Katherine Hall, médecin de l'université d’Otago (Nouvelle-Zélande) affirme que le roi de Macédoine serait mort d’une maladie paralysante. Une théorie qui n’apporte pas grand-chose à l’histoire selon Pierre Briant, spécialiste français de l'Antiquité et d'Alexandre le Grand.

Statue d’Alexandre le Grand monté sur son célèbre cheval Bucéphale à Théssalonique en Grèce
Statue d’Alexandre le Grand monté sur son célèbre cheval Bucéphale à Théssalonique en Grèce © Getty / James Margolis

D’après les textes anciens, Alexandre le Grand serait mort dans la nuit du 10 au 11 juin en 323 avant Jésus-Christ, à Babylone (sur le territoire actuel de l'Irak), à 33 ans, de douleurs abdominales accompagnées de fièvres qui l’auraient empêché de marcher, bouger et parler. On n’a jamais retrouvé son corps. 

Cette paralysie progressive, symétrique et ascendante, couplée au fait qu’il soit resté conscient et serein jusqu’à sa mort, rappelle à la médecin néo-zélandaise Katherine Hall, le syndrome de Guillain-Barré, une maladie auto-immune paralysante. 

Dans sa publication dans le The Ancient History Bulletin, cette maître de conférences à l’école de médecine de Dunedin (Université d’Otago) ajoute que le décès dAlexandre le Grand serait un premier cas célèbre de pseudo-thanatos : on l’aurait cru mort, alors qu’il vivait encore. Des sources précisent que son corps ne s’est pas décomposé durant six jours après son décès officiel. Explication possible : le roi, paralysé, aurait eu une respiration très faible, et les médecins l'auraient cru mort. 

Véritable "cold case" la mort d'Alexandre le Grand continue de fasciner

L’historien Pierre Briant spécialiste des Achéménides (Perses) et d’Alexandre le Grand rappelle que les articles sur la mort du roi de Macédoine ressurgissent régulièrement. Emile Littré, médecin de formation publiait dès 1865, un livre intitulé La vérité sur la mort d’Alexandre le grand. Et depuis la littérature sur ce sujet ne cesse d’enfler. 

Ces ouvrages, prennent souvent les sources anciennes au pied de la lettre. Or les textes ont souvent été écrits longtemps après les faits et se mettent au service d’une idéologie. Si huit jours après, il est dit que le corps d’Alexandre était intact, c’est parce que les héros ne meurent pas : ils sont touchés par les dieux. On retrouve là des éléments héroïques qui existent dans l’Illiade (Dont Alexandre conservait un exemplaire près de lui), et dans de nombreuses histoires mythologiques. Alexandre n’est pas un simple mortel, c’est un héros. C’est une façon de magnifier son œuvre.

Raconter que son corps ne se décompose pas prépare à l'idée d'odeur de sainteté

Par ailleurs, des chercheurs ont montré qu’avec cette mort "exceptionnelle" et ce corps qui ne se décompose pas, on assiste à la protohistoire de « l’odeur de sainteté » - un concept de la Bible, selon lequel les saints exhalent des parfums merveilleux…

Les sources, principalement des textes de Plutarque et de Quinte-Turce, ne coïncident pas. Dans l’un, le corps reste intact une semaine dans l’autre, un mois.

Surtout l’historien s’agace : pendant que l’on s’intéresse à la mort d'Alexandre, ou même à sa vie privée, on ne se pose pas les questions essentielles et historiques : quel est le sens de l’histoire d’Alexandre qui a conquis l’empire Achéménide, cet empire perse, vieux de deux siècles ? Qu'a-t-il apporté à l’histoire du monde ? Quelles sont les conséquences de sa vie sur l’histoire politique ? Quel est le monde d’avant Alexandre et le monde d’après ? Qu’est-ce qui subsiste de l’empire achéménide ? Est-ce une rupture brutale ou au contraire, une transition plus lente ? Comment se sont passés les contacts avec les populations envahies ? 

Autant de questions auxquelles il serait plus intéressant de répondre.

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