C'est un jeu sur la guerre, mais c'est tout sauf un jeu de guerre. Dans "11-11: Memories Retold", une coproduction franco-britannique, l'un des conflits les plus meurtriers de l'Histoire est raconté de manière inédite, en s'éloignant des "grandes dates" pour placer la caméra et la manette à hauteur d'hommes.

"11-11: Memories Retold" choisit de raconter la Grande guerre sous la forme d'une peinture vivante
"11-11: Memories Retold" choisit de raconter la Grande guerre sous la forme d'une peinture vivante © Bandai Namco

"11-11: Memories Retold" est un pari à plusieurs niveaux. D'abord, celui qui saute aux yeux, parce qu'il montre la Première guerre mondiale dans un style pastel, coloré, loin du réalisme cru des photos d'époque. Ensuite, parce que plutôt que de raconter les batailles, il s'intéresse à ce qui passait entre celles-ci : la peur bien sûr, mais aussi le quotidien, les bavardages, les amitiés, les distractions voire l'ennui dans les tranchées. Enfin, parce qu'il ne choisit pas de camp, en proposant d'incarner à la fois Harry, jeune photographe canadien en quête de gloire, et Kurt, ingénieur en quête de son fils, disparu sur le champ de bataille.

Des choix que nous explique Yoan Fanise, directeur créatif sur le jeu.

Pourquoi avoir choisi de transposer cette époque particulière en jeu vidéo ?

"Il y avait d'abord le lien familial, puisque mon arrière grand-père a combattu sur le front. J'ai la chance d'avoir toutes ses lettres et toutes ses correspondances. Et j'ai eu envie, en les lisant, de retranscrire ces émotions, ces moments de vie qui sont bien loin de l'image qu'on en a, avec des batailles permanentes... Il y avait beaucoup de moments calmes ! Ce sont ces moments dont on parle dans le jeu, de camaraderie et même de lien entre les deux côtés."

On est donc très loin des habituels jeux de tir sur fond de guerre mondiale ?

"C'est un jeu narratif. Dans ce jeu, on n'a pas d'arme dans les mains, on est plutôt sur des dialogues, sur des choix d'action... Et même des choix d'écriture : une phase du jeu permet par exemple d'écrire des lettres, et de choisir ce qu'on écrit à sa fille, ce qui aura des conséquences sur la suite de l'histoire. On a aussi voulu créer un jeu visuellement très différent de tout ce qu'on voit aujourd'hui."

Que peut apporter le jeu vidéo à tous les récits qui existent déjà sur cette période historique ?

"Le jeu vidéo a cet effet un peu magique, par l'incarnation d'un personnage, de créer un degré très fort d'empathie et d'émotion ressenties. On utilise cette porte ouverte vers l'émotionnel pour faire réfléchir à des choses plus profondes. Dans le jeu, petit à petit, on se pose des questions : des questions d'ordre un peu moral, sur son rapport à sa nation, à sa famille, à l'autre camp... Des choses plus intéressantes."

D'ailleurs, vous avez tenu à mettre les deux camps sur un pied d'égalité...

"Oui, parce que ce qui m'a surpris quand j'ai lu énormément de lettres ou de livres sur la Première guerre mondiale, c'était la similarité entre les deux camps. Ils vivaient exactement les mêmes choses ! Les mêmes moments de galère, les mêmes émotions... Il y avait des questionnements que les soldats avaient beaucoup, notamment la peur de tuer, une peur parfois plus grande que celle d'être tué, parce que c'est une peur qui nous suit, un traumatisme à vie. C'était intéressant de montrer à quel point c'était similaire, à quel point tout ça n'avait aucun sens, en fait."

"11-11: Memories Retold" - Disponible sur PC, PlayStation 4 et Xbox One

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