Le réservoir de Montsouris, construit entre 1869 et 1875, est l'un des cinq principaux réservoirs d'eau de la ville de Paris approvisionnant 20 % des Parisiens. Oubliez votre maillot de bain car cette eau d'un bleu lagon est interdite à la baignade (ou presque) !

Vue intérieure du compartiment inférieur du réservoir de Montsouris.
Vue intérieure du compartiment inférieur du réservoir de Montsouris. © © François Grunberg – Mairie de Paris

En 1998, le comédien Philippe Avron avait écrit et joué un spectacle baptisé "Je suis un saumon !" L'auteur dépeignait un voyage fantastique et fabuleux entre l'Allier et le Groenland de six saumons sauvages. À mon tour de vous raconter une histoire de salmonidés et d'une cathédrale !

Je vous dois quelques explications plus qu'anecdotiques : dès sa construction, les gardiens du temple de l'eau des réservoirs, dissimulés en parti sous le parc Montsouris à Paris, n'étaient autres que des truites. En effet, les ingénieurs avaient aménagé, au-dessus des réservoirs, plusieurs aquariums où nageait ce sympathique et néanmoins goûteux poisson, leur état de santé et vivacité étaient jusqu'en 1995 les indicateurs de la qualité de l'eau et ce avant que les normes en matière de pourcentage de chlore viennent sonner le glas du "truitomètre" car la salmo trutta, plus communément appelée truite de rivière, ne survivait pas à la hausse du taux imposé par la nouvelle législation.

Les réservoirs sous le parc Montsouris

Cette imposante construction se joue du visible et de l'invisible et faisait, en cette fin du XIXe siècle, partie d'un ensemble de nouveaux dispositifs qui avait pour but d'améliorer progressivement l'alimentation en eau des Parisiens

La part visible de l'édifice, baptisée le lanternon, remarquable de la rue de la Tombe Issoire, accueille fièrement les rares privilégiés qui ont droit à une visite. Avec son style typique du Second Empire, il vous toise de haut, vous lorgne tout en carreaux de faïence colorée et en transparence de verre comme un jardin d'hiver planté de ses deux "tulipes" (dénomination commune des canalisations verticales d’où l’eau jaillit). À son plafond, une mosaïque représente les armes de la ville de Paris : son blason arbore un navire, symbole de la puissante corporation des Nautes (Marchands de l'eau) rehaussé de sa devise _"Fluctuat nec mergitur" ("_battu par les flots, mais ne sombre pas").

Concernant l'invisible, les passants ne peuvent se douter qu'à quelques mètres sous leurs pieds, enchâssé dans une cathédrale "moderne", miroite l'eau bleutée d'un lagon artificiel.

Vue extérieure du lanternon principal d’arrivée des eaux du réservoir de Montsouris
Vue extérieure du lanternon principal d’arrivée des eaux du réservoir de Montsouris / © Pascal Lemaître

Le baron Haussmann et les eaux de Paris

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, l'eau de Paris provenait essentiellement du canal de l'Ourq et de la Seine, ce qui valut ce bon mot de Marivaux avant la révolution française : 

Les Parisiens vident leurs pots de chambre dans leurs carafes à eau. 

Plus tardivement et fort de ce désastreux constat, Napoléon III nomme un nouveau préfet, Georges Eugène Haussmann, communément appelé le baron Haussmann, et lui confie la mission de pourvoir Paris en eau de qualité et en quantité supplémentaire car chaque Parisien disposait de seulement 20 litres d'eau par jour.

Eugène Belgrand, polytechnicien élu en 1871 et membre libre de l'Académie des sciences, est choisi par le préfet Haussmann pour réaliser ces grand travaux et c'est à lui que l‘on doit les égouts de Paris, les Réservoirs de Passy, l'aqueduc de la Vanne et de la Dhuis, ainsi que le réservoir de Montsouris comme vous l'explique Guillaume Picon, auteur d'un livre aux Editions du Patrimoine qui s’intitule Les patrimoines de l'eau.

2 min

Guillaume Picon vous présente l'ingénieur Eugène Belgrand

Par Franck Olivar
Marie François Eugène Belgrand
Marie François Eugène Belgrand / (c) Société de Géographie/BnF Cartes et Plans

Œuvrant dans l'ombre, Eugène Belgrand répondait aux ambitions impériales d'un baron Haussmann fasciné par les constructions romaines, notamment ses aqueducs, et en particulier celui dit de Lutèce, dont il longera le tracé pour bâtir l'aqueduc de la Vannes.

"Le réservoir de la Vanne a été creusé et construit dans la couche supérieure du plateau de Montsouris. Rien au dehors n’annonce ce chef-d’œuvre immense, unique en son genre. Les voûtes qui le surmontent sont recouvertes de terre gazonnée, qui ne trahit nullement le trésor liquide qu’elle dérobe aux yeux. Pour examiner les réservoirs, il faut descendre quelques marches, on est alors au niveau du réservoir supérieur. En regardant par-dessus une muraille, on aperçoit une immense nappe d’eau claire, calme et limpide, qui s’étend dans l’ombre à l’infini." 

- Louis Figuier extrait de  L’Année scientifique et industrielle :  Le réservoir de la Vanne, à Montsouris vol. 20 (1876), Hachette, Paris. 

Débutez, avec votre guide Guillaume Picon, la découverte du site des réservoirs d'eau de Montsouris

Une visite qui débute en surface...

3 min

Retrouvez Guillaume Picon devant la porte du lanternon

Par Franck Olivar

Descendez les quelques marches du lanternon en compagnie de Guillaume Picon afin de pénétrer dans la cathédrale d'eau et c'est après avoir poussé la lourde porte de fer qui donne accès au lieu que vous débouchez devant le "truitomètre"...

4 min

Pénétrez avec Guillaume Picon dans la cathédrale d'eau

Par Franck Olivar

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