Il y a 10 ans, à l'occasion des 70 ans de l'appel du 18 juin, Stéphane Hessel était sur France Inter en direct de Londres et racontait à Nicolas Demorand comment il avait, sans avoir entendu l'appel, décidé de rejoindre le général de Gaulle.

Stéphane Hessel
Stéphane Hessel © Getty

Stéphane Hessel : "Comme beaucoup de Français, je ne l'ai pas entendu, mais j'ai su qu'il avait été prononcé par un camarade dans un camp d'officiers où je me trouvais le 20 juin. Et j'ai su par lui que ce que le général dont j'ignorais l'existence nous proposait, c'était de le rejoindre parce qu'il avait considéré que ce qui s'était passé avec le maréchal Pétain demandant l'armistice était inacceptable. 

L'inacceptable m'a toujours paru la chose à laquelle il fallait résister. 

Et j'ai donc décidé, dès que j'ai su que cet appel avait été envoyé, de faire tout ce que je pouvais et ce n'étais pas facile, pour le rejoindre. J'ai mis huit mois à y arriver. 

Nicolas Demorand : Et vous ne saviez même pas qui était de Gaulle. 

Le nom me paraissait inventé. On ne s'appelle pas de Gaulle. On s'appelle Gaulle ou France, mais pas de Gaulle. 

D'autre part, je n'avais pas suivi son ascension auprès de Paul Reynaud et donc j'ignorais tout de lui. Mais sa voix et surtout le contenu de ce qu'il disait étaient tellement essentiel pour nous. Non, la guerre n'est pas perdue. Or, pour le jeune garçon de 22 ans que j'étais, penser que cette guerre dans laquelle nous nous étions engagés ne pouvait pas être gagnée, c'était insupportable.

Vous entendiez tout à l'heure le message de Juliette Gréco qui disait Merci, merci à vous, jeunes hommes de l'époque. Vous nous avez tout donné. Stéphane Hessel, comment recevez vous ce remerciement ? 

Comme un compliment très exagéré qui nous fait chaud au cœur. Mais en réalité, nous n'avons fait que suivre ce qui était notre impulsion, notre impulsion de jeunes Français qui pensaient que l'armistice était insupportable. Qui pensaient aussi que l'Angleterre jouait pour nous un rôle essentiel. La figure de Churchill a été à l'époque une figure tout à fait héroïque. On se disait : il a résisté à une force infiniment supérieure, semble-t-il, à la sienne. Eh bien, il a gagné. Et je rappelle toujours ces paroles extraordinaires de Churchill :. 

Never was so much owed by so many to so few

Une phrase dans laquelle il n'y a pas un substantif, rien que des adverbes : "Jamais tant n'a été dû, par tant de monde, à si peu de monde." Vous voyez en français, il faut des substantifs. En anglais, ça se passe juste avec des adverbes. 

Churchill, pour nous, était le partenaire essentiel du général de Gaulle et nous vivions de Gaulle , moi en France n'ayant pas encore réussi à rejoindre l'Angleterre. Nous le vivions comme quelqu'un de symbolique, plutôt même que quelqu'un dont on essayait d'analyser : pourquoi est il ? Qu'est ce qu'il veut ? Qu'est ce qu'il fait ? Non. C'est le symbole de dire non à quelque chose que nous ne supportions pas, l'Armistice. "

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