Autrement dit, est-ce que le roi de France était présent lui-même sur le terrain les jours de bataille ? C'est la question posée par Soufiane, 14 ans aux "P'tits bateaux", l'émission présentée par Noëlle Bréham qui répond aux questions des enfants.

François 1er à Marignan : une miniature française extraite des 'Discours de Cicéron', manuscrit du XVième siècle, par Étienne Leblanc,
François 1er à Marignan : une miniature française extraite des 'Discours de Cicéron', manuscrit du XVième siècle, par Étienne Leblanc, © Getty / API

La réponse de Didier Le Fur, historien

Oui, le Roi François Ier s’est battu à Marignan. La question est bonne parce que justement, c'est l'exception. 

Longtemps, les rois de France ont accompagné leurs armées et ont parfois participé à des batailles. Mais à partir de la défaite de Poitiers de Jean II (1356) pendant la Guerre de Cent Ans, on a évité après d'exposer les rois de France. Le Roi avait été fait prisonnier, puis otage pendant des années en Angleterre, laissant le royaume à des enfants et une très chère rançon à payer. 

1495 La bataille de Fornoue : et si le roi sur le terrain c'était une bonne idée ?

A la fin du XIVe et début du XVIe siècle, les rois de France ont la prétention de conquérir de nouveaux territoires, notamment en Italie. 

Charles VIII se rend à Naples en personne pour montrer toute la puissance de son armée et sa volonté de conquérir son territoire. Tout se passe bien à l'aller, mais au retour, on essaye de le coincer pour l'empêcher de rentrer chez lui ou en tout cas, lui faire abandonner son projet de conquête. 

Il est forcé d'y assister à la bataille de Fornoue (ou Fornove en italien). Et c'est une victoire. Et là, ça va donner des idées. On va se dire que finalement un roi de France présent sur une bataille, c’est mieux organisé. C'est aussi une discipline qui est mieux respectée. C'est une plus grande efficacité. Et en face, chez l’ennemi, on a aussi, peut être inconsciemment, une peur plus grande de perdre ou de gagner. 

Son successeur Louis XII, lui, ne va pas participer aux conquêtes de Milan ou Naples, mais il va quand même être présent en personne : lors de la reconquête de Gênes (1499) et de la bataille contre les Vénitiens (1509-1510). Et ce sont à chaque fois des victoires. 

En 1515, quand François 1er reprend le pouvoir, il reprend aussi l'idée de reconquérir des terres en Italie. Fort de ces deux exemples, il se dit : « J'ai 20 ans, je n'ai jamais participé à une bataille, je n'ai jamais fait la guerre. A chaque fois qu'un roi de France a participé à une bataille, ces derniers temps, il a été vainqueur. Donc, j’y vais. » et il a été vainqueur.

Après Marignan : l'excès de confiance ?

Ce qu'on oublie peut-être est que les Vénitiens ont largement aidé à cette victoire qui a été un véritable carnage. 

Marignan, c’est près de 15.000 morts en une vingtaine d'heures sur 50.000 combattants. C'est une véritable boucherie. Sauf que c'est une victoire aussi, et qu'elle participe à redorer le blason du roi de France, chef de guerre qui désormais assoit son autorité par rapport à sa noblesse. 

Cette confiance lui jouera des tours puisque 10 ans plus tard, il va penser pouvoir récidiver l'exploit à Pavie, en 1525. Et là, c'est un désastre. Au-delà du fait que la bataille soit perdue, le roi est fait prisonnier. Et après 1525 plus aucun roi de France n'a participé à une bataille.

Didier Le Fur, est docteur en histoire, et essayiste, il a écrit un François 1er édité chez Perrin.

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