Savez-vous ce qu'était la pédérastie ? Bien qu'il pouvait s'agir d'un simple mode d'initiation reconnu comme étant normal dans le processus éducatif spartiate entre 12 et 18 ans, la relation intime alors établie entre le jeune adolescent spartiate et son maître-précepteur suscite encore quelques interrogations.

Jeunes spartiates en exercice sous le regard d'un précepteur dans un gymnase antique
Jeunes spartiates en exercice sous le regard d'un précepteur dans un gymnase antique © Getty / Nastasic

L'éducation eugéniste de Sparte 

Nous savons quelle importance Sparte accordait à l'éducation civique de son peuple, et à quel système d'instruction répondait la Cité. Elle fixait un apprentissage physique et intérieur dès le plus jeune âge, devant nécessairement passer par un entraînement corporel exemplaire dont la vocation était de former des soldats intraitables. Il s'agissait pour l'État spartiate de défendre avec la plus grande des hardiesses la Cité lacédémonienne. 

La pédérastie spartiate : une relation intime à vocation pédagogique ? 

Toutefois, dans La Marche de l'histoire, l'historien Bernard Legras s'est arrêté sur cette période de l'éducation - durant laquelle le jeune spartiate a entre 12 et 18 ans - où on accorde le plus d'intention à l'enfant et où une relation des plus surprenantes pouvait être nourrie avec son précepteur : c'est la "pédérastie". De quoi s'agit-il ? Cela relevait-il d'une forme de prostitution juvénile normalisée ? En fait, à l'époque, ce rapport pédérastique était vraisemblablement moins amoral que pédagogique. 

Bernard Legras explique "le mot, aujourd'hui, n'est plus du tout compris car il s'agissait à l'époque d'un code moral et éducatif parfaitement bien accepté par la société, dans un système traditionnel de don et de contre-don. L'homme ou "éraste" était plus âgé que son élève mais ne devait pas avoir plus de 40 ans. Il devait ainsi apprendre à son éromène des éléments d'éducation, de "Paideia", de savoirs-faire, une relation qui pouvait déboucher sur un amour physique".

En effet, si on se réfère au très célèbre penseur grec Plutarque qui, dans son oeuvre Erotikos, a écrit sur l'évolution de l'instruction grecque, voici ce qu'il nous apprend : 

Le nouveau-né est soumis à sa nourrice, l'enfant au maître d'école, l'éphèbe au gymnasiarque, l'adolescent à son amoureux, l'adulte à la loi et au stratège...

Comme Xénophon avant lui, Plutarque semblait considérer la pédérastie comme une pratique courante et ce, comme dans tout le reste du monde grec. 

Dans le cadre de cette éducation, l'éraste prenait soin de son élève, il lui enseignait toutes les vertus morales et physiques propices pour en faire un glorieux spartiate. Il représentait une sorte de parrain que le jeune homme se donnait pour objectif d'honorer et pour lequel il éprouvait une grande admiration. 

S'il le considérait comme son maître-éducateur et son père spirituel, une relation intime semblait être possible, du moins pouvait-il éprouver à son égard un grand sentiment d'amour. L'un ne marchait pas sans l'autre, c'est pourquoi, comme l'explique Bernard Legras, même si cela n'était pas systématique, certains formaient de véritables couples et nourrissaient une relation amoureuse. 

Une pratique finalement condamnée 

"Toutefois, cet idéal pédérastique, souligne Bernard Legras, est parfaitement accepté par les Grecs jusqu'à l'époque hellénistique, autour du IIe siècle où de nombreux papyrus grecs émettent de plus en plus de réserves et de critiques face à ce types de relations. De même, à l'époque romaine, on passe peu à peu à une condamnation morale de ce type de relation."

Aller plus loin 

🎧 REECOUTER - Episode 1 : l'éducation dans l'Antiquité. Série : L’éducation avant notre instruction publique - La Marche de l'histoire

📖 LIRE - Bernard Legras, Éducation et culture dans le monde grec (Armand Colin)

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