C'est la fameuse route des vacances : impériale, royale puis nationale, "la Route bleue" est un grand témoin de l'histoire. Elle a traversé les événements et incarne aujourd'hui un haut lieu symbolique pour l'automobile. Depuis Porte d'Italie jusqu'à Menton, elle s'étend sur 1000 km. En route pour l'échappée belle !

Borne kilométrique le long de la Route Nationale 7
Borne kilométrique le long de la Route Nationale 7 © Getty / Arterra / Contributeur

Au micro de Daniel Fiévet, dans Le Temps d'un Bivouac, l'historien et grand amateur de voitures anciennes, Thierry Dubois, explique combien cette route est particulière :

Sur la nationale 7, on lit toute l'histoire de France : 2000 ans d'histoire et 30 ans de légende de Paris jusqu'au sud

Il ajoute : "le tracé de cette route emprunte des tronçons bien plus anciens : depuis les Romains en remontant la future nationale. Tous les villages ont été traversés par les rois de France à un moment ou à un autre. Il n'y a pas un événement qui n'a pas impacté la RN7. 

Cela fait 25 ans que je la parcours et je trouve des choses nouvelles tout le temps [...] c'est 1000 km avec du patrimoine partout ! 

De la route romaine à la route nationale 7 : une route historique... 

En effet, les premiers fondements de la RN7 datent de l'époque romaine. Bien que la Gaule dispose déjà d'un réseau de chemins primitif, celui-ci ne répond qu'à un usage local. Rome contribue à le régionaliser et, surtout, à le modifier en fonction de ses priorités militaires de ravitaillement. Le sentier gaulois retranché se transforme alors en un axe majeur. 

C'est depuis Lyon, cité créée en 43 av. J.-C, que partent les voies romaines pour se disséminer dans le reste de la Gaule. La voie de la rive gauche du Rhône (qui relie Orange à Valence, et Vienne à Lyon) est l'une des premières voies romaines et l'ancêtre de la Nationale 7 ! 

Car le tracé des premières routes romaines ne se limite, au départ, qu'au sud-est de la Gaule, ce qui comprend aujourd'hui l'axe Nice, Antibes, Fréjus ou encore Aix-en-Provence par ce qu'on appelait à l'époque la Via Aurélia, sa première appellation ! 

Il faut ensuite attendre le XVIe siècle et l'affirmation de l'État moderne pour que le développement des routes connaisse un regain d'intérêt et, avec elle, la RN7

C'est d'ailleurs Le Guide des Chemins de France publié par Charles Estienne, imprimeur royal, en 1552 qui l'illustre bien. Dans son ouvrage, voici comment il qualifie ce qui est pour nous aujourd'hui la Nationale 7 : "À Lyon, le grand chemin" quand elle est toujours aujourd'hui l'indémodable Route bleue des vacances. 

La guide des chemins de France, de Charles Estienne, 1552
La guide des chemins de France, de Charles Estienne, 1552 / Bibliothèque Nationale de France - Gallica

Du XVIIe au XIXe siècle, l'ancêtre de la Nationale 7 ne cessera de se rapprocher de son schéma actuel, via les différents projets d'états de la grande voirie de Sully, de Colbert et la formation d'un corps d'ingénieurs des Ponts et Chaussées. 

C'est en 1824 que la Route impériale n°8, appellation depuis Napoléon, devient la Route royale 7, désignant l'itinéraire allant de Paris à la ville d'Antibes (et en Italie)

C'est sous la IIIe République, en pleine révolution industrielle, qu'elle devient "route nationale 7". 

Désignation route royale 7, dans Tableau des routes royales, par Louis Becquey, 1824
Désignation route royale 7, dans Tableau des routes royales, par Louis Becquey, 1824 / Bibliothèque Nationale de France

Années 1940/1960 : la RN7, véritable salon de l'automobile 

"Actuellement, explique Thierry Dubois, la nationale 7 fascine car elle a aussi généré un véritable tourisme de masse et son âge d'or se situe autour des années 1950-1960, où les congés payés sont, pendant les vacances, pleinement consacrés au déplacement automobile [...] C'est en ce sens, ajoute-t-il que la chanson de Charles Trenet, en 1955, a vraiment gravé le mythe de la Nationale 7 dans le marbre". 

En effet, la France vit alors à l'époque des Trente Glorieuses : le pays est en pleine croissance. Bien que les congés payés soient nés en 1936, on voyageait essentiellement en train jusqu'aux années 1950-1960. Les deux voitures qui contribuent à motoriser véritablement la France, ce sont la petite Renault 4CV (qui date de 1946) et la Citroën 2CV (1948), qui permettent progressivement à tout le monde de partir en vacances. Car c'est aussi cela que symbolise la RN7 !

"La RN7, estime Thierry Dubois, s'apparente à l'époque à un véritable salon de l'automobile. Les enfants s'installaient au bord de la route et admiraient les voitures nouvelles". 

En plein carrefour de la Nationale 7 avant Melun, mai 1956
En plein carrefour de la Nationale 7 avant Melun, mai 1956 © AFP / AFP

La Nationale 7 est un témoin symbolique de l'histoire de l'automobile tant elle fut traversée par tous les modèles, devenus aujourd'hui de véritables objets de collection. Dans cette période de séduction entre le pilote et son engin, pensons à la "reine de la route" incarnée par la Citroën Traction DS, mais aussi la fameuse 2CV. Pensons aussi à la Renault 4CV -la "choupinette"- aux grosses frégates, à la Dauphine, à la Simca 5, à la Vedette, à l'Aronde, à la Juvaquatre ; à la P60, aux Panhard, aux Peugeot dont l'inoubliable 204 et tant d'autres… Elles sont les véritables actrices de la Nationale et de la route en général. 

La Nationale 7 est partout pleine d'histoires : dans les maisons, sur les bords de route. Elle raconte à sa manière comment la route a changé.

La RN7 aujourd'hui

Aujourd'hui, elle est débaptisée sur nombreux de ses tronçons, déclassée en départementale depuis 2006. En effet, dès que l'autoroute a été mise en service dans les années 1960/1970 (notamment les A6 et A7), la Nationale 7 est entrée dans une espèce de léthargie, ne se cantonnant plus qu'au trafic local. De nombreux départements ont débaptisé leur tronçon de RN7, la reléguant à une départementale comme une autre. En tout, ce sont les 2/3 de la RN7 qui ont été transformés en départementales.  

Depuis 2006, Thierry Dubois, dessinateur et connaisseur incontournable de la Nationale 7, organise une manifestation où il fait revivre chaque année, au mois d’août, l'ambiance de ces glorieuses années qui ont marqué l'histoire de la RN7 et de l'automobile : avec le maire de la commune de Tourves, ils organisent "l'embouteillage de Lapalisse", invitant les nostalgiques et leurs véhicules d'antan à circuler tous en même temps vers le centre de la ville. 

Aller plus loin

🎧 Écouter - Nationale 7, la mythique route des vacances, dans l'émission Le temps d'un Bivouac

📖 Bibliographie

  • Georges Reverdy, L'Histoire des Routes de France, du Moyen Âge à la Révolution, Tec et doc Lavoisier, 1997
  • Marie-Sophie Chabres et Jean-Paul Naddeo, Éternelle Nationale 7, au cœur de la France, Gründ, 2010
  • Thierry Dubois, C'était la Nationale 7, Paquet, 2019
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