Capa, Taro, ChimLes négatifs retrouvés de la guerre civile espagnole Après New York (ICP 2010), Arles (Rencontres internationales de Photographie, 2011), Barcelone, Bilbao et Madrid, la légendaire valise mexicaine de Robert Capa contenant des négatifs de la guerre d’Espagne sera présentée pour la première fois à Paris, au MAHJ, dans une nouvelle scénographie conçue par Patrick Bouchain.

La Valise mexicaine, perdue et retrouvée

Boîte rouge de la valise
Boîte rouge de la valise © International Center of Photography /

En 1939, Robert Capa quitte en urgence la France pour les États-Unis, laissant dans son studio parisien, 37, rue Froidevaux, des boîtes contenant des négatifs et des tirages de la Guerre d’Espagne. Son ami Csiki Weisz, un photographe hongrois lui aussi réfugié à Paris, les emporte à Bordeaux : « En 1939, alors que les Allemands approchaient de Paris, j’ai mis tous les négatifs de Bob dans un sac et j’ai rejoint Bordeaux à vélo pour essayer d’embarquer sur un bateau à destination du Mexique. J’ai rencontré un Chilien dans la rue et je lui ai demandé de déposer mes paquets de films à son consulat pour qu’ils y restent en sûreté. Il a accepté ». On perd alors toute trace de ces images. Pendant près de quarante ans, elles sont recherchées en vain. Toutes sortes de rumeurs circulent sur l’existence de ces négatifs disparus. En 1979, Cornell Capa, frère du photographe, alors directeur de l’International Center of Photography, publie un encart dans une revue internationale de photographie en vue de recueillir des informations nouvelles sur ce film introuvable. Par la suite, plusieurs ensembles ou cachettes des photographies perdues de Capa sont découverts, mais pas les négatifs cruciaux. Ceux-ci sont en possession de Benjamin Tarver, un cinéaste mexicain qui les a hérités de sa tante. La défunte les a elle-même reçus d’un parent, le général Francisco Javier Aguilar González, ex-ambassadeur du Mexique à Vichy de 1941 et 1942. En 2007, Tarver finit par livrer les images à Trisha Ziff une conservatrice de Mexico. Ziff remet la Valise mexicaine à l’ICP le 19 décembre 2007.

Une nouvelle scénographie pour La Valise mexicaine.

Robert Capa, Le général Enrique Líster et Ernest Hemingway (à droite) Móra d’Èbre, front d’Aragon, 5 novembre 1938
Robert Capa, Le général Enrique Líster et Ernest Hemingway (à droite) Móra d’Èbre, front d’Aragon, 5 novembre 1938 © International Center of Photography / Magnum Photos – Coll. International Center of Photography /

L’exposition est rythmée par 32 sections offrant un véritable panorama de la guerre civile espagnole

La configuration des espaces d’exposition temporaire disponibles au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme et le linéaire demandé pour la mise en oeuvre de l’exposition nous ont amené à proposer une scénographie mêlant un accrochage mural et des dispositifs posés au sol. Capa, Chim et Taro étaient jeunes et pleins d’espoir. L’adaptation de la scénographie, évoquant une foule en mouvement, renforcera cette idée.Dès l’entrée, comme un trésor posé simplement sur une table, les boites vertes de la valise donneront le départ d’un parcours joyeux et tourbillonnant, mêlant au ruban de l’histoire (documents d’actualité et planches contact installés sur les murs) des chevalets porteurs de tirages photographiques qui seront comme extraits de cette ligne de vie. Au dessus, pendues dans l’espace, des banderoles porteront tantôt des titres, tantôt des chapitres et tantôt des textes.Ruban, chevalets et banderoles accentueront le mouvement dynamique des clichés photographiques de Capa, Chim et Taro.Ce dispositif scénographique vient renforcer l’importance des tirages photographiques en proposant une présentation dans une structure qui favorise une bonne distance et offre calme et concentration à ce voyage au coeur la guerre civile espagnole. […]Patrick Bouchain, scénographe de l’exposition

Capa, Taro, Chim : une nouvelle manière de voir par Brian Wallis

Robert Capa, Le général Enrique Líster et André Malraux (à droite), front catalan, fin décembre 1938 – début janvier 1939
Robert Capa, Le général Enrique Líster et André Malraux (à droite), front catalan, fin décembre 1938 – début janvier 1939 © International Center of Photography / Magnum Photos – Coll. International Center of Photography /

Avec leur impressionnante couverture de la guerre civile espagnole, Robert Capa, Gerda Taro et Chiminventèrent la photographie de guerre moderne . Regarder les négatifs inédits de la Valise mexicaine revient donc à découvrir la création d’un type de journalisme visuel aujourd’hui familier, mais qui à l’époque était entièrement inédit – une nouvelle manière de travailler, une nouvelle manière de voir. Pour eux,le photoreportage signifiait trois choses : d’abord, les images elles-mêmes devaient être absolument dramatiques et raconter une histoire humaine ; ensuite, les photographies – et le photographe – devaient faire partie de cette histoire ou de cette action ; enfin, le photographe devait être engagé , il devait prendre parti dans les enjeux politiques de cette histoire, il devait choisir son camp. Sans ces qualités, les photographies n’avaient ni but ni sens.[...]Mais leur intention était différente : à travers une série ou une séquence d’images, ils voulaient construire un récit émotionnel des événements, qui ressemble beaucoup à un scénario de film ou à des actualités filmées. Cette démarche nécessitait des images non seulement des temps forts, mais aussi des moments paisibles, des accalmies, des moments liés à la mort et au silence. Ces séquences de petits événements devinrent alors le fondement des récits photographiques, choisis et mis en page par d’astucieux directeurs artistiques dans les nouveaux hebdomadaires photo populaires en France et dans le monde. [....]Les quatre mille cinq cents négatifs qui constituent la Valise mexicaine contiennent des dizaines de tels récits photographiques et des centaines de drames humains, immenses ou modestes.

Robert Capa, Exilés républicains emmenés vers un camp d’internement Le Barcarès, 1939
Robert Capa, Exilés républicains emmenés vers un camp d’internement Le Barcarès, 1939 © International Center of Photography / Magnum Photos /

Pris pendant toute la guerre d’Espagne, de 1936 à 1939, ces négatifs montrent des soldats républicains espagnols et des civils espagnols dans la vie quotidienne, dans la bataille ou dans des situations domestiques. Ces images sont fortes, car elles présentent des individus touchés par la guerre, par les manoeuvres de la politique internationale qu’ils comprennent à peine, et vaquant à leurs activités de tous les jours – ils préparent un repas, ils lisent le journal, ils protègent leur famille. Ces images naturalistes incluent quelques unes des personnalités marquantes de la guerre civile espagnole ainsi que des portraits d’artistes ou d’écrivains tels qu’Ernest Hemingway, Federico García Lorca et André Malraux. Mais surtout, l’une après l’autre, elles proposent des portraits d’Espagnols anonymes, des portraits d’un héroïsme et d’une dignitéexceptionnels. […]Extrait de « La Valise mexicaine, perdue et retrouvée », in La Valise mexicaine. Capa, Chim, Taro. Les négatifs retrouvés de la guerre civile espagnole, Arles, Actes Sud, 2011.

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