Du 28 février au 2 mars 1969, les "Halles centrales" partaient à douze kilomètres de Paris, à Rungis. Aujourd'hui, le marché de Rungis est le plus grand marché de produits frais au monde et approvisionne plus de 18 millions de personnes.

Photo prise le 03 mars 1969 au marché aux fleurs de Rungis.
Photo prise le 03 mars 1969 au marché aux fleurs de Rungis. © AFP

Après trois jours de déménagement, le marché international de Rungis ouvre dans la nuit du 2 au 3 mars 1969. Cet événement, historique, a demandé un effort logistique colossal : 20 000 personnes sollicitées, 2 000 camions pour effectuer le trajet, 1 000 entreprises de gros, 10 000 m3 de matériel et 5 000 tonnes de marchandises quittent Paris à cette période pour Rungis, à 12 kilomètres au sud de la capitale.

À l'époque, on parle d'une "opération quasi-militaire." Rungis, alors en compétition avec la commune de Valenton, a été sélectionnée par le gouvernement pour sa proximité avec les autoroutes, l'aéroport d'Orly et sa gare ferroviaire. Depuis, Rungis est devenu le premier marché européen de produits frais, approvisionnant 18 millions de consommateurs, et avec un chiffre d'affaires de plus de neuf milliards d'euros.

Les Halles centrales : "le ventre de Paris"

Avant Rungis, les denrées alimentaires étaient acheminées dans les historiques "Halles centrales" édifiées par Baltard, près de l'église Sainte-Eustache dans le 1er arrondissement. Ce marché, présenté par l'écrivain Emile Zola comme "le ventre de Paris", centralise les légumes, les fruits, les viandes et les poissons pour approvisionner les restaurateurs et les Parisiens. Chaque jour, dans les dix pavillons, étendus sur plus de trente hectares (contre 234 à Rungis), on voit circuler des "diables", ces chariots transportant tomates, pommes et oranges d'une allée à l'autre.

Problème, à l'époque, Paris devient une capitale européenne. La population augmente, et le marché des Halles centrales devient trop exigu. Sans compter la circulation qui devient impossible le soir, après 22 h. Les pouvoirs publics, en la personne du Premier ministre Michel Debré sous la présidence de Charles de Gaulle, valident le transfert par décret le 6 janvier 1959. Les travaux du marché d'intérêt national de Rungis vont durer dix ans.

28 février 1969 : l'au revoir des Parisiens

Le 28 févier 1969, les Parisiens se rassemblent pour le dernier jour d'ouverture des Halles,. "Des gerbes de fleurs ont été jetées par brassées entières sur le carreau des Halles, devant le pavillon numéro sept des fleurs coupées. Un parterre d'azalées, de roses et de tulipes au chevet de l'église Saint-Eustache, toute illuminée pour la circonstance. Sans doute un dernier hommage des fleuristes, les premiers à déménager vers Rungis. Sur le parvis de l'église, une fanfare joue des marches militaires, des 'succès yé-yé', des chansons d'Aristide Bruant. Beaucoup dansent ou font des farandoles autour des pyramides de cageots de légumes, sans dissiper la lourde atmosphère de mélancolie", rapporte alors l'Agence France Presse dans une dépêche publiée dans la nuit du 28 au 29 février 1969.

Certains habitants du quartier, interrogés par les journalistes, font part de leur tristesse lors de ce déplacement, selon l'AFP :  "Le 'ventre de Paris' était pour lui le vrai cœur de la ville, toujours actif, palpitant, parfois égrillard au voisinage des prostituées de la rue Saint-Denis. Toutes les transactions se réglaient en liquide, souvent autour d'un verre de Beaujolais et d'un bon petit plat."

Les Halles centrales de Paris seront détruites en 1971 malgré les pétitions circulant pour préserver le monument fait de fonte, de fer, de briques et de verre, conçu par l'architecte Victor Baltard au cours du 19e siècle. À cet emplacement, on trouve aujourd'hui le Forum des Halles, constitué d'un grand centre commercial et d'une grande gare souterraine.

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