"1879-1912, 10 mille journées, 93 mille heures, 33 ans d'épreuves" cette phrase fût gravée par les bons soins de facteur Cheval sur l'une des façades de son Palais idéal à Hauterives : l'édifice d'une vie de travail, entre mausolée et grotte à la fois onirique et symbolique par ses formes et ses inscriptions.

Le Palais idéal du facteur Cheval
Le Palais idéal du facteur Cheval © Frédéric Jouhanin

Ferdinand Cheval est né en 1886 à Charme, un petit village de la Drome des collines, dans une famille paysanne pauvre et travaille très tôt avec son père. Il fréquente l'école de son village jusqu'à l'âge de 6 ans, devient alors apprenti boulanger, puis s’exile quelques années loin de sa famille pour trouver du travail avant de revenir dans son village où il deviendra facteur.

Son époque, c'est le XIXe siècle : une époque de paradoxes et de grande misère où la famine et la maladie font des ravages mais aussi celle des grandes révolutions et des découvertes. Cette époque voit la fin de la monarchie et les prémices de la république, des progrès fabuleux et fascinants notamment dans les sciences, la découverte sur l’inconscient et les rêves par Sigmund Freud, l'ère de la révolution industrielle, l'arrivée du chemin de fer, la colonisation par la France des terres d’Afrique et d’Asie et la présentation des premières expositions universelles…

Son métier de facteur lui offre une fenêtre sur son époque car il distribue les gazettes comme Le Magasin pittoresque ou La Revue illustrée : ce siècle voit également apparaître une représentation inédite du monde grâce à la photographie et l’édition des premières cartes postales. 

La première pierre 

Nous sommes le matin du 19 avril 1879, le facteur effectue à pied sa tournée quotidienne d'une trentaine de kilomètres dans la région de Hauterives où il officie depuis un an environ. Du côté de Tersanne, il bute du pied sur une pierre, celle qu'il nommera  "sa" pierre d’achoppement. De ce matin et de cette pierre, Ferdinand le facteur devient le facteur Cheval et ce préposé des postes comme les autres le bâtisseur d'un Palais idéal.

Suivons Frédéric Legros, directeur actuel du Palais idéal du facteur Cheval pour une visite cardinale et chronologique du lieu : une tournée d'inspection à la recherche des inscriptions les plus significatives figurant sur les 4 façades de l'édifice ainsi que dans la galerie. 

Inscription sur la façade nord du Palais idéal du facteur Cheval
Inscription sur la façade nord du Palais idéal du facteur Cheval / Frédéric Jouhanin

Une visite en "toutes lettres" car Ferdinand Cheval a constellé son édifice de plus de 150 inscriptions qui sont d'autant de précieux indices pour décrypter cet ensemble unique.

La façade Est (1879 - 1899) : "1879-1912, 10 mille journées, 93 mille heures, 33 ans d'épreuves. Plus opiniâtre que moi se mette à l'oeuvre"

Cette inscription gravée sur la façade est accueille les visiteurs et résume cette oeuvre colossal dans sa totalité. Comme d'autres phrases, maximes et citations qui soulignent à la fois le besoin de reconnaissance du facteur Cheval mais également son désir de s'élever au dessus de sa condition modeste par la réalisation d'un monument hors du commun comme nous l'explique Frédéric Legros.

2 min

"Aux grands hommes, l'Humanité reconnaissante"

Par Franck Olivar
L'angle des façades est et nord du Palais idéal du facteur Cheval
L'angle des façades est et nord du Palais idéal du facteur Cheval / Frédéric Jouhanin

La façade sud : "Ce que Dieu écrivit sur ton front arrivera"

Si cette inscription est un proverbe turc, d'autres proviennent de la bible, d'autres sont extraites du livre d'or des visiteurs ouvert dès 1905 du vivant du facteur et qu'il choisissait de reproduire sur l'édifice et d'autres également comme "La reine des Grottes" sont liées à l'histoire ou à la géographie locale comme nous l'explique Frédéric Legros

2 min

"La reine des Grottes"

Par Franck Olivar

La façade ouest (1896 - 1902) : "Entrée d'un Palais Imaginaire"

Cette inscription saute aux yeux du visiteur abordant cette façade passée à la postérité grâce à une photo où Picasso et Paul Eluard prennent la pause lors de leur visite en 1937. Cette entrée délimite aussi l’accès à la galerie où figure, parmi les nombreuses inscriptions, la retranscription du poème d'Emile Roux composé en 1904 et qui a donné son nom de Palais Idéal à l'édifice. Mais avant d'y pénétrer, jetons avec Frédéric Legros, un œil averti sur la façade ainsi qu'à la terrasse où trône scellée sur son socle la fameuse pierre d'achoppement.

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"Ce rocher dira un jour bien des choses"

Par Franck Olivar

Dans la galerie, on se rend compte que le facteur Cheval avait été boulanger : dans certains des ornements on retrouve l'emplacement de ses mains, c'est un bâtiment qui est pétri.

La galerie du Palais idéal du facteur Cheval
La galerie du Palais idéal du facteur Cheval / Frédéric Jouhanin

La façade nord : "Un génie bienfaisant m'a tiré du néant"

Cette façade nord marque en 1912, l'achèvement de son oeuvre gravée et façonnée à son image et la fin d'une vie entière dédiée au travail des matières et de l'imagination. Le facteur Cheval alors âgé de 70 ans est au sommet de sont art, il s'agit d'une façade riche et ciselée où se côtoient le végétal et l’animal et que résume cette phrase "Un génie bienfaisant m'a tiré du néant" comme nous l'explique Frédéric Legros

3 min

"D'un songe j'ai sorti la reine du monde"

Par Franck Olivar
Une vue de la façade nord du Palais idéal du facteur Cheval
Une vue de la façade nord du Palais idéal du facteur Cheval / Franck Olivar

" 1893, travail, ordre, économie" peut on lire sur la façade de la "Villa Alicius". Attenante de son Palais, le facteur Cheval a baptisé ainsi sa demeure en hommage a sa fille Alice décédée en 1894 à l'âge de 15 ans. La maison dont la construction fût achevée en 1896 est aujourd'hui une résidence d'artistes et le Palais idéal du facteur est classé au titre des monuments historiques depuis 1969 grâce au concours du ministre de l'époque André Malraux.

Quand à sa sépulture, "Le tombeau du silence et du repos sans fin" située dans le cimetière de Hauterives, le facteur Cheval a consacré 8 ans de sa vie à sa construction. Son chef d'oeuvre, un véritable mausolée à l'image de son Palais où le facteur repose depuis le 19 août 1924.

Pour en savoir davantage sur l'homme et son oeuvre, un ouvrage vient de paraître aux éditions La passe du vent , "Hauterives. Le Palais idéal du facteur Cheval" et si vous souhaitez préparer votre visite rendez-vous sur le site du Palais, ici

Notez également que le Palais accueille des expositions temporaire. Jusqu'au 7 juin, "Agnès Varda, correspondances" se consacre aux relations épistolaires de la cinéaste qui fût une visiteuse assidue du Palais dès les années 50.

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