Celui qui fut autrefois le roi d’Hollywood est jugé à partir de ce lundi devant un tribunal new-yorkais pour agressions sexuelles sur deux femmes. C’est le premier procès pénal d’Harvey Weinstein, accusé par une centaine d’actrices, mannequins ou encore ex-employées.

Le 11 décembre dernier, Harvey Weinstein s'était présenté devant le juge équipé d'un déambulateur.
Le 11 décembre dernier, Harvey Weinstein s'était présenté devant le juge équipé d'un déambulateur. © AFP / David Dee Delgado

À l’apogée de sa disgrâce, Harvey Weinstein comparaît depuis le 6 janvier devant le tribunal, à New York. Âgé de 67 ans, l’ancien producteur de cinéma devra répondre aux accusations d’agressions sexuelles portées par deux femmes. L’une, restée anonyme, affirme avoir été violée en 2013. L’autre, Mimi Haleyi, accuse Harvey Weinstein de l’avoir agressée sexuellement dans son appartement en 2006. 

L'acte d'accusation a par ailleurs été modifié pour inclure l'actrice Annabella Sciorra, qui accuse également l'ancien magnat d'Hollywood d'agression sexuelle en 1993. Bien que les faits la concernant soient prescrits, son témoignage doit permettre à l'accusation d'étayer le chef d'accusation de comportement sexuel "prédateur".

Harvey Weinstein, lui, nie les faits. Ses avocats ont d’ores et déjà produit des documents censés attester que les victimes présumées ont continué à avoir des relations avec le producteur des années après les faits allégués. 

Premier dossier au pénal

Ce procès, décrit par l’avocate d’une des victimes présumées comme "le plus en vue aux États-Unis" et qui devrait durer six à huit semaines, est le premier au pénal pour l’ancien producteur, qui, depuis octobre 2017, a été accusé publiquement par une centaine de femmes, dont des actrices à la renommée internationale (Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Léa Seydoux, Asia Argento, etc). Il témoigne de la difficulté à construire un dossier pénal sans preuve matérielle, sans témoins, autour d’allégations concernant des faits qui remontent à plusieurs années. 

Toutefois, ce procès pénal pourrait ne pas être le dernier. À Los Angeles, où une task force a été mise sur pied il y a deux ans, les services du procureur ont annoncé le 6 janvier l'inculpation d'Harvey Weinstein pour deux nouveaux cas d'agression sexuelle, commis en 2013. L'ancien producteur est accusé d'être entré de force dans la chambre d'hôtel d'une femme pour la violer, puis d'en avoir agressé une autre le lendemain dans une chambre d'hôtel de Beverly Hills. 

Au civil, un accord à 25 millions de dollars

Il n'en demeure pas moins que les accusatrices de Harvey Weinstein se heurtent à plusieurs écueils : certaines refusent, pour préserver leur vie privée, de participer à un procès pénal. D'autres décrivent des faits prescrits ou qui, à l'instar du harcèlement sexuel, ne peuvent donner lieu qu'à des poursuites devant la justice civile. 

D'où l'accord financier à l'amiable que l'ancien producteur est sur le point de conclure avec plusieurs dizaines de ses accusatrices. Pratique très fréquente aux États-Unis, cet accord prévoit le versement de près de 25 millions de dollars (soit un peu plus de 22 millions d'euros) à plus d'une trentaine de femmes, selon le New York Times. S'il est validé par un juge, il mettra fin à une grande partie des procédures engagées au civil contre l'ancien patron du studio Miramax. Harvey Weinstein n'aura rien à payer lui-même, puisque la somme devrait être réglée par les assureurs de la Weinstein Company.

La révélation de cet accord, le 11 décembre, n'a pas manqué de scandaliser une partie de l'opinion publique. "Weinstein, accusé d'infractions allant du harcèlement sexuel au viol n'aura pas à admettre ses torts ni à payer de sa poche" a réagi l'actrice et mannequin Emily Ratajkowski, publiant une photo d'elle avec les mots "Fuck Harvey" écrits sur le bras. 

Katherine Kendall, agressée en 1993 et partie prenante à cette transaction, s'est justifiée auprès du New Times, exprimant sa déception face à un accord qui n'avait rien d'idéal mais expliquant qu'elle ne savait pas comment poursuivre Weinstein autrement. "Je veux insister sur un point, notre combat n'est pas fini", a précisé de son côté Louisette Geiss, une autre accusatrice du producteur, dans un communiqué. "Cet accord n'absout pas Harvey Weinstein sur le plan criminel, et nous continuerons à réclamer justice jusqu'à ce qu'il soit derrière les barreaux".

Trois femmes ont toutefois décidé de rejeter l'accord, à l'image de Kaja Sokola, qui affirme avoir été sexuellement agressée par l'ancien producteur en 2002 alors qu'elle avait 16 ans. Plutôt que d'accepter l'argent, elle a choisi de déposer une assignation en justice. "Je sais que ce procès ne pourra pas effacer la douleur avec laquelle je vis depuis 17 ans. Mais j'espère obtenir des mesures de justice qui jusque là ont été refusées à beaucoup des victimes de Harvey Weinstein", a-t-elle déclaré au Times. 

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