INFORMATION FRANCE INTER - Ce militant communiste et anticolonialiste avait disparu à Alger en juin 1957, après avoir été arrêté par les parachutistes français. Son corps n'a jamais été retrouvé et son acte de décès n'a été établi qu'en 1963. L'Élysée souhaite désormais que "la Nation accomplisse un travail de vérité".

Inauguration le 26 mai 2004 à Paris d'une place au nom de Maurice Audin, mathématicien et militant du parti communiste algérien
Inauguration le 26 mai 2004 à Paris d'une place au nom de Maurice Audin, mathématicien et militant du parti communiste algérien © AFP / JEAN AYISSI

C’est une histoire vieille de plus de soixante ans. Avec le temps, elle est devenue presque un symbole de la guerre d'Algérie. Une des dernières énigmes de cette guerre : l'affaire Audin.

En juin 1957, le mathématicien Maurice Audin, membre du Parti Communiste, disparait à Alger. Militant anticolonialiste, il est arrêté à son domicile par des parachutistes français du Général Massu, chez lui, dans le quartier du Champ-de-Manœuvres, devant sa femme, Josette et ses trois enfants car on le soupçonne d’héberger des membres de la cellule armée du PC algérien.

À l'époque, la bataille d'Alger fait rage et oppose l'armée française aux indépendantistes algériens du FLN. 

D’après le témoignage d’Henri Alleg, alors directeur de journal et contributeur de Humanité, arrêté le lendemain par les militaires français, Maurice Audin a été torturé dans une villa du quartier d’El-Biar.

Plusieurs jours après son arrestation, Josette Audin, son épouse, est informée de l’évasion supposée de son mari lors d’un transfert. Jusqu’en 2014, la France s'en tiendra à cette version, même si le corps de Maurice Audin n’a jamais été retrouvé et que son acte de décès n'a été établi qu’en 1963.

En janvier 2014, un document sonore posthume relance l'affaire. Dans cet enregistrement, le général Paul Aussaresses explique : "On a tué Audin […] On l'a tué au couteau pour faire croire que c'était les Arabes qui l'avaient tué". Il prétend que c'est lui qui a pris cette décision.

Le journal Le Monde révèle même que l'exécuteur présumé du mathématicien "est toujours vivant. Il a 82 ans, vit reclus dans une ville de Bretagne, protégé par les lois d’amnistie votées après la guerre d’Algérie, et refuse tout entretien".

Des députés à la manœuvre

En juin 2014, François Hollande, qui avait déjà demandé l’ouverture des archives du ministère de la Défense en 2012 – reconnaît pour la première qu’"Audin ne s’est pas évadé" et qu’il est bien "mort durant sa détention". Pour le président de la République, "les documents et les témoignages (étaient) suffisamment nombreux et concordants pour infirmer la thèse de l'évasion qui avait été avancée à l'époque".

L'affaire est relancée le 14 février dernier, jour de l’anniversaire de Maurice Audin, deux députés, le communiste Sébastien Jumel et celui de la majorité Cédric Villani, également président du jury du prix des mathématiques Maurice-Audin et membre du groupe parlementaire d’amitié France-Algérie, demandent que toute  la vérité soit faite sur les conditions de la mort de Maurice Audin et en appellent à "une parole forte au plus haut niveau de l'État".

Appel entendu

Appel entendu par Emmanuel Macron. Dans une déclaration que l'Élysée s'apprête à communiquer, le président de la République a décidé "qu'il était temps que la Nation accomplisse un travail de vérité" sur l'affaire Audin. Il reconnait d'abord que "Maurice Audin a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des miliaires". Mais aussi que si sa mort dit-il est "le fait de quelques uns, elle a été rendue possible par un système légalement institué : le système arrestation/détention confié par voies légales aux forces armées" pendant la guerre d’Algérie. 

Emmanuel Macron va également demander que "toutes les archives de l'État qui concernent les disparus de la guerre d'Algérie puissent être librement consultées". Pas seulement celles de la Défense, ouvertes par François Hollande, mais toutes les archives y compris celles de l'Outre-mer, dont dépendait l'Algérie avant son indépendance. 

Enfin le chef de l'État va appeler toutes les personnes qui ont pu connaître les circonstances de la mort de Maurice Audin à s'exprimer librement "afin d'apporter leur témoignage et conforter ainsi la vérité"

Pour l'historien Benjamin Stora, président du Conseil d'orientation du musée national de l'histoire de l'immigration, "c'est un pas extrêmement important parce que le président de la République reconnaît, de manière officielle, que le mathématicien Maurice Audin a été enlevé, séquestré, torturé et exécuté."

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Benjamin Stora salue la reconnaissance de la responsabilité de l'État par Emmanuel Macron après la mort de Maurice Audin

Par Cyril Graziani
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