Pendant longtemps, l'homme était dominé par la nature, jusqu'à ce qu'il se sédentarise et invente l'agriculture, il y a 12 000 ans. Après l'homme paléolithique, nomade, cueilleur et chasseur, l'homme néolithique se libère des contraintes du milieu naturel pour construire les bases de l'économie de production.

Une des nombreuses peintures rupestres néolithiques représentant des troupeaux de bovins menés par des bergers, au parc culturel du Tassili, Algérie
Une des nombreuses peintures rupestres néolithiques représentant des troupeaux de bovins menés par des bergers, au parc culturel du Tassili, Algérie © Getty / DE AGOSTINI PICTURE LIBRARY / Contributeur

Dans l'émission La Terre au carré, au micro de Mathieu Vidard, les archéologues Dominique Garcia et Philippe Lefranc, expliquent en quoi le Néolithique a constitué un tournant capital dans l'évolution des structures mentales humaines et, surtout, combien les enjeux qui sont les nôtres aujourd'hui résonnent toujours avec l'héritage de ce dernier temps préhistorique. De même que notre propre représentation du monde, celle de l’humain par rapport au reste du vivant découle de celle qui s'est progressivement façonnée avec le Néolithique. 

En effet, ce fameux triangle d'évolution mêlant intrinsèquement production, sédentarisation et démographie, structure toujours autant nos sociétés et notre rapport à l'environnement. 

Le Néolithique toujours aussi présent 

Alors que jusqu'aux derniers temps du Paléolithique, l'homme s'inclinait face à son milieu naturel, l'avènement des premières communautés paysannes révolutionne le faible impact que pouvait avoir les hommes jusque-là sur l'environnement. Le Néolithique marque une vraie rupture qui se traduit par la prise de conscience progressive, par les humains, de leur aptitude à transformer la nature et la matière vivante. Ce qui bouleverse leurs rapports avec les animaux par l'invention de l'agriculture, la domestication, leur rapport avec l'environnement sauvage qui ne serait plus jamais le même. L'engrenage de la domination culturelle de l'homme sur le milieu naturel était lancé de façon irréversible. 

Ce processus culturel, cette autotransformation générée par les humains vers une production organisée se diffuse depuis le Proche-Orient, dans la région du Croissant fertile, où poussent des céréales à l'état sauvage, pour gagner ensuite progressivement le reste de la planète. Il y a environ 10 000 ans, l'humanité prenait un nouveau départ en modifiant radicalement sa façon de vivre. Cette période charnière a considérablement bouleversé le cours de l'histoire humaine jusqu'à aujourd'hui.

Elle incarne le socle de nos sociétés actuelles, celui à partir duquel émerge l'histoire de notre civilisation. C'est la naissance d'une première humanité paysanne qui conduit à l'émergence des premières villes, à l'écriture, aux États, aux premières formes guerrières. Si l'action de l'homme sur l'environnement ne date pas du Néolithique, cette époque marque le moment charnière où on commence à maitriser la matière animale et végétale au profit de la construction d'un milieu naturel désormais contrôlé et optimisé pour notre propre développement. 

Comme le souligne l'archéologue Dominique Garcia :

Si, aujourd'hui, nous semblons entrer dans une nouvelle ère, nos sociétés sont pleinement héritières du Néolithique, en tant que sociétés agropastorales. Le Néolithique a inventé le mode de vie actuel. 

C'est quoi exactement le Néolithique ? 

Comme le définit bien Dominique Garcia, si nombreuses sont les théories qui tentent d'expliquer l'émergence du Néolithique, "c'est d'abord : 

  • le processus qui fait que l'homme soit passé d'un stade de cueilleur et de chasseur à un stade de producteur,
  • la domestication des plantes,
  • l'invention de l'agriculture, de la production,
  • une plus large sédentarisation : les hommes habitent le milieu par des rassemblements d'individus, dans des villages, traduite aussi par le regroupement de tombes, de lieux de sépultures, une volonté d'occuper, pendant longtemps, un même territoire,
  • la modification du milieu naturel". En effet, le Néolithique marque le premier impact substantiel des activités humaines sur la nature, l'environnement marqué par la naissance de nouveaux rapports liés à l'anthropocène. Une première déforestation dû de l'agriculture naissante sur brûlis. Une végétation qui s'ouvre du fait de l'impact du passage des troupeaux de bêtes qui provoquent aussi une transformation importante de l'espace.

La sédentarisation, à cheval sur le Mésolithique et le Néolithique

Si les premières formes de sédentarisation commencent à émerger dès le Mésolithique qui s'étend de - 9 600 à - 6 000 av J.-C. (époque préhistorique que l'on a très souvent tendance à imbriquer inconsciemment dans le Néolithique, tant la transition entre ces deux périodes est extrêmement ténue du fait de la progressive réduction des déplacements saisonniers et l'établissement sur le long terme), "c'est l'homme du Néolithique qui va véritablement commencer à s'approprier le territoire et commencer à le systématiser, s'établissant, se fixant, le limitant et faisant émerger les premières formes de pouvoir comme les premiers manifestations de violences et de conflits".

La sédentarisation va de pair avec une démographie qui explose (entre ces deux périodes), donnant naissance aux relations humaines. - Dominique Garcia

Philippe Lefranc précise que "la sédentarisation intervient avant l'agriculture et la domestication de la nature, vers - 11 000, dans une culture archéologique surnommée "Le Natoufien", attestée au Levant entre - 14 500 et 11 500. C'est à partir du moment où les hommes sont sédentarisés qu'ils commencent à manipuler et sélectionner les espèces végétales et animales, sans que cela soit encore de l'agriculture. Cela met un bon millier d'années avant de se mettre en place".

La diffusion des pratiques néolithiques : du Proche-Orient à l'Europe

Les deux archéologues exposent le long processus d'exportation des pratiques néolithiques et les chemins géographiques de la néolithisation : "Quand elles s'exportent, les pratiques néolithiques mettent nécessairement face à face des populations qui se rencontrent. L'ancien monde, celui des chasseurs-cueilleurs, rencontrant celles et ceux qui cultivent ces nouvelles pratiques néolithiques. 

L'Europe correspond à l'aire d'aboutissement du Néolithique. Il ne s'est fait que très progressivement vers l'ouest, passant par la Turquie puis les Balkans et laissant apparaître deux grands courants de diffusion

  • Le courant d'expansion danubien, qui remonte le Danube pour ensuite franchir le Rhin et atteindre le Finistère de l'Europe. C'est le courant qui correspond à la culture de la céramique linéaire (le rubané, un type de décors portés par les vases). Un formidable marqueur archéologique des premières preuves d'une innovation technique présentes dans ces régions-là.
  • Le courant méditerranéen, plus précoce, passant par la côte dalmate, la côte italienne et bordant ensuite les rives de la Méditerranée. C'est le courant de la culture de la céramique imprimée, un type de décors porté par la poterie).

Un long processus qui ne s'est pas produit de la même manière d'un espace à un autre. Le modèle du Néolithique proche-oriental s'est ensuite décliné sous plusieurs aspects partout ailleurs jusqu'à se généraliser en différentes structures sociales, politiques et culturelles modernes avec l'émergence des premiers empires, royaumes et cités-États durant l'époque antique et ce, depuis notamment l'invention de l'écriture durant le IVe millénaire av J.-C (-4 000 ; -3 000). 

Aller plus loin

🎧  RÉÉCOUTER - La Terre au carré : Le Néolithique 

LIRE - Jean Guilaine : La seconde naissance de l’homme. Le Néolithique (Editions Odile Jacob)