Victor Hugo vécut une partie de sa vie en exil. Après la Belgique et Jersey, l'écrivain, une partie de sa famille et Juliette Drouet (sa maîtresse) débarquent le 31 octobre 1855 sur l’île anglo-normande de Guernesey pour y séjourner plus de quinze ans jusqu'en 1870 au 38, "Hauteville Street".

Victor Hugo sur le balcon de Hauteville House, Guernesey © Maison de Victor Hugo André
Victor Hugo sur le balcon de Hauteville House, Guernesey © Maison de Victor Hugo André © André, Roger-Viollet 1878

Suite au coup d'état bonapartiste du 8 décembre 1855, Victor Hugo se voit contraint quelques jours plus tard de quitter la France, déguisé en ouvrier, pour la Belgique où il réside un peu plus d'un an avant de rejoindre l'île de Jersey. Puis sous le coup d'une nouvelle expulsion, il s'exile de nouveau, avec l'un de ses fils et sa fidèle maîtresse Juliette Drouet, et embarque à nouveau pour Guernesey

Ce 31 octobre 1855, une foule nombreuse est réunie sur le quai de Saint Peter Port de Guernesey pour accueillir tout autant l'écrivain, l'homme politique que le proscrit le plus célèbre de son temps…

Victor Hugo séjourne avec son fils à l'Hôtel de l'Europe alors que Juliette Drouet, sa maîtresse s'installe un peu plus loin dans un hôtel du port. Victor Hugo, rejoint peu après par sa famille, s'installe dans un meublé avant d'investir dans l’achat d'une belle bâtisse au 38 rue de Hauteville. 

Agnès Perry, guide à Guernesey, habite l’île depuis plus 30 ans. Elle nous raconte devant "The Royal Court" l'achat de cette maison baptisée Hauteville House en décembre 1856.

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Retrouvez Agnès Perry devant "The Royal Court' pour évoquer L'achat de Hauteville House par Hugo en 1856

Par Franck Olivar
The Royal Court à  Gunernesey
The Royal Court à Gunernesey / Christel Jeanne

Hauteville House, une maison "autobiographique"

Propriétaire pour la seule et unique fois de sa vie, à l'abri d'une expulsion car une loi le protège, Victor Hugo aménage une maison "autobiographique" à la décoration originale et spectaculaire, constituée en partie de meubles ou de portes récupérés ou achetés aux gens de l'île. 

Malgré quelques voyages hors de l'île, Victor Hugo semble se plaire à Hauteville House et sa vie entre sa famille et sa maîtresse semble bien organisée. Entre 1862 et 1867 accompagné de Juliette, il passe l'été en Belgique, au Luxembourg ou sur les bords du Rhin. La famille se réunit aussi à Bruxelles parfois et c'est là que le 27 août 1868 Madame Hugo décède. 

Hauteville House est une bien grande demeure pour Victor Hugo et malgré la présence épisodique de ses petits enfants, qui ont le privilège de pouvoir déranger l'écrivain dans son look out (sorte de vigie / bureau vitré au dernier étage de la maison avec une vue imprenable sur le port et tout du moins lors des premières années également sur la petite maison de Juliette où l'écrivain l'a provisoirement installée), celui-ci se retrouve parfois seul avec sa fidèle cuisinière Bretonne et ses domestiques. 

Le "look out" de Hauteville House où écrivait Victor Hugo
Le "look out" de Hauteville House où écrivait Victor Hugo © Radio France / Franck Olivar

Le quotidien de Victor Hugo à Guernesey

L'une de ses premières visites officielles de l'écrivain est consacrée la même année à la prison de Saint Peter Port car Victor Hugo est sensible aux conditions de détention carcérale depuis l'affaire John-Charles Tapner, une affaire qu'il relate dans Actes et Paroles II – Pendant l'exil :

"Janvier 1854

Peuple de Guernesey,

C’est un proscrit qui vient à vous. C’est un proscrit qui vient vous parler pour un condamné. L’homme qui est dans l’exil tend la main à l’homme qui est dans le sépulcre. Ne le trouvez pas mauvais, et écoutez-moi. Le mardi 18 octobre 1853, à Guernesey, un homme, John-Charles Tapner, est entré la nuit chez une femme, Mme Saujon, et l’a tuée ; puis il l’a volée, et il a mis le feu au cadavre et à la maison... Les crimes ne sont pas complaisants, et l’incendie a refusé de cacher l’assassinat. La providence n’est pas une receleuse ; elle a livré le meurtrier. Le procès fait à Tapner a jeté un jour hideux sur plusieurs autres crimes...Cet homme a été jugé ; jugé avec une impartialité et un scrupule qui honorent votre libre et intègre magistrature... si la vie de l’homme est vénérable, si l’âme de l’homme est immortelle ; si Dieu seul a le droit de retirer ce que Dieu seul a eu le pouvoir de donner, si la mère qui sent l’enfant remuer dans ses entrailles est un être béni, si le berceau est une chose sacrée, si le tombeau est une chose sainte, insulaires de Guernesey, ne tuez pas cet homme !

Je dis : ne le tuez pas, car, sachez-le bien, quand on peut empêcher la mort, laisser mourir, c’est tuer."

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Retrouvez Agnès Perry dans le hall de "Magistrat Court" où Hugo se rendit à son arrivée à Guernesey

Par Franck Olivar
Victor Hugo et Hennett de Kesler dans le jardin d’hiver à Hauteville House, 1862. Epreuve sur papier albuminé © Maisons de Victor Hugo.
Victor Hugo et Hennett de Kesler dans le jardin d’hiver à Hauteville House, 1862. Epreuve sur papier albuminé © Maisons de Victor Hugo. / Photographie attribuée à Auzou et Leballeur

Les années passent et le quotidien de Victor Hugo est rythmé par les visites des notables et des gens de l'île, par les "chasses aux coffres" avec Juliette Drouet, par des bains de mer dans la baie de Havelet - il note dans ses carnets en 1857 alors qu'il n'est là que depuis deux ans : "j'ai pris mon cent vingt cinquième bain - et par l'écriture bien sûr. Que ce soit des correspondances nombreuses ou ses ouvrages, c'est d'ailleurs à Guernesey que Victor Hugo termine Les Misérables.

Victor Hugo se montre généreux à bien des égards avec les insulaires, sa production littéraire prolifique offre du travail aux locaux, notamment à un certain Mr Henry Turner comme vous l'explique Agnès Perry.

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Agnès Perry devant le n° 7 de Mill Street où officiait Henry Turner

Par Franck Olivar

Correspondances épistolaire… et télégraphique

Alors que Victor Hugo entretient toujours d'importantes correspondances (même avec Juliette Drouet, sa maîtresse qu'il voit quotidiennement), il se produit en cette moitié du XXe siècle une  révolution dans le domaine de la communication : l'arrivée du télégraphe

Une première liaison par câble est établie notamment entre Aurigny, Jersey et Guernesey dès septembre 1858. Et si l’emplacement du bureau de poste lors de la présence de Victor Hugo à St Peter Port reste aujourd'hui difficile à déterminer, c'est bien devant le bâtiment de la Compagnie du télégraphe que vous retrouvez Agnès Perry... 

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Retrouvez Agnès Perry sur le front de mer devant "Picket House"

Par Franck Olivar

Le retour d'exil

Quand la liberté rentrera, je rentrerai. 

- Déclaration du 18 août 1859 (par laquelle Victor Hugo refuse l'amnistie de Napoléon III).

Victor Hugo est une homme organisé et prévoyant, désormais exilé volontaire, il organise son retour en France, comme vous l'explique Agnès Perry.

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Retrouvez Agnès Perry dans High Street devant ce qui fut la banque à l'époque de Victor Hugo

Par Franck Olivar
The Old Bank dans High Street
The Old Bank dans High Street / Christel Jeanne

Dans l'hypothèse d'un prompt retour, suite à la déclaration de guerre de la France à la Prusse le 19 juillet 1870, Hugo classe ses manuscrits et dépose donc des biens à la « Old Bank » de Guernesey et s'apprête à quitter les îles anglo-normandes. 

Après un passage à Bruxelles en août, il apprend la défaite de Sedan en septembre et la capitulation de Napoléon III. 

Et le 5 septembre, le lendemain de la proclamation de la Troisième République et la formation d'un gouvernement provisoire, Victor Hugo, accompagné de Juliette Drouet, de son fils Charles et de sa famille, rentre en France.

Victor Hugo revient régulièrement à Hauteville House et bien des années après la mort de Victor Hugo qui survint le 22 mai 1885, Guernesey ne peut oublier le grand homme.

En effet le 8 juillet 1914, se déroule une cérémonie dans un jardin de Guernesey où un parterre d'habitants et de notables inaugure une statue à l'effigie de Victor Hugo afin de commémorer le poète exilé sur ses terres.

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Installez vous avec Agnès Perry dans Candie Garden devant la statue de Victor Hugo

Par Franck Olivar
La statue de Victor Hugo offerte en 1914 par la France aux gens de Guernesey
La statue de Victor Hugo offerte en 1914 par la France aux gens de Guernesey / Raphaël Morrata

Pour aller plus loin

Pour préparer votre visite : le site de l'office de tourisme de Guernesey et le site de Hauteville House

A découvrir aussi sur le site de France Inter :

🎧 ECOUTER | La Marche de l'histoire : Jean Lebrun revient sur les exils de Victor Hugo

📖 LIRE | A Guernesey, Franck Olivar a également visité la maison de Victor Hugo à Guernesey, Hauteville House.

📖 LIRE | Autre visite chez Victor Hugo, accompagné de Franck Olivar, place des Vosges à Paris

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