Pour se faire valoir auprès du peuple, donner une image rayonnante de leur personne, de leurs réformes et faire peser le poids de la puissance américaine sur la scène internationale, les deux hommes ont tout misé sur la politique de l'image et du grand spectacle médiatique, qu'ils considèrent comme un gage essentiel.

Le président américain Donald Trump devant une peinture représentant l’ancien président Théodore Roosevelt (1858-1919), dans la salle Roosevelt de la Maison-Blanche
Le président américain Donald Trump devant une peinture représentant l’ancien président Théodore Roosevelt (1858-1919), dans la salle Roosevelt de la Maison-Blanche © AFP / DREW ANGERER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES

Qui est "Teddy Bear Roosevelt" ? 

A son arrivée à la Maison-Blanche, Theodore Roosevelt, 42 ans, devient le plus jeune président de l'histoire des États-Unis. Républicain, c'est un des présidents que les Américains connaissent le mieux car son avènement correspond au moment précis où les Etats-Unis deviennent la première puissance économique mondiale

C'est avec lui, l'acte de naissance de l'histoire contemporaine des Etats-Unis. Pour preuve, il est le seul président du XXe siècle à figurer sur le fameux mont Rushmore

Au début du siècle, la santé économique américaine connait l'une de ses plus belles envolées, l'économie industrielle du pays n'ayant jamais été aussi performante. Les usines produisent comme jamais et Roosevelt sait ménager le monde des affaires. Il sait promouvoir de grandes réformes sociales à l'intérieur tout en affirmant, pour la première fois dans l'histoire des USA, l'hégémonie américaine à l'échelle internationale

Ses buts politiques sont inédits et il les atteint par un moyen bien singulier pour l'époque : la communication. En effet, il joue beaucoup de l'entente cordiale qu'il entretient avec le monde du journalisme auquel il a toujours manifesté la plus grande considération. 

Comme Donald Trump, plus d'un siècle après lui, il aime utiliser son image d'homme viril, dynamique, proche du peuple pour gagner une bonne partie de l'opinion à sa cause. Même lorsque la presse stigmatise ses initiatives impopulaires ou ses mauvaises aventures, telle que cette partie de chasse au cours de laquelle il s'est refusé à tuer un ours impuissant, sa popularité n'en a toujours été que plus grandissante. D'ailleurs, on le surnomme encore aujourd'hui "Teddy Bear". Voici la caricature originale dont il a fait l'objet (il y en a eu un certain nombre) qui a été publiée dans le Washington Post le 16 novembre 1902. 

Caricature politique (d’après l’original de Clifford Berryman) représentant le président Theodore Roosevelt qui refuse de tirer sur un petit ours retenu par une corde, 1902
Caricature politique (d’après l’original de Clifford Berryman) représentant le président Theodore Roosevelt qui refuse de tirer sur un petit ours retenu par une corde, 1902 © Getty / Stock Montage / Contributeur

Entretien avec Corentin Sellin menée par Fabienne Sintes dans la série historique de l'été "Présidents" : 

Où situer Theodore Roosevelt sur l'échelle de ressemblance avec Donald Trump de 0 à 10 ?

"On peut le mettre très haut, sans doute un 8/10 au moins car s'il y a un président auquel Donald Trump veut ressembler, c'est bien Theodore Roosevelt, qu'il cite souvent en modèle et en références. C'est un New Yorkais fort en gueule comme lui, avec une personnalité démesurée, qui a su accompagner la naissance de la superpuissance des Etats-Unis. C'est lui qui a imposé les Etats-Unis sur la scène diplomatique mondiale en jouant des menaces militaires et de l'usage de la force. 

Un homme qui a aussi un certain goût de la virilité affichée et proclamée dans l'exercice du pouvoir. Et une grande confiance en soi. Il faut rappeler qu'avant de devenir vice-président puis président, Theodore Roosevelt n'avait pas hésité à dire, en toute modestie, qu'il était le meilleur gouverneur que New York n'ait jamais eu. Ce qui rappelle aussi l'actuel locataire de la Maison-Blanche".

Une même vision de la politique étrangère et de la préservation de l'hégémonie américaine 

"L'un des grands points communs évident en la matière, c'est la relation avec l'Amérique latine. Donald Trump a repris, presque mot pour mot, dans sa relation avec le Venezuela de Maduro, le corollaire de Théodore Roosevelt à la doctrine de Monroe. Celle-ci considère que tout ce qui peut se passer en Amérique latine et qui peut sembler contraire aux intérêts américains, peut faire l'objet d'une intervention américaine. 

On sait que, dans certains couloirs de la Maison-Blanche de Trump, on a éventuellement envisagé une intervention militaire contre le Venezuela de Nicolas Maduro. Ce qui rappelle évidemment la politique dite 'canonnière' qu'avait menée avec la marine Theodore Roosevelt, vis-à-vis du même Venezuela et, plus tard, de la République dominicaine".

Roosevelt et Trump aiment rayonner et faire du grand spectacle présidentiel en toutes circonstances

"L'un des grands points communs évident en la matière, c'est la relation avec l'Amérique latine. Donald Trump a repris, presque mot pour mot, dans sa relation avec le Venezuela de Maduro, le corollaire de Theodore Roosevelt à la doctrine de Monroe. Celle-ci considère que tout ce qui peut se passer en Amérique latine et qui peut sembler contraire aux intérêts américains, peut faire l'objet d'une intervention américaine. 

Il y a le goût pour une sorte de diplomatie à grand spectacle. Le fait de montrer sa force joue également. Par exemple, Roosevelt est l'homme qui a fait faire un tour du monde à sa marine nouvellement construite pour montrer à quel point elle était puissante, ce qui rappelle la joie un peu futile de Donald Trump avec la toute puissance militaire américaine aujourd'hui. On retrouve ce goût commun pour le grand spectacle, qu'il soit diplomatique, économique et militaire".

Un rapport ambigu avec la presse mais sur laquelle ils aiment politiquement s'appuyer 

"C'est un autre énorme point commun entre les deux hommes : cette volonté de contrôler en permanence le message, cette obsession que l'on parle d'eux en bien est commune. C'est vraiment quelque chose qu'on retrouve chez Donald Trump lorsque, aujourd'hui, il insiste sur son combat pour la lutte contre les fake news. Mais il faut se demander pourquoi il leur en veut autant, comme Roosevelt à son époque. Tout simplement, parce qu'il aimerait que ces médias réfractaires à ses idées et à sa personne le reconnaissent, le célèbrent. C'est son obsession. Trump aurait adoré être dans les premières pages du New York Times, le quotidien de l'élite new yorkaise. 

À cette nuance près que Théodore Roosevelt a quand même eu beaucoup plus de célébrations de la part de la presse durant son époque, que Trump n'en aura jamais aujourd'hui". 

Deux présidents populistes ? 

"Theodore Roosevelt est l'un des tout premiers à avoir compris que la presse avait changé de dimension, que l'on avait désormais des journaux tirés à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires, lus dans tout le pays et que cet outil-là lui permettait de s'adresser à toute la nation sans avoir besoin d'intermédiaires, ni de passer par les représentants et les élus du Congrès.  corps intermédiaires. C'est au peuple qu'il entend uniquement rendre des comptes, peuple qui l'a, selon lui, directement élu. 

La conception économique de Roosevelt est aussi farfelue qu'elle est efficace. Par exemple, il pensait échapper aux invectives du socialisme en assumant de mener des réformes qui soient progressistes et directement émises par l'Etat dont le président devait être le champion. D'où son intervention régulière pour équilibrer la relation entre les divers patronat et le monde du travail".

Une conception et une identité politique qui se rapprochent très sensiblement de celle de Donald Trump aujourd'hui. 

Avec Roosevelt, la presse fait son entrée à la Maison-Blanche. Comme lui, Trump en a fait un de ses plus grands instruments politiques

"Théodore Roosevelt est l'un des tout premiers à avoir compris que la presse avait changé de dimension, que l'on avait désormais des journaux tirés à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires, lus dans tout le pays et que cet outil-là lui permettait de s'adresser à toute la nation sans avoir besoin d'intermédiaires, ni de passer par les représentants et les élus du Congrès. 

C'est Roosevelt qui, le premier, se sert de cette arme de persuasion massive en politique.

Avec chez lui, comme chez Trump, une relation ambivalente à la presse. Il sait que c'est un outil de communication essentiel et il s'en sert en faisant entrer pour la première fois les journalistes dans l'intimité de sa famille. Mais comme on le retrouvera plus tard chez d'autres grands personnages au XXe siècle, cela dérange le président quand la presse vient à trouver des faits compromettants qui sont moins reluisants. Il y a chez les deux hommes, cette relation d'amour/haine avec la presse. Comme Trump aujourd'hui, Roosevelt aussi a souvent été pris à son propre piège". 

Aller plus loin 

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