Les avancées médicales

La guerre, facteur de progrès médical ? La médecine de guerre se pratique à grande échelle pendant le Premier conflit mondial (3,5 millions de blessés en France). Dans l’urgence, elle est confrontée à une nécessité de réussite encore plus impérieuse qu’en temps de paix. Une urgence qui génère un avancement des pratiques.

Exemple de ces succès : la vaccination contre la fièvre typhoïde (maladie infectieuse mortelle créée par une entérobactérie de type salmonelle). En temps de guerre, on redoute les épidémies (le choléra, la peste…) : les soldats mouraient plus de maladie que de blessures.

En 1914, on estime à 100 000 le nombre de malades, avec une mortalité moyenne de 12%.

Le but des services de santé est de remettre sur pieds les hommes pour pouvoir mieux… les renvoyer au combat ! Ils ont donc fait un intense effort pour le développement du vaccin (fabriqué au laboratoire du Val-de-Grace et à l’Institut Pasteur).

On assiste à la création de la première grande campagne de vaccination de masse (8 millions d’hommes mobilisés) pour faire face à la seule épidémie qui s’est développée sur le front occidental. Alors même que cette vaccination est compliquée : elle se fait en trois injections successives, suivie d'une autre une année après, avec beaucoup d’effets indésirables. Mais en 1917, la typhoïde est éradiquée.

1914 / 1918 : progrès dans la transfusion
1914 / 1918 : progrès dans la transfusion © Collection du Musée du Service de Santé des Armées - école du Val-de-Grâce

La transfusion sanguine progresse aussi. Elle existait déjà, de manière exceptionnelle, mais elle se perfectionne à ce moment-là. Dès 1914, des médecins civils ont développé de nouveaux procédés. Le Docteur Jeanbrau, a pratiqué la première transfusion grâce à une nouvelle technique de prélèvement et à un produit qui permettait d’éviter les accidents de coagulation.

C’est un geste symboliquement important, puisque l’on est dans une guerre pour laquelle le sang versé pour la patrie est une composante importante : le sauvetage du blessé va signifier la résurrection du blessé - les équipes de sauvetage à l’avant s’appelaient elles-mêmes « des équipes de ressuscitations ».

Anne Rasmussen, historienne, spécialiste de l’histoire de la médecine et auteur de nombreux ouvrages sur ce domaine précise :

Moulages de Chirurgie réparatrice
Moulages de Chirurgie réparatrice © Musée du Service de Santé des Armées (Val de grâce)
**La chirurgie maxillo-faciale ou chirurgie des blessures de la face** , les fameux gueules cassés. En fait, on applique au visage des techniques qui existaient déjà pour d’autres parties du corps. Les éclaircissements d’Anne Rassmussen :
Moulage 2
Moulage 2 © Musée du Services de Santé des Armées - École du Val-de-Grâce
**On réorganise la prise en charge et le transport des blessés.** Au début de la guerre, on imagine que les blessés seront atteints de manière légère, comme dans les conflits précédents.
Reconstitution d'un wagon hôpital monté sur ressorts pour éviter les seccousses
Reconstitution d'un wagon hôpital monté sur ressorts pour éviter les seccousses © Musée du Service de Santé des Armées - école du Val-de-Grâce
Et qu’ils n’auront pas besoin de beaucoup de soins, qu’il faudra juste les évacuer vers l’arrière. Mais très vite, les choses ne se déroulent pas comme prévu : les blessures sont multiples, plus graves, causées par des éclats d’obus, des mitrailleuses… On décide d’envoyer les chirurgiens au plus près des blessés pour qu’ils puissent les opérer le plus vite possible. Avant de les évacuer vers l’arrière. Le capitaine Tabbagh, conservateur du Musée de Santé des Armées du Val de Grâce :
On crée des hôpitaux de campagne dans des lieux que l’on réquisitionne : lycée, couvent, ou même hôtel. Mais pour acheminer les blessés, on utilise les ambulances, mais aussi des trains, et de façon plus anecdotique, des péniches ! Par ailleurs d’ingénieuses innovations de brancardiers isolés sont développées. Comme ces brouettes à blessés pour mieux déplacer les blessés dans les boyaux des tranchées. ### Le témoignage d'un blessé : Georges Beaumont est né le 18 juin 1899 à Montmartre. En juin 1917, volontaire, il va s’engager pour suivre son frère aîné, pilote dans l'aviation. Il vient de fêter ses dix-huit ans. Beaucoup plus tard, en fin de vie, il écrira ses mémoires et en laissera une copie à sa fille. En voici un extrait : > Je reviens à moi au poste de secours. Il y a des chirurgiens et des infirmiers, ça gesticule dans tous les sens. Il y a des blessés qui arrivent, ça tourne, ça n’arrête pas, et ça tombe et dehors ça pilonne. Je ne sais même plus où j’ai mal, je crois qu’on me tripote, peut-être au cou, ou alors au genou. Ensuite je suis couché au fond d’une tranchée. J’entends gémir et crier. Il doit y avoir d’autres blessés mais je ne peux pas tourner la tête. Quelqu’un dit qu’il n’y a plus de morphine. Dans la nuit, une ambulance m’emporte avec deux autres amochés. J’ai l’impression que ça n’en finit pas. On roule toute la nuit, ça secoue, les routes sont épouvantables. On finit par nous lâcher dans un hôpital militaire, bondé. Les blessés gisent dans tous les coins libres. J’en vois dans les couloirs, les lingeries, les salles d’attente. J’attends encore toute la journée, personne ne vient, je pourrais aussi bien crever.
1914 / 1918 : brouettes de tranchées
1914 / 1918 : brouettes de tranchées © Musée du Service de Santé des Armées - école du Val-de-Grâce
La prise en charge des "blessures psychiques"
La prise en charge des "blessures psychiques" © Musée du Service de Santé des Armées
**Enfin la guerre permet une meilleure prise en charge des «blessures psychiques »** comme on disait à l’époque. Ce qu’on appelle aujourd’hui le « stress post-traumatic ». C’est le premier moment où le corps médical essaie d’organiser le traitement des traumatisés de manière plus systématique. Le capitaine Tabbagh, conservateur du Musée de Santé des Armées du Val de Grâce nous explique :
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