La Corée du Nord et la Corée du Sud ont toujours eu une histoire complexe et intimement liée aux guerres régionales et mondiales. Retour sur deux frères qui n'ont pas toujours été ennemis.

La zone démilitarisée, frontière militaire entre la Corée du Nord et la Corée du Sud
La zone démilitarisée, frontière militaire entre la Corée du Nord et la Corée du Sud © Maxppp / Kyodo

La suite d’événements n'a rien d'anecdotique même si elle témoigne des nombreuses tentatives de dialogue entre la Corée du Nord et la Corée du Sud lors de leur tumultueuse histoire moderne. Aujourd'hui, Pyongyang et Séoul ont mis face à face leurs hauts-représentants pour des pourparlers inédits depuis deux ans. 

Le Nord se déclare prêt à envoyer des athlètes et une délégation officielle aux jeux Olympiques en Corée du Sud en février prochain. En retour, Le Sud demande que l'occasion permette aux familles séparées par la partition et la fin de la guerre de la péninsule en 1953 de se retrouver. La semaine dernière, c'était le "téléphone rouge", ligne de communication entre les deux armées coupée en février 2016, qui était rétabli. Une nouvelle étape dans l'histoire de la péninsule, marquée par les divisions, les ingérences étrangères et les tentatives de réconciliation.

"Corée" ou "Corées" ?

Depuis plusieurs générations maintenant, on parle de Corée du Nord et Corée du Sud. Jamais de Corée, excepté dans des manuels d'histoire spécialisés. À travers les siècles, la Corée, telle qu'on l'entend, n'a eu d'existence concrète que sur trois périodes : entre 935 et 1232 (Dynastie Koryo jusqu'à l'invasion mongole), entre 1392 et 1897 (Dynastie Chosŏn) et entre 1897 et 1905 (Grand Empire Coréen).

La péninsule coréenne, au cœur de convoitises
La péninsule coréenne, au cœur de convoitises / Google

Avant 935, la péninsule coréenne est divisée en plusieurs royaumes qui déjà dessinent une séparation nord/sud : le royaume de Koguryŏ (qui correspond grosso-modo aux frontières de la Corée du Nord aujourd'hui), et les royaumes de Baekje et de Silla (qui tracent les frontières de la partie sud de la péninsule) qui finiront unifiés.

La fin du Grand Empire Coréen, elle, est actée avec la mise en place du protectorat japonais en 1905. Ce n'est qu'à la fin de la Seconde Guerre Mondiale que Corée du Nord et Corée du Sud ont leurs frontières dessinées, puis confirmées après la Guerre de Corée (1950-1953) pour ne plus bouger depuis. 

Un destin aux mains des puissances étrangères

On dit souvent que les Corées du Nord et du Sud ont eu le malheur de se retrouver au milieu des deux grands vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale. À l'époque, le pays est coupé en deux zones : l'une sous contrôle soviétique, l'autre sous contrôle américain. Chacun se retrouve alors second rôle du premier épisode de la Guerre Froide, et premier rôle de la Guerre de Corée qui aura fait des millions de morts, majoritairement des civils. 

Les États-Unis et la Russie ne sont pas les seuls à avoir eu de l'influence sur la région. Avant même que l'on parle de Corée, les différents royaumes eurent à se défendre des assauts des différentes dynasties chinoises. Pendant l'ère Chosŏn, au 17ème siècle, la Corée, vassal de la dynastie Ming chinoise, fait face aux ambitions expansionnistes de la dynastie Qing mandchoue. Ces derniers, vainqueurs des Ming, garderons la position de suzerains sur le territoire.

En 1894-1895, le contrôle de la Corée est la première motivation d'une guerre entre la Chine Qing et le Japon. Elle amène en 1905 à l'instauration d'un protectorat, puis à l'annexion de la péninsule par le Japon en 1910. Il s'agit d'une période particulièrement difficile pour les coréens. Ils sont déconsidérés par les Japonais, leur pays considéré archaïque. 

Le futur fondateur de la Corée du Nord, Kim Il-sung, avec le Colonel-General Chistyakov de l'Armée rouge en 1944.
Le futur fondateur de la Corée du Nord, Kim Il-sung, avec le Colonel-General Chistyakov de l'Armée rouge en 1944. © AFP / RIA Novosti / Sputnik

Certains sont exilés de force au Japon pour travailler comme main d’œuvre dans l'industrie militaire pendant la guerre sino-japonaise à partir de 1937. Dès l'annexion, une résistance à l'occupant s'organise. Parmi ses membres, le jeune Kim Il-Sung, fondateur et "Président éternel" de la Corée du Nord en 1948.

Attaques et réconciliations

Après la Guerre de Corée, la Corée du Nord se replie sur elle-même, la Corée du Sud s'ouvre au monde. Mais la vie des deux pays entre eux est rythmée par de nombreux incidents fratricides, tentatives d'espionnages, raids militaires. Pendant la dictature de Park Chun-hee par exemple, le régime de Pyongyang, las d'attendre un soulèvement populaire, tente par deux fois de faire tuer le leader sud-coréen, en vain.

Plus récemment, en 2009, les flottes des deux pays échangent des tirs d'artilleries à cause d'un franchissement d'eaux territoriales. Ou plus récemment, la crise des missiles nucléaires, alimentée par de vifs échanges entre la Corée du Nord et Washington. Malgré cela, et la mainmise de Kim Jong-Un sur son pays, la volonté de dialogue est toujours présente.

Les hauts-représentants de la Corée du Nord et du Sud, à Panmunjeom, le 9 janvier 2018.
Les hauts-représentants de la Corée du Nord et du Sud, à Panmunjeom, le 9 janvier 2018. © AFP / XINHUA / NurPhoto

Les tentatives de paix ne sont pas nouvelles. La Sunshine Policy, politique d'ouverture mise en place par la Corée du Sud entre 1998 et 2008, offre une période d'adoucissement des relations entre les deux pays. Mais dès 1960, les deux pays discutent d'une réunification pacifique. Elle doit impérativement passer par une limitation des forces militaires de chaque camp et par une absence totale d'ingérence dans le processus, en particulier de la part des Etats-Unis.

Aujourd'hui, la rencontre des hauts-représentants est une nouvelle étape dans le rétablissement de relations diplomatiques entre les deux Corée. La symbolique est d'autant plus forte que le lieu de la rencontre est chargé d'histoire : le village de Panmunjeom situé dans la zone démilitarisée, où fut signé le cessez-le-feu entre les deux pays le 27 juillet 1953.

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