L'empire inca continue de fasciner les esprits tant la civilisation à laquelle il a donné naissance nous a légué un précieux patrimoine, tel que le site exceptionnel du Machu Picchu. Classée nouvelle merveille du monde depuis 2007, cette cité longtemps considérée comme perdue, suscite toujours autant de mystères.

Les ruines incas du sanctuaire Machu Picchu (Pérou)
Les ruines incas du sanctuaire Machu Picchu (Pérou) © Getty / Jim Dyson / Contributeur

Patrice Lecoq, maître de conférence en archéologie andine à l'Université de Paris 1, est notre guide de choix, dans le Temps d'un Bivouac, pour arpenter cet immense vestige territorial des Incas, étendu de la Cordillère des Andes jusqu'à la côte Pacifique de l'Amérique du Sud. 

Hiram Bingham et "la cité perdue"

Le site inca fascine les voyageurs depuis plus d'un siècle : des traces laissent penser que le site aurait été découvert dès le XIXe siècle. "Le Machu Picchu a été découvert en 1911 par l'historien américain, Hiram Bingham, précise Patrick Lecoq, il figure parmi l'un des plus grands sites touristiques du Pérou au point que ses pierres monumentales continuent à faire rêver les voyageurs". 

Le récit et les photos des ruines que rapporte ce pionnier de l'archéologie laissent penser que se trouve là une véritable cité perdue... Serait-ce la fameuse cité d'or, l'Eldorado ? Celle-ci a longtemps été située au Machu Picchu, comme le souligne l'historien : "Cette cité aurait été fondée par les Incas ; on a longtemps pensé que le Machu Picchu ou le Choquequirao était cette cité d'or". Hiram Bingham a longtemps pensé que la citadelle avait été "le berceau de la civilisation inca en même temps que son dernier refuge". Le rôle précis de ce site donne lieu à un foisonnement, lui-même historique, d'interprétations successives entre les archéologues qui se sont confrontés sur ce terrain pour y démêler le mystère. 

L’aventurier et archéologue Hiram Bingham découvre en 1911 la citadelle inca du Machu Picchu
L’aventurier et archéologue Hiram Bingham découvre en 1911 la citadelle inca du Machu Picchu © AFP / AFP PHOTO / AFP

De nombreux chercheurs ont depuis remis en cause l'hypothèse d'Hiram Bingham, estimant que rien ne prouvait que le Machu Picchu pouvait être et le berceau et le dernier refuge inca (parmi eux, notamment, Richard Burger, qui fut directeur des études archéologiques à Yale). Doit-on alors penser que le Machu Picchu a longtemps été mythifié et inventé ? 

La découverte du site par Hiram Bingham au début du XXe siècle marque les esprits : il devient la figure de l'explorateur occidental arpentant les sentiers perdus de l'histoire, et découvrant les civilisations autrefois brillantes comme les Incas et leurs ruines ensauvagées. En quelque sorte, on peut dire qu'Hiram Bingham n'est pas si loin d'avoir vécu les mêmes aventures que le fameux personnage crée par George Lucas en 1981 : "Indiana Jones".

Une forteresse Inca 

Que révèle concrètement aujourd'hui ce site du Machu Picchu sur la civilisation Inca ? En sait-on davantage ? 

Le Machu Picchu est un endroit retiré dans la cordillère de Vilcabamba, à 70 km au nord-ouest de Cuzco. Pour y arriver, il faut franchir un col de 5 000 mètres d'altitude, le site étant lui-même situé à 2 700 m d'altitude. 

Sa situation, sur une éminence rocheuse aussi difficile d'accès, laisse supposer qu'il s'agissait d'un espace conçu à des fins défensives et militaires. "On pense généralement, affirme l'archéologue, qu'il a été un important centre religieux mais que ce fut aussi un bastion stratégique pour faire face aux populations voisines amazoniennes qui n'ont jamais été soumises par les Incas"

Et lorsque les conquistadors arrivèrent vers 1532/1534, le Machu Picchu est devenu l'utlime bastion inca, qui resta sous leur contrôle pendant 70 ans après que les Espagnols aient commencé à conquérir la région. Les Incas résistants s'y organisaient pour tenter de résister et de reconquérir les terres conquises. 

Alors que les conquistadors détruisirent l'ensemble des édifices incas à leur passage, les structures du site du Machu Picchu ont été épargnées du fait de sa localisation vertigineuse et du fait que les habitants incas du site l'avaient déserté avant même de se retrouver persécutés.

Un grenier agricole et économique Inca

Mais le Machu Picchu constituait aussi un site privilégié d'intérêts économiques pour les Incas. Les paysans locaux étaient chargés d'entretenir des champs artificiels étagés, portés sur plusieurs niveaux par de nombreuses terrasses sculptées dans la roche, à usage agricole, qui entourent et soutiennent toujours le site. 

Les terrasses agricoles du Machu Picchu, au Pérou
Les terrasses agricoles du Machu Picchu, au Pérou © Getty / Frédéric Soltan / Contributeur

"Ces terrasses agricoles, précise Patrice Lecoq, présentent différents produits cultivés, agencés sur plusieurs étages écologiques successifs, tout en combinant cette variété des milieux de l'empire, induite par les différences d'altitudes. Il s'agit de terres souvent étagées de plusieurs milliers de kilomètres chacune où les paysans cultivaient, selon l'altitude et le climat, la coca, le coton, la pomme de terre ou encore les haricots"...

Ce site se trouve à proximité de ce qui constituait autrefois la capitale inca, la ville de Cuzco, et permettait donc d'acheminer en permanence les produits sans avoir à les stocker. Elle était en quelque sorte le grenier agricole de la région de Cuzco

Quant à sa dynamique architecturale, le Machu Picchu comptait près de 200 édifices, soit un nombre supérieur à celui des sites voisins, suggérant également une population importante ayant pu atteindre près de 1000 personnes. 

Autant d'éléments et d'intérêts qui témoignent de l'importance de cette citadelle ayant représenté une véritable métropole régionale de l'empire inca. 

Aller plus loin 

🎧 ÉCOUTER - Voyage en terre inca. Émission Le Temps d'un Bivouac 

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