Au delà de la démission de Pascal Pavageau, on comprend rapidement qu'il n'est pas facile de situer Force ouvrière idéologiquement. C'est sans doute son histoire qui explique que l'on passe de dirigeants en doctrines, à des variétés de sensibilités aussi larges. Explications avec l'historien Michel Pigenet.

« Deux anciens dirigeants de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly à gauche et Marc Blondel à droite, désigné comme proche de Macron pour l'un, et proche des trotskistes pour l'autre... »
« Deux anciens dirigeants de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly à gauche et Marc Blondel à droite, désigné comme proche de Macron pour l'un, et proche des trotskistes pour l'autre... » © AFP / MEHDI FEDOUACH

Michel Pigenet est professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne et chercheur au Centre d'histoire sociale du XXe siècle. Il est co-auteur du livre Histoire des mouvements sociaux en France de 1814 à nos jours à la Découverte.

France Inter : Comment expliquer cette variété de sensibilités idéologiques au sein de Force Ouvrière, un syndicat vieux de 70 ans ?

Michel Pigenet : Le ciment de cette diversité idéologique, c'est l'anti-communisme. Au sortir de la guerre, le Parti communiste, premier parti de France, et la CGT, se rapprochent. Les dirigeants de la CGT perdent la direction du syndicat. On assiste alors à un noyautage du syndicat. 

Pour une partie des dirigeants de la CGT, il y a un attachement à l'ancienne CGT, plutôt réformiste, ils sont favorables à la négociation. 

Ils quittent donc la CGT et lancent la mouvement syndical CGT Force Ouvrière, du nom de leur journal Résistance Ouvrière devenu Force ouvrière après la libération. 

F.I.  : Et c'est au moment du départ de ces opposants à la main mise du Parti communiste et donc de la fondation de FO que se font les mélanges idéologiques ?

M.P. : Ces "anciens" de la CGT sont aidés par des mouvements et des courants politiques très différents. Il y a la SFIO (les "ancêtres des socialistes") , c'est leur base politique. Le syndicalistes révolutionnaires, des libertaires, des trotskistes et des Gaullistes. 

C'est dans les années 50 que la droite est présente au sein de F.O qui devient le fer de lance contre la CGT. C'est aussi dans ces années, de guerre froide que des liens se tissent entre F.O et une certaine pari du patronat. En 58 et ensuite au cours de la guerre d'Algérie, certains dirigeants de F.O. sont proches de l'extrême droite et des pro Algérie Française.

F.I. : On a aussi beaucoup reproché à FO son manque d'homogénéité en fonction des branches ? 

M.P. : FO a toujours cultivé le fédéralisme : chacun est libre chez soi. Au risque parfois de voir dans ses rangs un syndicalisme "jaune". Les positionnements et les stratégies peuvent aussi changer en fonction des lieux géographiques. Pendant la Guerre froide, le département d'Etat américain par le biais de certains syndicats ont fourni de l'argent et du conseil à FO. Ils ont même aidé à recruter des hommes de mains pour se battre aux côtés de FO contre les autres syndicalistes sur le port de Marseille. 

FI : Y a -t-il aujourd'hui une crise identitaire au sein de FO ?

Quand le ciment anti-communiste s'est effrité, FO s'est retrouvé concurrencé par la CFDT comme syndicat de compromis et  a effectivement connu une crise d'identité. Comme par ailleurs, les branches ont toujours fonctionné en autonomie, celle de la Métallurgie est très vite partie à l'assaut de la nouvelle direction. 

Les dirigeants de FO ont toujours estimé que cette diversité idéologique était un gage d'indépendance quand d'autres y voient une absence de cohérence stratégique et politique. 

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