Selon Hubert Sauper, le réalisateur du Cauchemar de Darwin et de Nous venons en amis, "la colonisation est presque une caricature du récit de Science-fiction". Une idée qu'il étaye en évoquant le capitaine James Kirk de la saga Star Trek. Explications.

La cabine de pilotage de la série TV "Star Trek"
La cabine de pilotage de la série TV "Star Trek" © corbis

Hubert Sauper était l'invité de Christine Masson et Laurent Delmas dans leur émission On aura tout vu samedi dernier. Le réalisateur a présenté son nouveau film, “Nous venons en amis”, une plongée au cœur du Soudan… Au cours de l’émission, le réalisateur a évoqué la colonisation et la science-fiction, selon lui très liées.

De son expérience en Afrique, Hubert Sauper note, étonné, l'intégration - ou plus exactement le manque d'intégration - des Chinois sur place, au Soudan, qu'il juge "complètement hermétiques au pays dans lequel ils sont". Le réalisateur les compare à des extraterrestres :

Ils vivent dans des containers pare-balles, sans contact avec les locaux. Une forme de séparation qui ressemble vraiment à ces récits de science-fiction entre aliens et gens de la Terre

Une description qui rappelle la trame de District 9 (2009), le film de Neill Blomkamp ou encore celle d'Avatar de James Cameron (2009) : une rencontre avec un autre peuple et l'exploitation de leurs richesses... Comme le souligne ce Chinois interviewé par Hubert Sauper alors qu'il regarde un film de science-fiction (entretien tiré de Nous venons en amis ) :

Si on va dans l’espace, s’il y a des gens, des choses vivantes sur place, on rompt l’équilibre, comme vous l'avez fait en Afrique par le passé. Il faut trouver des endroits inhabités et les exploiter. Si on va sur des planètes déjà habitées, on sait qu’on détruit ça, on va faire la même chose qu’en Afrique, comme les Européens ont fait dans le passé

Pour Hubert Sauper,"le récit de science fiction est un résultat de l’histoire coloniale ". Il prend pour exemple la saga intergalactique Star Trek qui propose d'explorer l'espace dans un esprit humaniste : reculer les frontières de l'espace, cartographier le territoire, rencontrer de nouvelles civilisations - tout cela pour, au final, repousser les limites de la connaissance .

"Capitaine James Cook" par Nathaniel Dance (1775)
"Capitaine James Cook" par Nathaniel Dance (1775) © Domaine public

A écouter Sauper, le scénario de Star Trek serait directement inspiré du journal de l'explorateur James Cook et le nom du héros, James Kirk, serait directement inspiré du navigateur britannique... Hubert Sauper précise, lapidaire: "le même James Cook qui a ignoré que les Polynésiens étaient des êtres humains ".

James Cook était un grand capitaine de la Royal Navy au XVIIIe siècle qui est devenu célèbre pour ses expéditions, notamment celles dans l’océan Pacifique. Il a été le premier Européen à débarquer sur la côte Est de l’Australie, en Nouvelle-Calédonie, aux îles Sandwich du Sud et à Hawaï. Il a été aussi le premier navigateur à faire le tour de l'Antarctique et à cartographier Terre-Neuve et la Nouvelle-Zélande.

James Kirk et James Cook...

Image publicitaire de Leonard Nimoy et William Shatner en tant que Mr. Spock et Captain Kirk (Star Trek)
Image publicitaire de Leonard Nimoy et William Shatner en tant que Mr. Spock et Captain Kirk (Star Trek) © NBC Television

Les deux hommes partagent en effet le même prénom, et des noms à consonnance similaire. Ils partagent aussi, bien sûr, un sens de l'aventure : la phrase culte du générique de la série, "se rendre courageusement là où personne n'est encore jamais allé" ("to boldly go where no man has gone before "), semble directement inspirée du journal de l'explorateur de la Navy : "aller plus loin qu'aucun homme n'est allé avant moi, aussi loin que je pense qu'un homme puisse se rendre" ("[to go] farther than any man has been before me , but as far as I think it is possible for a man to g o ").

On pourrait relever aussi que lors de sa première expédition dans l'océan Pacifique, James Cook commandait l' HMB Endeavour... Un nom qui n'est pas sans rappeler le nom d'un vaisseau de la flotte de Star Trek : l'USS Endeavour - sauf que dans la saga, celui-ci est commandé par le commandant Jean-Luc Picard et non James Kirk. Une coïncidence qui peut s'expliquer autrement : "endeavour " signifie "essai", "tentative" - un nom idéal pour un vaisseau qui a pour mission l'exploration de territoires nouveaux, que ce soit dans le Pacifique au XVIIIe ou dans l'espace au XXIVe siècle.

Il y a effectivement des similitudes qui interrogent sur ces deux hommes. Mais, différence de taille, Cook et Kirk divergent sur leur façon de traiter les civilisations rencontrées. Contrairement à Cook, James Kirk est tenu par les règles de Starfleet qui sont extrêmement strictes (et que Spock doit lui rappeler régulièrement), en particulier la règle de non-intervention absolue dans la vie des planètes rencontrées . Et c'est ce qui fait de Star Trek une belle épopée humaniste à la poursuite du Savoir dans les galaxies, comme, sans doute, auraient dû l'être les voyages de James Cook à travers le Pacifique.

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