites lisses, les croutes qui sont là et le grain ici qui ne sont pas apparus avec le fraisage" ajoute Clémentine Pace plasticienne chez Arc & os. "C'est de la dentelle". Dans un autre endroit de l'atelier, plutôt frais en cet automne périgourdin, Caroline Pozzo di Borgo et Julie Gaulon s'aident aussi des photos projetées. Le modelage consiste à ajouter ou retirer de la matière (un mélange de résine) pour obtenir la texture désirée, la plus fidèle à la paroi réelle. En binôme depuis un mois sur un grand panneau de 8 M2, une aspérité dentelée leur donne du fil à retordre. La résine sèche avant qu'elles n'aient eu le temps de la former. 

Le bouquetin et la tête de bison
Le bouquetin et la tête de bison © Radio France / Sophie Becherel

Dessins, gravures et tracés au doigt

Ce panneau sera ensuite confié à l'atelier toulousain de Gilles Tosello (avec qui Alain Dalis a réalisé la grotte Chauvet) pour les représentations. À Montignac, 12 panneaux seront réalisés. L'un d'eux (dit du grand bison 2) est déjà achevé. "C'est une paroi qui a été assez travaillé, certainement par plusieurs groupes à des millénaires d'écart" détaille Alain Dalis. On y voit au centre le bison dessiné au charbon au paléolithique supérieur, mais aussi de nombreuses autres animaux : un bouquetin gravé avec un quadrillage sur le corps, une antilope saïga, un cheval et une tête de bison. Plus frappant, des arrachements de matière avec les doigts. Dans la grotte Cosquer, on trouve 65 mains négatives, rouge et noires réalisées selon la technique du pochoir et des "tracés digités", mot savant pour signifier des traces de doigts enfoncés dans la roche. 

Le calage au millimètre près sur les coques en résine
Le calage au millimètre près sur les coques en résine © Radio France / Sophie Becherel

Alors que les figures animales sont les plus évidentes à repérer et lire, le travail des scientifiques, ces 20 dernières années, sur les grottes pariétales, a mis en évidence une richesse et une virtuosité exceptionnelles. La maitrise du trait, l'adaptation au relief calcaire ne cessent d'émerveiller les préhistoriens. Aujourd'hui, les plasticiens comme Alain Dalis et son équipe agissent en copistes humbles. "Les figures sont importantes mais lorsqu'on fait un facsimilé, si on veut que l'œuvre soit crédible, il faut refaire le support exactement pareil" insiste Alain Dalis. 

Cela passe par la reproduction de la couleur. Même sous la mer, la grotte Cosquer présente les mêmes gammes que la grotte de Lascaux ou la grotte Chauvet. Sur un autre grand panneau avec bison, en s'aidant d'une image projetée, Remi Requier procède par couches successives. "On essaie de créer des patines pour la paroi surtout sur la partie de calcite qui est assez imposante. On utilise pour ça des pigments, des ocres, des oxydes de fer. Il y a beaucoup de relief et ce n'est pas évident à recréer car les photos ne sont pas parfaites mais on essaie d'être le plus fidèle possible" explique t-il pinceau en main. 

Un panneau en cours de modelage à gauche, puis en cours de peinture à droite
Un panneau en cours de modelage à gauche, puis en cours de peinture à droite © Radio France / Sophie Bécherel

Même gamme chromatique qu'à Chauvet ou Lascaux

Sur ce panneau, le grand bison tracé au fusain commence à apparaître. Tantôt dans l'obscurité pour profiter de l'effet de projection, tantôt à la lumière du jour pour juger de l'effet, ces plasticiens agissent en faussaire mais dans le souci de donner à voir ce qui ne sera plus jamais accessible. La grotte Cosquer dont l'entrée se situe à 36 m sous l'eau a été murée pour éviter les intrus. Visitée et ornée il y a 25 000 ans et jusque 6 000 ans plus tard, quand la mer était bien plus basse, elle est en train de disparaitre à cause du réchauffement climatique. L'eau efface inexorablement ces œuvres millénaires. À un endroit, les jambes des chevaux ont déjà disparu suite à la montée des eaux. La DRAC poursuit toutefois les recherches par des plongées régulières. 

Rémi Requier s'attache aux patines
Rémi Requier s'attache aux patines © Radio France / sophie becherel

Une fois achevés, les panneaux seront assemblés dans la Villa Méditerranée face au MUCEM à Marseille. Le chantier de la reproduction ainsi que l'exploitation future du lieu ont été confiés à la société Kleber Rossillon (déjà auteur de la réplique de la grotte Chauvet). En 2022, date prévue pour l'ouverture, les visiteurs seront immergés en sous-sol, à bord de petites nacelles, casques sur les oreilles mais sans musique "parce que dans les grottes, c'est le silence" justifie Kléber Rossillon, le fondateur de l'entreprise. 

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