"Le temps d'un bivouac" s'est arrêté, en pleine ville cette fois, pour étudier les formes d'urbanisme à inventer, pour contenir la population nombreuse que nous sommes tout en laissant une place aux espaces verts (essentiels à plus d'un titre)… Petit retour sur différents modes d'urbanité.

Les villes changent, se transforment, dans certains cas de manière spectaculaire.
Les villes changent, se transforment, dans certains cas de manière spectaculaire. © Getty / Xinzheng

Nicolas Gilsoul est architecte, il s'intéresse aux villes que nous habiterons demain - et à la place que la nature y aura... Il était invité sur France Inter au micro de Daniel Fiévet :

Plus une catastrophe forte frappe une ville, plus les transformations intelligentes viennent. 

La ville reste un organisme vivant, elle est résiliente, elle s'adapte, elle a son temps propre, son énergie propre, elle évolue et survit. Mais qu'inventer et de quelle manière ? 

La végétation, bulle d'air des villes

La grande ville semble être le futur de l'homme. La population, fuyant les guerres et les effets du réchauffement climatique, s'agglutine dans des villes toujours plus tentaculaires. Mais pour loger tout le monde, il faut de l'espace. Au total, aujourd'hui, c'est 2% de la planète qui sont pris par les mégalopoles. Une mégalopole est un espace urbain qui regroupe plusieurs grandes villes ainsi que leurs banlieues proches. La mégalopole européenne est l'une de celles reconnues dans le monde, elle va d'Angleterre en Italie, en passant par la Suisse et l'Allemagne et regroupe 73 millions d'habitants.  

Rappelons que les plantes permettent de créer un climat propice à la vie, ainsi que combattre la canicule et rafraîchir la ville… Nicolas Gilsoul rappelle également que ce sont des espaces importants pour renforcer les liens sociaux.

Pour redonner sa place à la nature dans nos villes, l'architecte Nicolas Gilsoul évoque deux autres options : aménager une vie en sous-sol ou au contraire l'élever avec les gratte-ciels. Cela permettrait de redonner un espace à une végétation qui n'en a pas assez sur le plancher des vaches.

Les villes qui creusent sous terre

Creuser, en effet, permet de se prémunir contre les typhons et les tsunamis. Les villes, notamment japonaises, commencent alors à devenir des villes-terriers

À Helsinki, le grand froid a amené les habitants à réinventer la manière d'habiter la ville et notamment les sous-sols. Les réseaux ferrés abandonnés sont devenus des équipements plus développés. Un projet est en effet prévu d'ici 2020 pour aménager les sous-terrains, espaces habituellement dévolus aux transports en commun, l'Underground Master Plan. De nombreuses villes commencent à envisager des projets réalistes sous terres pour de grandes firmes. 

Couloirs de la "Ville intérieure" de Montréal
Couloirs de la "Ville intérieure" de Montréal © Getty / Jeff Greenberg/UIG

A Montréal, il existe la "Ville intérieure", immense espace piéton, avec des boutiques, des salles de spectacles, etc. 

Les villes qui s'élèvent vers le ciel

 Pinnacle@Duxton à Singapour
Pinnacle@Duxton à Singapour © AFP / CAROLINE CHIA / ST / Singapore Press Holdings

Nicolas Gilsoul :

À Singapour, il faut faire vivre un maximum de gens sur un minimum d'espaces. La solution, c'est la vie à la verticale.

The Pinnacle @ Duxton est un gratte-ciel de 50 étages, reliés par des jardins suspendus d'un demi-kilomètre chacun. Rappelons que la ville contient 5,9 millions de personnes en son sein.

À Hong-Kong, on pousse en hauteur, la ville devient "LEGO", construction imbriquable, empilable. Mais pour faire au mieux, on mutualise : les immeubles vont devenir restaurants, crèches, etc. 

Pour certaines mégalopoles, comme Tokyo, le fait d'être sur une côte empêche une avancée vers la mer comme vers les terres. Si on ajoute que les côtes s'enfoncent à chaque séisme, une seule alternative : aller vers le haut. 

Les villes qui s'avancent sur l'eau

Il existe évidemment d'autres manières d'habiter les villes, en investissant d'autres espaces, comme le pont bâti. Il existait notamment au Moyen-Âge des ponts Notre-Dame et Saint-Michel créés comme des rues piétonnes, avec des habitations de chaque côté. Les ponts bâtis ont disparu à Paris, mais on peut en voir en France et à travers le monde. Il y a le pont de Rohan, à Landerneau, ainsi que le pont des Marchands, à Narbonne. 

Ijburg, la nouvelle Amsterdam
Ijburg, la nouvelle Amsterdam © Getty / Xavier Testelin/Gamma-Rapho

À Amsterdam, c'est carrément tout un quartier flottant, le quartier de Waterbuurt à Ijburg, qui est imaginé sur les bords de la mer du Nord. Une manière d'anticiper la montée des eaux, terrible danger du dérèglement climatique qui menace le pays. 

D'autres projets, moins portés sur l'habitation, voient le jour plus loin des côtes, tels que des casinos et hôtels sous-marins situés notamment hors des eaux internationales, dans des zones de non-droits et de non-taxes. 

D'autres options...

D'autres stratégies pour un urbanisme innovant (et plus vert) existent aujourd'hui :

  • la ville-forêt, où l'on voit plus d'arbres que d'habitants
  • la ville-moulin où l'on profite des vents. On retrouve le même système que les tours à vent d'Iran ou d'Egypte. 
  • la ville-parasol, comme à Phoenix qui a déployé une ombrière depuis son camps permettant de protéger ses habitants,
  • les villes blanches qui changent leurs couleurs pour la réverbération du soleil, comme Lyon ou Marseille,
  • la ville barrière qui profite de la végétation artificielle ou de la nature pour bloquer les incendies ou les vents de sable. 
  • les fermes verticales, intégrées directement dans des immeubles. De nombreux projets émergent depuis les années 2010, de manière utopique en France, mais plus concrète au Japon ou à Singapour. 

Aller plus loin

📖 LIRE - Désirs de villes de Nicolas Gilsoul et Erik Orsenna, Editions Robert Laffont

🎧 ÉCOUTER - Les villes inventives, Le Temps d'Un Bivouac, de Daniel Fiévet

PODCASTS - Si l'architecture vous intéresse, abonnez-vous au podcast de L'Été Archi de David Abittan 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.