Les chiens vivent aux côtés des hommes depuis plus de 15 000 ans : c'est l'espèce domestiquée la plus ancienne, bien avant les bovins, les porcs… ou même les chats. Comment l'expliquer ?

Jeune fille et son chien
Jeune fille et son chien © Getty / Jena Ardell

Jean-Denis Vigne est archéozoologue au Muséum National d’Histoire Naturelle (“archéozoologue”, c’est-à-dire qu’il étudie les relations entre l’Homme et les animaux à travers l’Histoire). Il était invité au micro de Daniel Fiévet dans La Tête au carré pour évoquer celui qui est sans doute le plus ancien compagnon de l'Homme : le chien. 

Le chien descend du loup

Les chercheurs s'interrogeaient depuis longtemps sur l'ancêtre du chien : était-ce le loup ? ou bien le coyote ? ou, peut-être, le chacal ? Une étude montre que c'est le loup qui est l'espèce la plus proche du chien : la distance génétique entre le chien et le loup est de seulement 0,2 % (alors qu’entre ce dernier et le coyote, elle est de 4 %). 

Le chien descend du loup, certes, mais cela ne veut pas dire qu'il descend de n’importe quel loup. Ces derniers constituent une espèce diversifiée avec des populations de tous genres qui s'étendent dans tout l'hémisphère nord, en particulier l'Eurasie. “Certaines populations ont contribué au chien ; d'autres non” souligne Jean-Denis Vigne.

Et, en vivant aux côtés des hommes, les loups ont changé leurs comportements : ils ont appris à ne plus attaquer les troupeaux (mais plutôt les garder, éventuellement), ne plus chasser l'homme mais plutôt chasser avec lui… Autre trait distinctif : l’aboiement. "L'aboiement est le propre du chien ; le loup n'aboie pas” souligne Jean-Denis Vigne. “C'est un langage que le chien a développé dans sa vie en familiarité avec l'homme”. 

Et réciproquement : nous avons appris à interpréter les postures et les regards des chiens pour communiquer...

Comment le chien a-t-il été domestiqué ?

Le loup et l'Homme partagent les mêmes territoires depuis plusieurs centaines de milliers d'années et entrent en compétition pour les mêmes proies : ce sont des chasseurs de taille moyenne qui s'attaquent à des proies de taille moyenne, qui ont une organisation sociale importante, qui ont un langage interne spécifique important et qui en outre développent des cultures (les loups, comme beaucoup d'autres animaux, n’ont pas les mêmes codes et comportements dans une meute d'Espagne que dans une meute d'Europe centrale - comme pour les hommes). 

Ces multiples points communs ont pu rapprocher les deux espèces. Ce qui ne veut pas dire, immédiatement, "domestiquer", car comme le rappelle le chercheur : "On peut communiquer depuis très longtemps sans pour autant domestiquer". Ce partage de territoire a pu faire entrer les deux espèces en concurrence. Ils peuvent aussi faire rentrer les deux espèces en synergie. Jean-Denis Vigne expose plusieurs hypothèses : 

  • Sans idée préconçue, les hommes ont pu laisser un peu de viande sur la carcasse d’une proie ; les loups seraient venus en profiter ensuite (ou l'inverse : les hommes ont pu être occasionnellement les charognards derrière les loups, on ne sait pas). 
  • Autre scénario : la chasse en meute des loups a pu être détournée par quelques petits malins qui ont tiré sur le gibier là où les loups les conduisaient...
  • Le commencialisme. Dans cette hypothèse, les loups se sont rapprochés des campements humains pour profiter des déchets de l'homme, que ce soit après son départ ou même quand il est là... et des interactions ont pu se produire à  ce moment-là. 

Aller plus loin

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