Denis Cheissoux est allé à la rencontre du paléontologue Pascal Picq, en Picardie, pour l'émission "Co2 mon amour". Le spécialiste de l’évolution de la lignée humaine est revenu brièvement sur les origines des chevaux. L'occasion de faire le point sur ce que nous savons aujourd'hui de cette espèce issue des équidés.

Connaissez-vous les origines du cheval ?
Connaissez-vous les origines du cheval ? © Getty / Tabitha Roth

L'ancêtre commun de la famille des équidés était tout petit !

Nos équidés actuels descendent d'un petit mammifère forestier ongulé ayant possédé plusieurs doigts ! Pascal Picq explique que "l'histoire du cheval part en réalité d'un petit cheval, un pré-cheval du genre éteint Eohippus (le cheval de l'aurore, du commencement), qui était grand comme… un renard ou un chien de taille moyenne. Au départ, ils n'avaient pas de sabots mais trois doigts, tandis que, aujourd'hui, ils n'en ont plus qu'un. On voit dans cette évolution extraordinaire, que celui qui a résisté est celui du milieu, le majeur, quand l'index et l'auriculaire, d'une certaine manière, se sont mis à régresser. Il ne va finalement rester qu'un seul doigt, l'os canon, qui n'est autre que le seul sabot". 

Eohippus, genre éteint de mammifères ongulés de l'époque du Paléogène. Ancêtre commun de la famille des Équidés. Chromolithographie de Heinrich Garder (1858-1935) - Série animaux préhistoriques de la Reichardt Cocoa Company)
Eohippus, genre éteint de mammifères ongulés de l'époque du Paléogène. Ancêtre commun de la famille des Équidés. Chromolithographie de Heinrich Garder (1858-1935) - Série animaux préhistoriques de la Reichardt Cocoa Company) © AFP / FLORILEGIUS / LEEMAGE

Aujourd'hui, contrairement à il y a 50-60 millions d'années, les sabots des chevaux ne comportent qu'un ongle très épais. Les membres de la famille des équidés sont progressivement devenus monodactyles. 

Le paléontologue ajoute que "leur taille s'est progressivement agrandie, leurs membres se sont allongés parce que ce sont des animaux qui étaient voués à courir énormément". C'est ainsi que lorsque les équidés ont connu une augmentation de leur poids corporel, la sélection naturelle a trouvé bon qu'un unique pied pouvait permettre une meilleur résistance par rapport aux anciennes conditions. Ils reposaient donc plus solidement sur leurs pieds, et leurs orteils latéraux ont fini par rétrécir. 

Un phénomène qui s'est accompagné d'un agrandissement de leur physionomie d'origine : les chevaux sont devenus plus gros, et le poids s'est trouvé bien mieux réparti sur un seuil orteil (sabot) robuste à chaque pied. 

Toutefois, ce phénomène d'évolution et de transformation peut s'expliquer par un phénomène naturel qui a soudainement vu une hausse conséquente des températures, sur une période géologique relativement courte, qui correspond au "maximum thermique du Paléocène-Eocène", il y a près de 55 millions d'années. Un phénomène naturel qui aurait conduit à une variation importante des écosystèmes, et donc à un renouvellement de la faune qui aurait conduit à l'émergence de nombreux genres de mammifères que l'on retrouve aujourd'hui. 

C'est ce qu'a rappelé, en 2012 l’équipe coordonnée par Ross Secord (Université de Nebraska) et Jonathan Bloch (Université de Floride), citée dans la revue Sciences avenir, grâce à l’analyse de fossiles appartenant à une quarantaine d'individus adultes d'un genre éteint d'équidés (Sifrhippus). Ils ont pu reconstituer l’évolution de la taille de l’équidé ancestral au cours de cette période chaude. Toutes les espèces des différentes genres, parfois éteints, de la famille des Equidés ont évolué d'une manière différente selon le milieu naturel où ils vivaient et les climats auxquels ils étaient confrontés.

L'ancêtre commun de la lignée des chevaux, ânes et zèbres (equus) vieux de 4 millions d'années 

Du moins dans la forme qu'on leur connait aujourd'hui. C'est une étude menée en 2003, et parue dans la revue Nature, par une équipe internationale qui était parvenue à analyser intégralement l’ADN d'un animal équidé conservé dans le pergélisol arctique depuis 560 000 à 780 000 ans. Des analyses génétiques ont été menées sur un fragment d’os qui appartenait à la jambe d'un cousin ancestral de nos chevaux domestiques. 

L'ancêtre commun de nos ânes, zèbres et chevaux actuels, qui sont des espèces appartenant au genre Equus de la famille des Équidés, aurait vécu il y a 4 millions d'années et aurait énormément changé avec l'impact du changement de climat. 

Domestication du cheval à l'époque du Néolithique

Pascal Picq nous apprend "que les chevaux ont failli disparaître du fait de la concurrence qu'a représenté l'arrivée des ruminants, des animaux qui, eux, avaient de deux à quatre doigts et qui étaient susceptibles de les dominer à un moment ou à un autre, que ce soit les bovidés, les chameaux, les antilopes, etc. Ils vont prendre l'avantage sur les chevaux. 

C'est pourquoi le cheval est l'une des rares espèces qui a eu la chance de rencontrer l'homme, qui lui a sauvé la vie en le domestiquant d'une certaine manière.

Le cheval passe en quelque sorte de gibier à un animal qui va être exploité en guise de transport agricole, bouleversant ainsi l'histoire de l'humanité. Une histoire culturelle qui commence, à l'âge du fer, où la domestication se poursuit, dessinant les premières grandes civilisations. Un monde qui vivra 6 000 ans sous le signe et les avantages de développement qu'offre le cheval [...] 

Il y a réellement une dette de l'humanité envers les chevaux

En effet, la première preuve de la domestication du cheval remonte à environ 5 500 ans, dans les steppes d'Asie centrale. C'est d'ailleurs l'un des derniers animaux à avoir été domestiqué, au Néolithique, après le chien, le mouton, la vache ou encore le cochon. D'une certaine manière, le cheval a inventé le premier transport et a contribué à optimiser les échanges, à conquérir de nouveaux territoires, à optimiser le labourage des champs et a perfectionné l'agriculture elle-même. 

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