Comme le 33e président des Etats-Unis, Harry Truman était pendant son mandat très impopulaire, puis réhabilité après sa présidence, Donald Trump peut-il lui aussi regagner en popularité malgré sa situation actuelle ? Sa politique résolument controversée d'aujourd'hui pourra-t-elle être perçue différemment demain ?

Comme Harry Truman à son époque, le futur réhabilitera-t-il Donald Trump ?
Comme Harry Truman à son époque, le futur réhabilitera-t-il Donald Trump ? © Getty / The Washington Post / Contributeur

Harry Truman : quand le président le plus impopulaire finit par devenir le plus populaire de tous

Rien ne l'aura prédestiné à devenir président, rien. C'est un président complètement inattendu, qui n'a pas du tout l'âme d'un président. Son profil est tout aussi atypique que sa présidence elle-même : il faut dire qu'il arrive au pouvoir au moment où s'opère un tournant fondamental dans l'histoire américaine et internationale. Le monde vit à l'heure de l'après-Seconde Guerre mondiale et entre en pleine guerre froide. 

Harry Truman est le premier président des Etats-Unis en tant que "superpuissance" ou "gendarmes du monde". C'est le premier président des Etats-Unis en tant que puissance nucléaire, celui qui pense la politique du "glacis protecteur" occidental face au communisme soviétique (rideau de fer, blocus de Berlin, guerre de Corée, plan de soutien économique et culturel Marshall, traité d'alliance de l'OTAN…). L'URSS avance ses pions en Europe de l'Est en donnant corps aux démocraties populaires, aux Etats dits "satellites". Une situation extérieure tendue donc à laquelle s'ajoute une situation américaine intérieure extrêmement délicate. 

L'opinion publique étasunienne ne tient aucunement compte des succès extérieurs de la politique d'endiguement menée par Truman face aux Soviétiques. Le peuple américain est extrêmement préoccupé par la situation économique et sociale intérieure, alors explosive. Le retour à la paix est brutal aux Etats-Unis : il faut gérer la transition avec la fin de l'économie de guerre, l'industrie de l'armement tourne au ralenti et plusieurs millions d'hommes sont démobilisés. Nombreux sont ceux qui ne trouvent pas d'emploi. L'inflation explose et, en 1946, face au refus des patrons d'augmenter les salaires, les grèves se multiplient. Truman n'aura jamais cédé face aux revendications, ce qui lui vaudra, jusqu'à aujourd'hui, cette grande impopularité.

Toutefois, la postérité l'aura progressivement réhabilité en tenant compte du fameux Fair Deal, la réforme économique et sociale menée par Truman après sa réélection, pensée comme une sorte de continuité sociale avec le New Deal de Franklin Roosevelt : plein emploi, salaire minimum, renforcement du contrôle fédéral sur les crédits bancaires, limitation de la spéculation des marchés, contrôle des loyers, création d'une offre de transport public et, surtout, la volonté de créer la première Sécurité sociale ! 

Comme Harry Truman, l'actuel président des Etats-Unis Donald Trump peut-il être réélu sur une base fortement impopulaire et changer son image, son profil politique au cours d'un éventuel deuxième mandat, pour laisser à la postérité un semblant de popularité ? 

Le président américain Harry Truman, le 26 septembre 1952 à Washington
Le président américain Harry Truman, le 26 septembre 1952 à Washington © AFP / AL MUTO / INTERNATIONAL NEWS PHOTOS

Entretien avec Corentin Sellin 

Harry Truman sur l'échelle de ressemblance avec l'actuel président Donald Trump ? 

Corentin Sellin : "Là, on pourrait mettre une très mauvaise note 1, 2 ou 3 sur 10, parce que les deux hommes n'ont vraiment pas grand chose en commun du point de vue de leur origine sociale. 

Ensuite, du point de vue des idéaux, Harry Truman est surtout aujourd'hui considéré quand comme l'un des présidents les plus progressistes de l'histoire des Etats-Unis : préconisation de la Sécurité sociale (il a effectivement essayé, en vain, face au Congrès, de créer une assurance santé universelle) ; davantage de droits civiques ; déségrégation dans l'armée et dans la fonction publique. 

C'était un homme extrêmement progressiste qui a peu de points communs avec Trump.

Sauf un qui n'est pas forcément à l'avantage de Truman : tous les deux sont connus pour avoir un caractère souvent hargneux, voire méchant. Même après sa présidence, il y a une anecdote très célèbre qui raconte qu'un jeune historien venu rencontrer le président Truman pour écrire sur sa présidence fut renvoyé dans ses foyers. L'ex-Président lui conseillant de ne revenir le voir uniquement quand il maîtriserait ses dossiers ! Truman avait ce côté extrêmement abrupt dans les relations humaines que l'on peut retrouver chez Trump ainsi que leur côté vulgaire. C'était un homme qui n'hésitait pas à dire les choses, qui avait aussi un certain goût, depuis son commandement dans l'armée en 1917-1918 où il avait mené un bataillon dans l'Argonne en France, pour un langage assez vert et cru avec ses subordonnés".

En 1948, contre toute attente, Harry Truman remporte de nouveau les élections. Le rêve de Donald Trump. 

Corentin Sellin : "D'autant qu'il y a quelque chose qui est assez frappant dans l'élection de Truman en 1948. C'est qu'il est assez impopulaire auparavant. Il est très impopulaire ensuite, pendant son second mandat et, au milieu, on a cette espèce d'oasis d'une élection arrachée. Parce que à partir de là, il sait désormais mettre en valeur ce qui était aussi ses qualités ! C'est-à-dire l'idée que c'était un Américain moyen qui pouvait ressentir ce que ressentaient les ménages étasuniens confrontés aux difficultés. Il est, lui aussi, passé par là, il savait ressentir cela, il était plus enclin à faire ressentir sa politique du porte-à-porte, s'inscrire dans cette relation presque charnelle avec la population étasunienne".

Truman et sa présidence finalement réhabilités : un président détesté qui redevint populaire ?

Corentin Sellin : "Contrairement à Hoover qu'on a rencontré, Truman, c'est un peu le modèle même de la réussite de l'après-présidence. Parce que, d'une part, il frappe l'opinion publique par la modestie de sa vie après la présidence, il rentre dans un premier temps dans la maison familiale de sa femme. Il vit très chichement et modestement pendant 18 mois avec sa seule pension d'ancien militaire de la Première Guerre mondiale. À tel point d'ailleurs que c'est pour lui qu'on fera une loi donnant une pension aux anciens présidents. 

Quand les Américains voient cela, ils estiment que c'est un homme comme tout le monde. Et d'autre part, quand les Etats-Unis s'enlisent dans la guerre froide, en particulier au Vietnam, on se rend compte que, finalement, cet homme a su tenir tête à l'Union soviétique en pleine expansion, qu'il a quand même évité un conflit nucléaire et une Troisième Guerre mondiale, et on lui saura gré d'avoir su faire tout cela. 

Il y a une redécouverte de Truman post-présidence.

C'est, aujourd'hui, un président qui est vraiment réhabilité, restauré par les historiens notamment comme quelqu'un dont la trajectoire est profondément démocratique. C'est un peu l'Américain moyen, qui, par les vertus de la démocratie étasunienne, est devenu, sinon un grand président, en tout cas un président qui a su mener la superpuissance des Etats-Unis. 

C'est le premier qui a été le président de la superpuissance avec cet appareil d'État de guerre froide, la CIA, le Conseil de sécurité nationale et c'est le premier président à réellement décompresser après sa présidence, à vouloir s'échapper de cette pression terrible qui est maintenant sur les épaules du président des Etats-Unis Donald Trump".

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - "Présidents" par Fabienne Sintes - Episode 6 : Harry Truman l’improbable président

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