L'historienne Arlette Farge était l'invitée de "Boomerang". Au micro d'Augustin Trapenard, pour sa carte blanche, elle a choisi de réciter un texte inédit au travers duquel elle partage son sentiment personnel quant au métier d'historienne aujourd'hui.

L'Histoire avec un grand "h", c'est aussi l'histoire de l'Amour...
L'Histoire avec un grand "h", c'est aussi l'histoire de l'Amour... © Getty / CaseyHillPhoto

Arlette Farge figure parmi les grands historiens, spécialiste du XVIIIe siècle et plus particulièrement des comportements populaires, que cela soit au sein de la famille ou dans la sphère privée. Elle a aussi analysé les différentes sensibilités qui ont fait l'opinion publique au gré des âges. Elle est aussi historienne des relations hommes/femmes. Sur le plateau de Boomerang, elle est venue partager dans sa carte blanche cette passion qui a toujours régné en elle : l’écriture de l’histoire

Le texte inédit de l'historienne Arlette Farge

2 min

Boomerang - La Carte blanche d'Arlette Farge

Par Arlette Farge

"Être historienne ne peut exister si l'on n'est pas passionné par le présent. Celui qui fuit si rapidement sous nos yeux avant de devenir le futur. 

Aussi est-il nécessaire de porter sur l'histoire un regard qui renseigne sur une certaine vision du monde. 

Pour ma part, être chercheuse en histoire, cela veut dire rendre visible l'invisible, le nom su, les faibles intensité, ce qui ne se perçoit pas immédiatement et ne fait pas partie de ce qu'on appelle les grands événements 

Aussi ai-je tellement aimé travailler sur les frêles instants de vie pour transmettre au mieux ce que furent les sensibilités et les émotions vécues autrefois. 

Rien de ce qui semble furtif n'est négligeable car il révèle ce souffle de l'air qui entourait ceux qui nous ont précédés et qui nous effleurent encore

… Comme le disait Walter Benjamin, que j'aime tant.

Notre monde a été habité par tant d'être à nous, invisibles, esseulés dans la pauvreté, la misère ou au cours de guerres et de vagues migratoires intenses qu'il faut que l'histoire les rende comme autant de sujets actifs, sensibles et pensants. 

Alors, il y a deux thèmes qui me retiennent essentiellement : le chant heurté, saccadé des émotions personnalisées politiques qui fabriquent l'histoire jour après jour ; les sursauts des êtres humains et des collectivités, poussés par la joie, par l'euphorie ou par la lassitude et l'indignation. Leurs à-coups donnent le tempo de notre présent si chaotique. 

Et puis, pour mieux comprendre la stabilité et l'instabilité du monde me vient à l'esprit de réfléchir aux relations entre les hommes et les femmes, au passé comme au présent, à l'amour en somme. 

L'amour oui, cette plaine accidentée. S'il frissonne aux premiers printemps, il ondule l'été, c'est la fête et le feu. L'amour vient, s'enfuit. Il a ses mots, ses chagrins, ses extases. Éros et Thanatos s'y livrent un bien étrange combat. 

Sous ses apparences de charme et d'aurores, à chaque jour revenu, il fait peur à beaucoup et à chacun, aux religions et aux sociétés. On ne se promène pas indûment sur les rives de l'amour, et cela depuis toujours. 

Aimer l'histoire, c'est aimer le monde, aimer l'autre

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