En France, les animaux de compagnie jouissent d’une très grande popularité. Près d'un foyer sur deux en possède au moins un. S'ils sont aujourd'hui considérés comme un membre à part entière de la famille, cette relation avec les animaux domestiques a évolué dans l'Histoire.

Savez-vous comment s'est construit le rapport entre les humains et les animaux dans l'histoire ?
Savez-vous comment s'est construit le rapport entre les humains et les animaux dans l'histoire ? © Getty / Nevena1987

La France est un des pays européens dans lequel il y a le plus d'animaux de compagnie avec lesquels on cultive un lien très particulier. Une relation qui s'est progressivement construite à travers l'Histoire et ce, depuis les origines gréco-romaines antiques. Les explications de l’historien Éric Baratay sont l'occasion de mieux comprendre la manière dont s'est tissée cette affinité entre animaux et humains dans l’Histoire et jusqu'à aujourd'hui. 

L'homme et l'animal déjà inséparables dans les représentations anciennes

L’évolution de la perception de l'animal a toujours été constitutive de l'Histoire humaine et ce depuis les premiers temps de l'existence. Comme l'explique très bien l’historien Éric Baratay, "c'est un phénomène très ancien qui date de l'Antiquité. L'animal a toujours joué un rôle de miroir : l'homme a toujours eu tendance à se penser à travers l'animal, du moins en comparaison, en termes d'analogie. Il suffit de relire Homère, le célèbre poète grec du VIIIe siècle av J.-C qui offre de nombreuses comparaisons de ce genre et qui ont nourri tout l'univers occidental jusqu'à nos jours".

De nombreux témoignages iconographiques attestent de l'importance des premières relations entre homme et animal dans le monde antique en Égypte, en Grèce et à Rome. 

À Rome, si le chien était déjà considéré humainement comme l'animal le plus fidèle, il n'avait que pour intérêt premier de seconder l'homme au quotidien dans le cadre des tâches les plus élémentaires de la vie (surveillance du bétail, chasse…). Les Romains accueillaient de manière circonstancielle des singes dans leur foyer, de même que des fauves, sans pour autant formaliser une quelconque domestication au sens moderne du terme. La cohabitation avec les animaux était tout à fait normale mais pas au point d'en faire un membre à part entière de la famille tel qu'aujourd'hui. 

Nombreuses sont les allusions qui circulent dans la littérature primitive signalant des attachements profonds entre l'homme et les animaux, et considérant ces derniers comme des partenaires de l’homme. Cette relation sera d'autant plus illustrée sur tous les supports de représentations que l’animal sert très tôt à stigmatiser l’amoralité de l’homme, ses passions mauvaises, ses vices, en usant d'un rapprochement physique avec l'animal, qui alimente déjà un certain anthropomorphisme, comme Aristote le signale très tôt dans ses Traités d'histoire naturelle. L'animal sert tout autant à rabaisser, à caricaturer, qu'à surévaluer l'homme au moyen de l'idéalisation de traits animaliers.

Aristote, dans son Histoire des Animaux, énumère déjà certains apparentements hommes/animaux : "Les uns sont doux, nonchalants, sans obstination, comme le bœuf, d’autres sont pleins d’ardeur, obstinés, stupides, comme le sanglier, d’autres sont prudents et timides, comme le cerf, le lièvre, d’autres sont vils et perfides, comme les serpents, d’autres sont nobles, braves et généreux, comme le lion [...] d’autres ont du cœur, sont capables d’attachement comme le chien [...] d’autres sont jaloux et orgueilleux, comme le paon [...]". Les caractéristiques que l'homme prête à l’animal sont un moyen très judicieux pour saisir celui de l’homme. L’humanisation de l’animal suggère, tel un miroir, une animalité profonde de l’homme et vice-versa. Il en sera de même dans les textes médiévaux, et les fables de l'époque moderne. "Le Roman de Renart, durant le Moyen-Âge, les fables de La Fontaine, souligne l'historien, montrent l'usage courant de la métaphore et de la personnification animale durant l'Histoire. Cela a figuré comme quelque chose d'extrêmement prégnant".

L'animal et l'humain se sont progressivement apprivoisés 

Pour qu'un animal puisse être en mesure de répondre à la représentation moderne du monde des humains, il fallait des humains et des animaux préparés à ce type de rapport. L'historien explique que nos rapports, bien que très anciens, ont énormément évolué au cours de l'Histoire et n'ont permis un apprivoisement que très tardivement. C'est quand l'humain est devenu moderne que l'animal l'est devenu aussi, grâce à lui : "Au XVIIIe siècle, par exemple, les gens de l'aristocratie pouvaient s'arracher les cheveux lorsqu'ils voyaient un chat pénétrer dans leur salon" explique Éric Baratay, "et les chats fuyaient les humains parce qu'ils savaient qu'ils avaient toutes les chances d'être chassés, massacrés, voire torturés par eux". 

Il n'y avait pas, à cette époque, d'interactions positives et de réconfort psychologique possibles des humains par les animaux.

Pour un tel échange, il fallait vraiment que les humains deviennent attentifs aux animaux, qu'ils aient envie de s'intéresser à eux et aient envie de dialoguer, d'interagir socialement avec eux. Ce n'est qu'à partir de ce moment-là que les animaux ont senti qu'ils pouvaient eux aussi être attentifs aux humains. C'est un long travail d'apprivoisement réciproque. 

L'historien poursuit : "Un chat ou un chien errant au XIXe siècle, ce qui est très fréquent pour l'époque, n'a pas forcément envie d'être proche des humains, et vice versa".  

Chaque époque dispose de sa propre construction culturelle entre animaux/hommes. L'affection réciproque suppose une évolution historique.

En guise d'exemple, Éric Baratay cite celui de la Première Guerre mondiale où "dans tous les camps, dans les tranchées, des humains se sont rapprochés de vaches, de chiens, de chats errants et d'oiseaux pour combler leur solitude et leur désarroi. C'est ainsi que les animaux ont joué un rôle très important de réconfort psychologique car il y avait déjà, au début du XXe siècle, un statut relativement favorable vis-à-vis de l'animal". 

Si aujourd'hui nos chiens et nos chats sont de plus en plus capables de comprendre le langage humain, notre époque n'a plus rien à voir avec celles, antérieures, où on ne parlait pratiquement jamais aux animaux. Les humains et les animaux ont appris à se ressembler autant qu'à se comprendre grâce à la construction d'une plus grande affinité mutuelle. On considère l'animal non plus comme une existence secondaire mais comme un sujet à part entière. Ils ont appris que leur présence à nos côtés nous apportaient du réconfort et vice versa. 

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Grand bien vous Fasse : Les animaux qui nous font du bien 

💡 LE SAVIEZ-VOUS ?  Le risque d'AVC est diminué de 40 % chez les propriétaires des chats et des chiens. Les risques de pathologie sont diminués du fait de la baisse de la pression artérielle (selon une étude américaine de l'Université du Minnesota).

📖 LIRE - Éric Baratay : Le point de vue animal : une autre version de l'Histoire (Éditions du Seuil) et Biographies animales, des vies retrouvées (Éditions du Seuil)