Plusieurs navires d'exploration français mythiques ont porté le nom de “L’Astrolabe” à des époques différentes. Tous ont eu pour mission l'exploration scientifique en Antarctique. Au micro de Daniel Fiévet sur les ondes de France Inter, Stéphane Dugast revient sur leur histoire…

Gravure de L'Astrolabe (premier du nom), en plein naufrage
Gravure de L'Astrolabe (premier du nom), en plein naufrage © Getty / Keystone-France

1785 - Le premier Astrolabe : la frégate du comte de la Pérouse

L'aventure de L'Astrolabe commence au siècle des Lumières… C'est l'époque des grandes explorations scientifiques à travers le monde, notamment celles du capitaine James Cook avec l'HMB Endeavour. Suivant cet exemple, Louis XVI missionne en 1785 Jean François de Galaup, dit comte de La Pérouse, avec les deux frégates La Boussole et L'Astrolabe pour la première grande expédition française à but uniquement scientifique. 

Les deux navires disparaissent en 1788 dans le Pacifique. L’anecdote raconte que Louis XVI, sur l'échafaud, aurait demandé : « Avons-nous des nouvelles de La Pérouse ? »

En 1826, un capitaine irlandais, Peter Dillon, résout le mystère des deux frégates : il retrouve des objets appartenant aux épaves de l'expédition La Pérouse aux îles Salomon et grâce à lui, on sait que le naufrage a eu lieu au large de Vanikoro. Il reste un autre mystère encore aujourd'hui : que sont devenus les naufragés ?...

L'Astrolabe, deuxième du nom, commandé cette fois par Dumont d'Urville, échoué sur les glaces de l'Antarctique
L'Astrolabe, deuxième du nom, commandé cette fois par Dumont d'Urville, échoué sur les glaces de l'Antarctique © Getty / Getty Universal History Archive UIG

1840 - L'Astrolabe 2e : la corvette de Jules Dumont D'Urville

L'explorateur Jules Dumont D'Urville a déjà participé à de nombreuses expéditions scientifiques (parmi lesquelles, entre autres choses, il a découvert la Vénus de Milo sur une île grecque) lorsqu'en 1826, il reçoit le commandement de deux corvettes, La Zélée et La Coquille (qu'il va renommer L'Astrolabe). L'une de leurs missions est de retrouver le lieu du naufrage de La Pérouse.

En 1837, Dumont d'Urville repart en expédition pour les terres australes et l'Antarctique. Il débarque sur le continent glacé en 1840 et prend possession d'une portion du territoire en y plantant le drapeau français : cette terre portera désormais le nom de Terre-Adélie, d'après le prénom de sa femme Adèle. 

Suite à cet exploit, Dumont d'Urville est nommé contre-amiral et reçoit la grande médaille d'or de la Société de Géographie. Il meurt deux ans plus tard.

L'Astrolabe, troisième du nom... Il est l'unique navire effectuant la liaison entre la base scientifique française de Dumont d'Urville en Terre Adélie et Hobart en Tasmanie
L'Astrolabe, troisième du nom... Il est l'unique navire effectuant la liaison entre la base scientifique française de Dumont d'Urville en Terre Adélie et Hobart en Tasmanie © Getty / Vincent LECOMTE

1988 - L'Astrolabe 3e : le brise-glace de l'Institut Paul Emile Victor

Après la Seconde Guerre Mondiale, l'Antarctique est de nouveau une terre à conquérir. Stéphane Dugast explique le contexte : "On sort d'une guerre qui a traumatisée bon nombre de français et on a surtout besoin de reconquérir des territoires. Pour les pôles, ça va être Paul Emile Victor et cette Terre-Adélie découverte par Jules Dumont d'Urville en 1840. Depuis un siècle, les Français n'y ont pas fait grand chose. Là, c'est l'occasion de la reconquérir à des fins scientifiques - mais aussi à des fins de souveraineté pour montrer le pavillon tricolore."

En 1988, L'Astrolabe est affrété par l'administration des TAAF et par l'Institut polaire français - Paul Émile Victor pour ravitailler la base scientifique de Terre-Adélie. Il reliait Hobart, en Tasmanie et l'Antarctique, traversant les 40e rugissants et les 50e hurlants sur des mers redoutées loin de tout secours possible pour ravitailler les bases scientifiques Dumont D'Urville et Concordia... Ses trente années d'épopée polaires sont relatées dans L'Astrolabe, le passeur de l'Antarctique, écrit par Daphné Buiron et Stéphane Dugast :

Pendant 30 ans, ce bateau a participé à l'une des dernières grandes aventures de notre époque : l'exploration du continent blanc.

En 2017, le brise-glace a pris sa retraite ; il est devenu navire-hôpital en Papouasie Nouvelle Guinée sous le nom YWAM Liberty

Le nouvel "Astrolabe" en juillet 2017
Le nouvel "Astrolabe" en juillet 2017 © AFP / Jean-François Monier

2017 - L'Astrolabe, 4e du nom...

Et en 2017, L'Astrolabe a laissé la place à... L'Astrolabe, encore une fois. C'est cette fois-ci un patrouilleur et navire logistique polaire. Il a la particularité d'être doté d'une équipe de la marine nationale et du personnel de l'Institut polaire. Ce navire a aujourd'hui deux missions :

  • ravitailler la base DDU, comme son prédécesseur
  • mais aussi : surveiller les zones économiques exclusives des Terres australes et antarctique françaises (Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam).

Aller plus loin

ECOUTER | Tout l'été, Daniel Fiévet nous emmène en voyage dans Le Temps d'un bivouac... Deux émissions par jour pendant la semaine, de 16h à 18h, consacrées aux explorateurs, aux découvertes ici et ailleurs, au bruissements du monde... Une très beau rendez-vous radiophonique, à podcaster sur iTunes ici ou via RSS là.

LIRE | Pour en savoir plus sur les missions de L'Astrolabe aujourd'hui

LIRE | L'Astrolabe : Le passeur de l'Antarctique de Stéphane Dugast et Daphné Buiron (2017, éditions du Chêne)

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