Le 5 janvier 1968, le réformateur Alexandre Dubček arrive au pouvoir en Tchécoslovaquie et ouvre une période d'espoir éphémère qui s’achève dans la nuit du 20 au 21 août lorsque l’URSS et ses alliés du Pacte de Varsovie répriment les velléités d’émancipation de la population tchécoslovaque.

Des habitants de Prague brûlent le drapeau Tchécoslovaque pour protester contre l'entrée des chars russes
Des habitants de Prague brûlent le drapeau Tchécoslovaque pour protester contre l'entrée des chars russes © Getty / bpk ullstein bild / Hilmar Pabel

Pendant huit mois, de janvier à août 1968, c'est le long Printemps de Prague, un temps où la capitale tchèque rêve d’inventer une troisième voie, un idéal appelé "socialisme à visage humain".  

Alexandre Dubček est devenu premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque (PTC) le 5 janvier 1968. Il a remplacé Antonin Novotny, l'homme lige de Moscou. Parmi les réformes mises en place durant les huit mois avant la répression, il y a la suppression de la censure en mars -des écrivains emprisonnés pour délit d'opinion sont libérés-, la liberté de rassemblement et d'association et des mesures de liberalisation économique. Le principe d'un socialisme à visage humain est présenté par le même Dubček en avril. 

L’annonce des réformes entraîne rapidement, dans la presse tchèque, des critiques contre l’URSS. La réponse de la presse soviétique et des pays alliés est une intensification des attaques contre la Tchécoslovaquie avec des allusions, à peine voilées, à ce qui s'était passé en Hongrie en 1956 : une insurrection réprimée dans le sang par l’armée soviétique. La politique de la Tchécoslovaquie et d'autant plus critiquée, que les autres pays du bloc de l'Est craignent une contagion. 

À deux reprises, le premier secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique, Leonid Brejnev, exige une modification de la ligne du PCT, mais Dubček, très soutenu par la population, refuse. 

Normalisation par les chars

À 23H00, des troupes soviétiques, polonaises, est-allemandes, bulgares et hongroises ont franchi la frontière tchécoslovaque - dépêche l'AFP dans la nuit du 20 au 21 août.

Les troupes aéroportées et terrestres du pacte de Varsovie entrent en Tchécoslovaquie. Moscou et ses alliés déploient 200 000 soldats en quelques heures sur le sol tchécoslovaque. Ils seront bientôt 600 000.

À 04H59, Radio Prague annonce que la capitale et toute la République tchécoslovaque sont occupées. Le gouvernement appelle les citoyens à "garder leur calme et à ne pas s'opposer par les armes aux troupes étrangères" pour ne pas rééditer la catastrophe hongroise.

Dès l'aube, des centaines de Pragois se massent devant l'immeuble de la radio cerné par les blindés. Ils sifflent, crient des insultes contre les soldats, leur demandent de "boire leur vodka, et de ne pas leur boire le sang". Tentent de convaincre les chars de partir. Pleurent. Crient "vive Dubček" et défilent avec le drapeau tchèque. Une centaine de personnes est tuée aux premiers jours de l'opération alors qu'une résistance non violente est organisée.

► ECOUTEZ le journal de France Inter du 22 août 2018 

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Le journal de France Inter du 22 août 1968

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Malgré les mesures de détection prises contre elles, plusieurs radios continuent à émettre.

► ECOUTEZ Radio Prague en Français - rebaptisée "Radio Prague Libre" le 25 août 

Alexandre Dubček et les autres dirigeants réformateurs sont arrêtés par l'Armée Rouge et emmenés de force à Moscou

Après quatre jours de "négociations" au Kremlin, les dirigeants tchécoslovaques finissent par accepter de signer le "Protocole de Moscou" qui place la Tchécoslovaquie sous tutelle russe et entérine l'occupation soviétique. Dubček conserve provisoirement son poste de premier secrétaire du Parti. Il sera remplacé le 17 avril 1969 par Gustáv Husák. Entre temps, le 16 janvier, Jan Palach s'immolera par le feu sur la place Venceslas pour protester contre l'invasion de son pays. Depuis le 21 août, près de 100 000 Tchécoslovaques avaient fui le pays.

La "normalisation" peut commencer.

La semaine qui a fait basculer le printemps de Prague
La semaine qui a fait basculer le printemps de Prague © AFP / Simon MALFATTO, Valentina BRESCHI

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Bulles de BD "Jonas Fink" de Vittorio Giardino, le deuxième tome prend corps au printemps 1968, quelques mois avant l'entrée des chars russes dans Prague.

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