Ce dimanche est la journée mondiale du souvenir des victimes de la déportation. Parmi les 42.000 résistants envoyés dans des camps pendant la guerre, Jacqueline Fleury a survécu.

Jacqueline Fleury est aujourd'hui présidente d'une fédération d'anciens déportés
Jacqueline Fleury est aujourd'hui présidente d'une fédération d'anciens déportés © Maxppp / HAMILTON / POOL

Chaque année, le monde entier honore, le dernier dimanche d'avril, la mémoire des millions de déportés de la deuxième guerre mondiale. Au mémorial de la Shoah à Paris, sous l'Arc de Triomphe et un peu partout en France, des commémorations sont prévues en mémoire des 75.000 Français déportés pour des raisons raciales et 42.000 pour des raisons de résistance.

Tortures et maladies

Parmi les survivants, figure Jacqueline Fleury, déportée avec notamment Geneviève de Gaulle et Germaine Tillion. Pendant la guerre, elle distribue des journaux clandestins et participe à un réseau de renseignement. A 17 ans, elle est arrêtée par la Gestapo, et envoyée en train, le 15 août 1944, vers le camp de concentration des femmes de Ravensbrück, près de la mer baltique.

"Nous sommes à peu près une centaine. On nous donne un grand seau avec de l'eau et un autre seau pour nos besoins. Nous sommes pour la plupart passées dans les mains de la Gestapo, et nous sommes encore très marquées par les sévices que nous avons subis", raconte-t-elle, se souvenant que "celle qui a peut-être été la plus marquée est une de mes camarades qui a été écartelée".

"Notre voyage a duré sept jours et sept nuits"

Jacqueline Fleury passe un mois et demi à Ravensbrück, puis un peu plus de sept mois dans trois camps de travail différents. Aujourd'hui nonagénaire, elle raconte une période infernale : "La vie au camp, c'est d'abord le réveil à quatre heures et demi du matin, autant qu'on ait pu dormir", se souvient-elle. "Très vite nous allons toutes être malades d'une maladie très avilissante qui s'appelle la dysenterie", une maladie du côlon très répandue dans les camps de concentration.

"Nous n'avions pas grand chose dans le ventre, car la nourriture était faite de soupes très liquides, qui ne suffisaient pas au travail épuisant qu'on nous faisait faire", explique Jacqueline Fleury. Elle est libérée le 9 mai 1945, et rapatriée trois semaines plus tard. Aujourd'hui, elle prend soin des survivantes des camps au sein de la Fédération nationale des déportés et internés de la Résistance, et contribue à entretenir la mémoire des défuntes. En France, 600 rescapés de la déportations sont encore en vie.

"Aucune pitié"

Le colonel Jean Thomas a lui aussi été arrêté par la Gestapo en 1943. Direction le camp d'Oranienbourg, au nord de Berlin. "Les SS à la tête des camps de concentration ne nous faisaient aucune pitié", raconte-t-il. "Ceux qui tentaient de s'évader étaient pendus, et ceux qui étaient accusés de sabotage recevaient 25 coups de schlague", décrit-il. "Quelques jours avant l'arrivée des troupes soviétiques à Berlin, ils ont encore pendu des gens".

"C'est une race de gens formés à tuer".

Jusqu'au bout de l'enfer, Jean Thomas est confronté à la violence et à la mort : à partir d'avril 1945 il est contraint de suivre les Allemands dans leur déroute. Il effectue 300km de marche, avec un souvenir qui restera à jamais gravé dans sa mémoire : "Je me souviens d'un garçon qui pour moi représente le pur héros de la résistance. Il n'a jamais voulu travailler pour les SS, il s'est ouvert les deux tibias", raconte-t-il.

"J'étais à côté de lui alors qu'il ne pouvait pas marcher. Au bout de quelque kilomètres, le SS nous a fait signe, à moi et au camarade qui l'aidait aussi à marcher, de partir. Et nous avons entendu la détonation", se rappelle-t-il. "Ceux qui ne pouvaient pas suivre ont été exécutés". A 94 ans aujourd'hui, Jean Thomas ne passe pas un jour sans repenser à ses camarades morts en détention.

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