Emmanuel Macron a commémoré ce 5 mai aux Invalides à Paris le bicentenaire de la mort de Napoléon. Même si commémorer n'est pas célébrer, la décision avait fait polémique.

Deux cents ans après sa mort, Napoléon continue de constituer un marqueur entre droite et gauche. Bâtisseur visionnaire, modernisateur de l'État, il fut aussi un despote qui réhabilita l'esclavage.
Deux cents ans après sa mort, Napoléon continue de constituer un marqueur entre droite et gauche. Bâtisseur visionnaire, modernisateur de l'État, il fut aussi un despote qui réhabilita l'esclavage. © AFP / Ludovic Marin, Alain Jocard, Nicolas Guyonnet / Hans Lucas, Philippe Desmazes

À l'annonce de l'intervention du chef de l'État pour le bicentenaire de la mort de Napoléon, une polémique était née. Pourquoi commémorer l'anniversaire de l'Empereur, personnage régulièrement loué à droite pour son héritage et dans lequel la gauche y voit d'abord un fossoyeur de la République ? Le vainqueur d'Austerlitz, à qui l'on doit le Code civil, le baccalauréat ou encore la création des départements et leurs préfectures fut aussi le despote, qui rétablit l'esclavage en 1802 après son abolition en 1794. 

Comment alors commémorer sans célébrer ? C'est à cet exercice d'équilibriste aux accents macroniens du "en même temps" que s'est livré le Président ce mercredi 5 mai. Emmanuel Macron s'est rendu à l'Institut de France à Paris devant académiciens et lycéens avant de déposer une gerbe aux Invalides au pied du tombeau de Napoléon. 

Emmanuel Macron : "Napoléon est une part de nous"

"Ne rien céder à ceux qui entendent effacer le passé au motif qu'il ne correspond pas à l'idée qu'ils se font du présent." Dès le début du discours, le président s'est adressé à ceux qui avaient critiqué son initiative concernant cette commémoration. Arrive ensuite la justification de cet anniversaire : "Napoléon est une part de nous, parce que l'action et les leçons du guerrier stratège, bâtisseur portent encore jusqu'à notre siècle."

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Évoquant aussi le pire de la période napoléonienne et donc le rétablissement de l'esclavage, Emmanuel Macron a parlé d'une trahison de l'Esprit des Lumières. Rappelant le militaire qu'était l'Empereur, le Président précise que, jamais, le vainqueur d'Austerlitz ne s'est préoccuper des pertes humaines. Mais fidèle aussi à certaines avancées de 1789, Napoléon a mis en place les Codes civil et pénal, "gravant dans le marbre l'égalité entre les hommes", explique Emmanuel Macron. "De Clovis au comité de Salut public, j'assume tout" avait déclaré l'Empereur. "Aujourd'hui, nous assumons tout", a rétorqué le chef de l'Etat. 

Cette déclinaison du "En même temps" était aussi palpable dans le tweet de Bruno Le Maire ce mercredi 5 mai : "Une grande nation se souvient toujours de ses grandes figures. Elle les aime, elle les critique, elle en débat librement. Elle s'en inspire ou s'en détache ; mais elle ne les oublie pas", rappelle encore le ministre de l'Économie. 

Les prédécesseurs d'Emmanuel Macron étaient eux restés prudents, hormis Georges Pompidou qui avait célébré la naissance de Napoléon Bonaparte. Ainsi Jacques Chirac n'avait pas commémoré le bicentenaire de la bataille d'Austerlitz en 2005.

Jean-Luc Mélenchon (LFI) : "Un putschiste qui a attenté à la République"

À la France insoumise, Napoléon ne fait guerre recette. Invité de Questions politiques le 21 mars sur France Inter, Jean-Luc Mélenchon  fustige le choix de l'Élysée qui "préfère un putschiste qui a attenté à la République" aux Communards, puisque la commémoration de la Commune de Paris n'est pas actée par la présidence. Certes, le leader de LFI reconnaît que l'Empereur était un grand homme, puisqu'il a continuellement défendu la France lors des guerres. Mais le député des Bouches-du-Rhône insiste : "Napoléon a établi le Concordat et rétabli l'esclavage. C'est l'Histoire comme elle est, on discute, mais on ne célèbre pas."

Boris Vallaud (PS) : "Il y a un peu de célébration voire d'autocélébration du Président "

Même tonalité pour le député socialiste des Landes, Boris Vallaud, invité ce mercredi 5 mai du Grand entretien sur France Inter. "Napoléon est l'homme du 18 Brumaire, du coup d'État, de la mise à bas de la Révolution et de la République. C'est l'homme qui rétablit l'esclavage, l'homme d'un certain nombre de guerres civiles. Chateaubriand disait : 'après nous avoir imposé le despotisme de sa personne, Napoléon nous impose le despotisme de sa mémoire'. On en est toujours là", constate Boris Vallaud.

Quant au message de l'Élysée sur la commémoration, il ne passe guère. "Je ne peux pas m'empêcher de penser que dans l'esprit du président de la République (...) il y a un peu de célébration, voire d'autocélébration, parce que on se cherche toujours des figures dans l'Histoire. Les miennes, ce ne sont pas celles-là", a encore taclé l'ancien conseiller de François Hollande.

Marine Le Pen  (RN) : "Il a tant fait pour le pays"

Exit le despote qui rétablit l'esclavage, Marine Le Pen retient de Napoléon sa "grandeur" dans une tribune publiée dans la Revue politique et parlementaire. La présidente du RN estime qu'il a tant fait pour le pays, tant donné au monde qu'on aurait pu au moins faire une année Napoléon. "C'est lui qui, dans une France en combustion, dans cette France tragiquement régicide, dompta cette furie fratricide qui aurait emmené les Français au chaos si sa volonté pacificatrice et unificatrice ne s'était imposée", écrit encore la dirigeante d'extrême-droite.

Laurent Wauquiez (LR) : "Un grand pays honore son Histoire"

Ton élogieux également de la part de Laurent Wauquiez sur Twitter. Pour le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes, "lors de ce bicentenaire de la mort de Napoléon, c'est un grand pays qui honore son histoire surtout quand elle a été portée par des géants comme Napoléon". Pour le député LR Julien Aubert aussi, ignorer le bicentenaire aurait été une faute contre la nation. Dans une tribune publiée en février dans le JDD, l'élu républicain assume : _"Il y a des personnages historiques qu’on aime plus que d’autres. Pour moi qui suis gaulliste et viens de la droite bonapartiste, Napoléon incarne la volonté politique et le génie françai_s."

Nicolas Dupont-Aignan : "il a construit l'État nation"

Également grand admirateur de Napoléon se définissant aussi comme gaulliste, Nicolas Dupont-Aignan, dans une interview à la Revue politique et parlementaire, insiste sur le modernisateur de l'État que fut le vainqueur d'Austerlitz. "Il a construit l'État-nation. De la banque de France, au lycée en passant par les départements et le code civil, son œuvre est la France. Et elle a été répliquée dans le monde entier". À l'image d'un conquérant sanguinaire, qui colle aussi au personnage de Napoléon, l'élu de l'Essonne préfère celle d'un libérateur. Libérateur à qui Nicolas Dupont-Aignan attribue un héritier contemporain : De Gaulle "car ces deux géants partagent une même vision de l'État. Ce sont des visionnaires qui ne transigent pas avec l'idée de grandeur."

Si Napoléon affirmait que l'Histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d'accord, force est de constater que ce bicentenaire est en tout cas la preuve de l'impossibilité d'un consensus autour de son héritage. Les différentes perceptions de la figure napoléonienne restent ainsi un marqueur entre droite et gauche.