C’est la thèse défendue par Jean-Paul Demoule. Ce proto-historien relie notre enfermement récent à une tendance lourde de l’humanité. Il l’a expliqué à Ali Rebeihi dans l’émission "Grand bien vous fasse".

Le confinement suite logique de l'humanité
Le confinement suite logique de l'humanité © Getty / Malte Mueller

Jean-Paul Demoule, en tant que proto-historien (qui étudie la période avant l’Histoire, celle-ci débutant avec l’invention de l’écriture, il y a 5000 ans) examine des périodes longues et très anciennes. À partir de ses observations, il affirme que la claustration est un mouvement débuté il y a très longtemps.

L’histoire de l’humanité pourrait se résumer à un confinement progressif, malgré les apparences de la mondialisation

Jean-Paul Demoule : "Ce mouvement d’enfermement a débuté il y a 300 000 ans. L'humanité était alors nomade, il a fallu attendre -10 000 ans avant J.C. pour qu'elle se sédentarise. 

À partir de ce moment, l'être humain va commencer à s’enfermer dans « des boîtes », des maisons entourées de champs et de pâturage. Le peuplement de la Terre passe d'un à deux millions d’habitants à sept milliards en 2020. Et ces hommes vont de moins en moins bouger car la nourriture arrive en ville (on le voit grâce aux fouilles de Pompéi). Et aujourd’hui, on peut même être livré à domicile."

Cette concentration humaine a toujours favorisé les épidémies

JPD : "Il y avait déjà des maladies chez les chasseurs-cueilleurs, mais comme ils vivaient en petits groupes, cela avait peu de conséquences. 

Après la sédentarisation et l’apparition de l’agriculture, sont apparues la brucellose du mouton, la peste, la tuberculose, et des maladie liées à une mauvaise hygiène en collectivité, aux déchets… 

Le regroupement des populations favorisait des maladies, jusqu’à aujourd’hui avec la résistance aux antibiotiques et les maladies auto-immunes."

L’agriculture : mère de tous les vices ? 

JPD : "L’agriculture va allonger la durée de vie des chasseurs-cueilleurs, mais elle sera à l’origine d’une société plus inégalitaire et violente. 

Les agriculteurs vivent en moins bonne santé. On le sait grâce à l'étude de squelettes. L'agriculture implique une alimentation plus monotone, moins variée, plus de céréales, plus de sucre. La chasse et la pêche demandent trois à quatre heures par jour d'exercice alors que les travaux agricoles exigent des gestes souvent répétitifs toute la journée…

Et aujourd'hui, on trouve des individus en surpoids. Une obésité qui pose des problèmes sanitaires, en partie compensés par les progrès de la médecine."

Les conséquences de l'accroissement démographique 

JPD : "Les agricultrices sédentaires vont avoir plus d'enfants, jusqu'à un par an. Ce qui va conduire à une véritable explosion démographique. L'humanité va se trouver à devoir nourrir plus de monde sur une planète finie. D'où la nécessité de l'invention d'outils.

Mais cet accroissement démographique va entraîner des tensions entre communautés. D'où les guerres, les fortifications des villages, le perfectionnement des armes, les massacres, et une véritable course aux armements, jusqu'à la bombe atomique. 

L'accroissement de la population est à l'origine de la montée des inégalités : des individus commencent à prendre le contrôle des sociétés. On le constate dans l'étude des tombes : certains s'enterrent avec des richesses, des parures... Cette montée des inégalités se poursuit et aujourd'hui 1% de la population possède autant que les 50% les plus pauvres."

Le confinement n'est pas un accident

JPD : "Cet enfermement s’inscrit dans une logique ancienne. On travaille de plus en plus assis face à un ordinateur. Or, on assiste depuis longtemps à une immobilisation de l’humanité. Et ce, malgré la circulation autour de la planète qui concerne surtout des touristes fortunés, qui voyageront de moins en moins car on devra bientôt limiter l'accès aux sites touristiques pour les préserver."

🎧 ECOUTER | Grand bien vous Fasse avec L'ITW de Jean-Pierre Demoule

📖 LIRE : Jean-Paul Demoule a publié Préhistoire du confinement (éd. Gallimard, téléchargeable en ligne dans la collection «Tracts de crise») 

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